"Lisez cette œuvre et faites-la lire"
Jésus (Chapitre 38, Volume 10 ) à propos de
l’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

L'Évangile de la Messe Paul VI
et l’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta.
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Dimanche 30 mars 2008 - Deuxième dimanche de Pâques - Dimanche de la miséricorde.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.
Ce même soir, le premier jour de la semaine, les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint.Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu.Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. »Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans Maria Valtorta : Tome 10, chap 13, p 65 - CD10 , piste 22 -
Ils sont rassemblés au Cénacle. La soirée doit être bien avancée car aucun bruit ne vient plus de la rue ni de la maison. Je pense que ceux aussi qui étaient venus avant se sont tous retirés ou dans leurs propres maisons ou pour dormir, fatigués par tant d'émotions.Les dix de leur côté, après avoir mangé des poissons, dont il reste encore quelques-uns sur un plateau posé sur la crédence, sont en train de parler sous la lumière d'une seule flamme du lampadaire la plus proche de la table. Ils y sont encore assis autour et ils ont des conversations morcelées. Ce sont presque des monologues car il semble que chacun, plutôt qu'avec son compagnon, parle avec lui-même. Et les autres le laissent parler, en parlant peut-être à leur tour de toute autre chose. Pourtant ces conversations décousues, qui donnent l'impression des rayons d'une roue démontée, on sent qu'elles se rapportent à un seul sujet qui en est le centre bien qu'ainsi éparpillées, et que c'est Jésus.“Je ne voudrais pas que Lazare ait mal entendu et que les femmes aient compris mieux que lui…” dit Jude d'Alphée.“A quelle heure la romaine dit-elle l'avoir vu?” demande Mathieu.Personne ne lui répond.“Demain je vais à Capharnaüm” dit André.“Quelle merveille! Agir de telle façon que ce soit juste à ce moment-là que sort la litière de Claudia!” dit Barthélemy.“Nous avons mal fait, Pierre, de nous éloigner tout de suite ce matin… Si nous étions restés nous l'aurions vu comme la Magdeleine” dit Jean en soupirant.“Moi, je ne comprends pas comment il peut être à Emmaüs et en même temps dans le palais. Et être ici, chez sa Mère, et en même temps chez la Magdeleine et chez Jeanne…” se dit à lui-même Jacques de Zébédée.“Il ne viendra pas. Je n'ai pas suffisamment pleuré pour le mériter… Il a raison. Je dis qu'il me fait attendre pendant trois jours à cause de mes trois reniements. Mais comment, comment ai-je pu faire cela?”“Comme il était transfiguré, Lazare! Je vous dis qu'il paraissait, lui, un soleil. Je pense qu'il lui est arrivé comme à Moïse après avoir vu Dieu. Et tout de suite - n'est-ce pas, vous qui étiez là? -tout de suite après avoir offert sa vie!” dit le Zélote.Personne ne l'écoute.Jacques d'Alphée se tourne vers Jean et dit: “Comment a-t-il dit à ceux d'Emmaüs? Il me semble qu'il nous a excusé, n'est-ce pas? N'a-t-il pas dit que tout est arrivé à cause de notre erreur d'israélites sur la façon de comprendre son Royaume?”Jean ne l'écoute pas. Il se tourne pour regarder Philippe et dit à l'air… car il ne parle pas à Philippe: “Pour moi, il me suffit de savoir qu'il est ressuscité. Et puis… Et puis que mon amour soit toujours plus fort. Vous avez vu, hein! Si vous regardez de près il est allé en proportion de l'amour que nous avons eu: la Mère, Marie-Magdeleine, les enfants, ma mère et la tienne, et puis Lazare et Marthe… Quand à Marthe? Je dis quand elle a entonné le psaume de David: "Le Seigneur est mon berger. Il ne me manquera rien. Il m'a mis dans un lieu d'abondants pâturages. Il m'a conduit aux eaux qui désaltèrent. Il a appelé mon âme à Lui…" Tu te souviens comment elle nous a fait sursauter avec ce chant inattendu? Et ces paroles sont en relation avec ce qu'elle a dit: "Il a appelé mon âme à Lui". En effet Marthe semble avoir retrouvé sa route… Avant elle était égarée, elle, la courageuse! Peut-être qu'en l'appelant il lui a dit l'endroit où il la veut. C'est même certain, car s'il lui a donné rendez-vous il doit savoir où elle sera. Qu'aura-t-il voulu dire en disant: "l'accomplissement des noces"?”Philippe, qui l'a regardé un moment et puis l'a laissé monologuer, dit en gémissant: “Moi je ne saurai pas quoi Lui dire s'il vient… Je me suis enfui… et je sens que je vais fuir. D'abord, c'était par peur des hommes. Maintenant, c'est par peur de Lui.”“Tous disent qu'il est très beau. Peut-il jamais être plus beau qu'il ne l'était déjà?” se demande Barthélemy.“Moi, je Lui dirai: "Tu m'as pardonné sans me parler quand j'étais publicain. Pardonne-moi aussi maintenant par ton silence car ma lâcheté ne mérite pas que tu me parles"“ dit Mathieu.“Longin dit qu'il s'est demandé: "Dois-je Lui demander de guérir ou de croire"? Mais son cœur a dit: "De croire" et alors la Voix a dit: "Viens à Moi" et il a senti la volonté de croire et en même temps la guérison. C'est exactement ce qu'il m'a dit” affirme Jude d'Alphée.“Moi, je suis toujours arrêté à la pensée que Lazare a été récompensé tout de suite à cause de son offrande… J'ai dit, moi aussi: "Ma vie pour ta gloire". Mais il n'est pas venu” dit en soupirant le Zélote.“Que dis-tu, Simon? Toi qui es cultivé, dis-moi: que dois-je Lui dire pour Lui faire comprendre que je l'aime et que je Lui demande pardon? Et toi, Jean? Tu as parlé beaucoup avec la Mère, aide-moi. Ce n'est pas de la pitié de laisser seul le pauvre Pierre!”Jean est ému de compassion pour son compagnon humilié et il dit: “Mais… mais moi, je Lui dirais simplement: "Je t'aime". Dans l'amour est compris aussi le désir du pardon et le repentir. Pourtant… je ne sais pas. Simon, que dis-tu?”Et le Zélote: “Moi je dirais ce qui était le cri des miraculés: "Jésus, aie pitié de moi!". Je dirais: "Jésus" et c'est tout, car il est bien plus que le Fils de David!”“C'est bien ce que je pense et ce qui me fait trembler. Oh! je me cacherai la tête… Ce matin aussi j'avais peur de le voir et…”“… et puis tu es entré le premier. Mais ne crains pas ainsi. On dirait que tu ne le connais pas” lui dit Jean pour l'encourager.La pièce s'illumine vivement comme par un éclair éblouissant. Les apôtres se cachent le visage, craignant que ce soit la foudre, mais ils n'entendent pas de bruit et ils lèvent la tête.Jésus est au milieu de la pièce, près de la table. Il ouvre les bras en disant: “La Paix soit avec vous.”Personne ne répond. Les uns sont plus pâles, d'autres plus rouges, ils le fixent tous, craintifs et suggestionnés, fascinés et en même temps comme pris par le désir de fuir.Jésus fait un pas en avant en souriant davantage. “Mais ne craignez pas ainsi! C'est Moi. Pourquoi êtes-vous ainsi troublés? Ne me désiriez-vous pas? Ne vous avais-je pas fait dire que je serais venu? Ne vous l'avais-je pas dit dès le soir de Pâque?”Personne n'ose parler. Pierre pleure déjà et Jean sourit déjà pendant que les deux cousins, les yeux brillants et remuant les lèvres sans réussir à parler, semblent deux statues représentant le désir.“Pourquoi avez-vous dans vos cœurs des pensées si opposées entre le doute et la foi, entre l'amour et la crainte? Pourquoi voulez-vous être encore chair et non pas esprit, et avec celui-ci seulement, voir, comprendre, juger, agir? Sous la flamme de la douleur ne s'est-il pas brûlé entièrement le vieux moi et n'a-t-il pas surgi le nouveau moi d'une vie nouvelle? Je suis Jésus. Votre Jésus ressuscité, comme il vous l'avait dit. Regardez. Toi qui as vu mes blessures et vous qui ignorez ma torture. Car ce que vous savez est bien différent de la connaissance exacte qu'en a Jean. Viens, toi, le premier. Tu es déjà tout à fait pur, si pur que tu peux me toucher sans crainte. L'amour, l'obéissance, la fidélité t'avaient déjà rendu pur. Mon Sang, dont tu as été tout inondé quand tu m'as déposé de la Croix, a fini de te purifier. Regarde. Ce sont de vraies mains et de vraies blessures. Observe mes pieds. Vois comment cette marque est celle du clou? Oui, c'est vraiment Moi et non pas un fantôme. Touchez-moi. Les spectres n'ont pas de corps. Moi, j'ai une vraie chair sur un vrai squelette.” Il met sa main sur la tête de Jean qui a osé aller près de Lui: “Tu sens? Elle est chaude et lourde.” Il lui souffle sur le visage: “Et ceci c'est la respiration.”“Oh! mon Seigneur!” Jean murmure doucement, ainsi…“Oui, votre Seigneur. Jean, ne pleure pas de crainte et de désir. Viens vers Moi. Je suis toujours Celui qui t'aime. Assoyons-nous, comme toujours, à la table. N'avez-vous rien à manger? Donnez-le moi donc.”André et Mathieu, avec des mouvements de somnambules, prennent sur les crédences les pains et les poissons, et un plateau avec un rayon de miel à peine entamé dans un coin.Jésus offre la nourriture et mange et il donne à chacun un peu de ce qu'il mange. Et il les regarde, si bon mais si majestueux, qu'ils en sont paralysés.Le premier qui ose parler c'est Jacques, frère de Jean: “Pourquoi nous regardes-tu ainsi?”“Parce que je veux vous connaître.”“Tu ne nous connais pas encore?”“Comme vous ne me connaissez pas. Si vous me connaissiez, vous sauriez qui je suis et vous trouveriez les mots pour me dire votre tourment. Vous vous taisez, comme en face d'un étranger puissant que vous craignez. Tout à l'heure vous parliez… Cela fait presque quatre jours que vous vous parlez à vous-mêmes en disant: "Je Lui dirai ceci…" en disant à mon Esprit: "Reviens, Seigneur, que je puisse te dire ceci". Maintenant je suis venu et vous vous taisez? Suis-je tellement changé que je ne vous paraisse plus Moi? Ou bien êtes-vous tellement changés que vous ne m'aimez plus?”Jean, assis près de son Jésus, fait son acte habituel de mettre la tête sur sa poitrine en murmurant: “Moi je t'aime, mon Dieu” mais il se raidit pour s'interdire cet abandon par respect pour le resplendissant Fils de Dieu. En effet Jésus semble dégager une lumière tout en étant d'une Chair semblable à la nôtre. Mais Jésus l'attire sur son Cœur et alors Jean ouvre les digues à ses pleurs bienheureux.C'est le signal pour tous de le faire.Pierre, deux places après Jean, glisse entre la table et son siège et il pleure en criant: “Pardon, pardon! Enlève-moi de cet enfer où je suis depuis tant d'heures. Dis-moi que tu as vu mon erreur pour ce qu'elle a été. Pas de l'esprit, mais de la chair qui a dominé le cœur. Dis-moi que tu as vu mon repentir… Il durera jusqu'à la mort. Mais Toi… mais Toi dis-moi que comme Jésus je ne dois pas te craindre… et moi, et moi je chercherai de faire si bien que je me ferai pardonner même par Dieu… et mourir… ayant seulement un grand purgatoire à faire.”“Viens ici, Simon de Jonas.”“J'ai peur.”“Viens ici. Ne sois pas plus lâche.”“Je ne mérite pas de venir près de Toi.”“Viens ici. Que t'a dit la Mère? "Si tu ne le regardes pas sur ce suaire, tu n'auras pas le courage de le regarder jamais plus". Oh! homme sot! Ce Visage ne t'a-t-il pas dit, par son regard douloureux, que je te comprenais et que je te pardonnais? Et pourtant je l'ai donné ce linge, pour réconfort, pour guide, pour absolution, pour bénédiction… Mais que vous a fait Satan pour vous aveugler à ce point? Maintenant Moi, je te dis: si tu ne me regardes pas maintenant que sur ma gloire j'ai encore étendu un voile pour me mettre à la portée de votre faiblesse, tu ne pourras jamais plus venir sans peur à ton Seigneur. Et que t'arrivera-t-il alors? Tu as péché par présomption. Veux-tu maintenant pécher de nouveau par obstination? Viens, te dis-je.”Pierre se traîne sur ses genoux, entre la table et les sièges, avec les mains sur son visage en pleurs. Jésus l'arrête, quand il est à ses pieds, en lui mettant la main sur la tête. Pierre, en pleurant plus fort, prend cette main et la baise dans un vrai sanglot sans frein. Il ne sait dire que: “Pardon! Pardon!”Jésus se dégage de son étreinte et, en faisant levier de sa main sous le menton de l'apôtre, il l'oblige à lever la tête et fixe ses yeux rougis, brûlés, déchirés par le repentir avec ses yeux brillants et sereins. Il semble vouloir lui transpercer l'âme, puis il dit: “Allons. Enlève l'opprobre de Judas. Baise-moi où il m'a baisé. Lave, avec ton baiser, la marque de la trahison.”Pierre lève la tête pendant que Jésus se penche encore davantage, et il effleure sa joue… puis il incline la tête sur les genoux de Jésus, et il reste ainsi… comme un vieil enfant qui a fait du mal, mais qui est pardonné.Les autres, maintenant qu'ils voient la bonté de leur Jésus, retrouvent un peu de hardiesse et ils s'approchent comme ils peuvent.Viennent d'abord ses cousins… Ils voudraient dire tant de choses et n'arrivent à rien dire. Jésus les caresse et leur donne du courage par son sourire.Mathieu vient avec André. Mathieu en disant: “Comme à Capharnaüm…” et André: “Moi, moi… je t'aime, moi.”Barthélemy vient en gémissant: “Je n'ai pas été sage, mais sot. Lui est sage” et il montre le Zélote auquel Jésus sourit déjà.Jacques de Zébédée vient et murmure à Jean: “Dis-le-lui, toi…” Jésus se tourne et dit: “Tu l'as dit depuis quatre soirs et depuis autant de temps j'ai eu de la compassion pour toi.”Philippe, en dernier lieu, vient tout courbé, mais Jésus le force à lever la tête et lui dit: “Pour prêcher le Christ, il faut davantage de courage.”Maintenant ils sont tous autour de Jésus. Ils s'enhardissent tout doucement. Ils retrouvent ce qu'ils ont perdu ou craint d'avoir perdu pour toujours. Affleurent de nouveau la confiance, la tranquillité et, bien que Jésus soit si majestueux qu'il tient ses apôtres dans un respect nouveau, ils trouvent finalement le courage de parler.C'est son cousin Jacques qui dit en soupirant: “Pourquoi nous as-tu fait cela, Seigneur? Tu savais que nous ne sommes rien et que toute chose vient de Dieu. Pourquoi ne nous as-tu pas donné la force d'être à tes côtés?”Jésus le regarde et sourit.“Maintenant tout est arrivé. Et tu ne dois plus rien souffrir, mais ne me demande plus cette obéissance. Chaque heure m'a vieilli d'un lustre et tes souffrances que l'amour et Satan augmentaient également, dans mon imagination, de cinq fois ce qu'elles ont été, ont vraiment consumé toutes mes forces. Il ne m'est resté rien d'autre pour continuer à obéir que de tenir, comme quelqu'un qui se noie avec les mains blessées, ma force avec la volonté comme des dents qui serrent une planche, pour ne pas périr… Oh! ne demande plus cela à ton lépreux!”Jésus regarde Simon le Zélote et sourit.“Seigneur, tu sais ce que voulait mon cœur. Mais, ensuite, je n'ai plus eu de cœur… comme s'ils me l'avaient arraché les gredins qui t'ont pris… et il m'est resté un trou d'où fuyaient toutes mes pensées antérieures. Pourquoi as-tu permis cela, Seigneur?” demande André.“Moi… tu parles de cœur? Moi je dis que j'ai été quelqu'un qui n'a plus de raison, comme quelqu'un qui reçoit un coup de massue sur la nuque. Quand la nuit venue je me suis trouvé à Jéricho… Oh! Dieu! Dieu!… Mais un homme peut-il périr ainsi? Je crois que c'est ainsi la possession. Maintenant je comprends ce qu'est cette chose redoutable!…” Philippe écarquille encore les yeux en se rappelant sa souffrance.“Tu as raison, Philippe. Moi je regardais en arrière. Je suis âgé et non dépourvu de sagesse, et je ne savais plus rien de ce que j'avais su jusqu'à cette heure. Je regardais Lazare, si déchiré mais si sûr, et je me disais: "Comment peut-il se faire que lui sache encore trouver une raison et moi plus rien?"“ dit Barthélemy.“Moi aussi, je regardais Lazare. Et, puisque je sais à peine ce que tu nous as expliqué, je ne pensais pas au savoir, mais je disais: "Si au moins j'avais le même cœur!" Au contraire je n'avais que douleur, douleur, douleur. Lazare avait la douleur et la paix… Pourquoi tant de paix pour lui?”Jésus regarde tour à tour d'abord Philippe, puis Barthélemy, puis Jacques de Zébédée. Il sourit et se tait.Jude dit: “Moi j'espérais arriver à voir ce que certainement Lazare voyait. Aussi je restais toujours près de lui… Son visage!… Un miroir. Un peu avant le tremblement de terre de Vendredi il était comme quelqu'un qui meurt broyé, et puis il devint tout d'un coup majestueux dans sa douleur. Vous rappelez-vous quand il dit: "Le devoir accompli donne la paix"? Nous crûmes nous tous que c'était seulement un reproche pour nous ou une approbation pour lui-même. Maintenant je pense qu'il le disait pour Toi. C'était un phare dans nos ténèbres Lazare. Combien tu lui as donné, Seigneur!”Jésus sourit et se tait.“Oui. La vie. Et peut-être avec elle tu lui as donné une âme différente. Pourquoi, enfin, lui est-il différent de nous? En effet, il n'est plus un homme. Il est déjà quelque chose de plus qu'un homme et, à cause de ce qu'il était dans le passé, il aurait dû être encore moins parfait d'esprit que nous. Mais lui s'est fait, et nous… Seigneur, mon amour a été vide comme certains épis. Il n'a donné que de la balle” dit André.Et Mathieu: “Moi, je ne puis rien demander. Car j'ai déjà tant eu avec, ma conversion. Mais, oui! J'aurais voulu avoir ce qu'a eu Lazare. Une âme donnée par Toi, car je pense moi aussi comme André…”“La Magdeleine et Marthe ont été aussi des phares. Serait-ce la race. Vous ne les avez pas vues. L'une était pitié et silence. L'autre! Oh! si nous avons été tous un faisceau autour de la Bénie, c'est parce que Marie de Magdala nous a groupés par les flammes de son courageux amour. Oui, j'ai dit: la race. Mais je dois dire: l'amour. Ils nous ont dépassés en fait d'amour. C'est pour cela qu'ils ont été ce qu'ils ont été” dit Jean.Jésus sourit et continue de se taire.“Ils en ont été grandement récompensés pourtant…”“C'est à eux que tu es apparu.”“A tous les trois.”“A Marie, tout de suite après ta Mère…”Il est visible que les apôtres ont un regret pour ces apparitions privilégiées.“Marie te sait ressuscité depuis déjà tant d'heures. Et nous, c'est seulement maintenant que nous pouvons te voir…”“Il n'y a plus de doutes en elles. En nous, au contraire, voilà… c'est seulement maintenant que nous sentons que rien n'est fini. Pourquoi à elles, Seigneur, si tu nous aimes encore et si tu ne nous repousses pas?” demande Jude d'Alphée.“Oui. Pourquoi aux femmes, et en particulier à Marie? Tu as même touché son front et elle dit qu'il lui semble porter une couronne éternelle. Et à nous, tes apôtres, rien…”Jésus ne sourit plus. Son visage n'est pas troublé, mais il ne sourit plus. Il regarde sérieusement Pierre qui a parlé le dernier, reprenant de la hardiesse à mesure que sa peur se dissipe, et il dit: “J'avais douze apôtres. Et je les aimais de tout mon Cœur. Je les avais choisis, et comme une mère j'avais pris soin de les faire grandir dans ma Vie. Je n'avais pas de secrets pour eux. Je leur disais tout, je leur expliquais tout, je leur pardonnais tout. Leurs idées humaines, leurs étourderies, leurs entêtements… tout. Et j'avais des disciples. Des disciples riches et des pauvres. J'avais des femmes au passé ténébreux ou de faible constitution. Mais les préférés, c'était les apôtres.Mon heure est venue. L'un m'a trahi et livré aux bourreaux. Trois ont dormi pendant que je suais du sang. Tous, sauf deux, ont fui par lâcheté. Un m'a renié par peur bien qu'il eût l'exemple de l'autre, jeune et fidèle. Et, comme si cela ne suffisait pas, j'ai eu parmi les douze le suicide d'un désespéré et un qui a tant douté de mon pardon qu'il n'a cru que difficilement, et grâce à la parole maternelle, à la Miséricorde de Dieu. En sorte que si j'avais regardé ma troupe, et si j'avais attaché sur elle un regard humain, j'aurais dû dire: "A part Jean, fidèle par amour, et Simon, fidèle à l'obéissance, je n'ai plus d'apôtres". C'est cela que j'aurais dû dire pendant que je souffrais dans l'enceinte du Temple, au Prétoire, dans les rues et sur la Croix.J'avais des femmes… L'une d'elles, la plus coupable dans le passé, a été, comme Jean l'a dit, la flamme qui a soudé les fibres brisées des cœurs. Cette femme c'est Marie de Magdala. Tu m'as renié et tu as fui. Elle a bravé la mort pour rester près de Moi. Insultée, elle a découvert son visage, prête à recevoir les crachats et les gifles en pensant qu'elle ressemblait ainsi davantage à son Roi crucifié. Méprisée, au fond des cœurs, à cause de sa foi tenace en ma Résurrection, elle a su continuer à croire. Déchirée, elle a agi. Désolée, ce matin, elle a dit: "Je me dépouille de tout, mais donnez-moi mon Maître". Peux-tu encore demander: "Pourquoi à elle?"J'avais des disciples pauvres, des bergers. Je les ai peu approchés, et pourtant comme ils ont su me confesser par leur fidélité!J'avais des disciples timides, comme toutes les femmes de ce pays. Et pourtant elles ont su quitter leurs maisons et venir dans la marée d'un peuple qui me blasphémait, pour me donner le secours que mes apôtres m'avaient refusé.J'avais des païennes qui admiraient le "philosophe". J'étais cela pour elles. Mais elles ont su s'abaisser aux usages hébreux, les puissantes romaines, pour me dire, à l'heure de l'abandon d'un monde ingrat: "Nous sommes pour Toi des amies".J'avais le visage couvert de crachats et de sang. Les larmes et la sueur coulaient sur mes blessures. La saleté et la poussière m'incrustaient la peau. Quelle est la main qui m'a essuyé? La tienne? Ou la tienne? Ou la tienne? Aucune de vos mains. Celui-ci était près de la Mère. Celui-ci rassemblait les brebis dispersées. Vous. Et si mes brebis étaient dispersées comment pouvaient-elles me donner du secours? Tu cachais ton visage par peur du mépris du monde pendant que ton Maître était couvert par le mépris de tout le monde, Lui qui était innocent.J'avais soif. Oui. Sache aussi cela. Je mourais de soif. Je n'avais plus que fièvre et douleur. Le Sang avait déjà coulé au Gethsémani, tiré par la douleur d'être trahi, abandonné, renié, frappé, submergé par le nombre infini des fautes et par la rigueur de Dieu. Et il avait coulé au Prétoire… Qui a pensé à me donner une goutte pour mon gosier brûlé? Une main d'Israël? Non. La pitié d'un païen. La même main qui, par un décret éternel, m'ouvrit la poitrine pour montrer que mon Cœur avait déjà une blessure mortelle, et c'était celle que l'absence d'amour, la lâcheté, la trahison, m'avaient faite. Un païen. Je vous le rappelle: "J'ai eu soif et tu m'as donné à boire". Il n'y en eut pas un pour me réconforter dans tout Israël. Ou par impossibilité de le faire, comme la Mère et les femmes fidèles, ou par mauvaise volonté. Et un païen trouva pour l'inconnu la pitié que mon peuple m'avait refusée. Il trouvera au Ciel la gorgée qu'il m'a donnée.En vérité, je vous le dis: j'ai refusé tout réconfort, car quand on est Victime, il ne faut pas adoucir son sort, mais je n'ai pas voulu repousser le païen dans l'offrande duquel j'ai goûté le miel de tout l'amour qui me sera donné par les gentils pour compenser l'amertume que m'a donnée Israël. Il ne m'a pas enlevé la soif. Mais le découragement, oui. C'est pour cela que j'ai pris cette gorgée ignorée. Pour attirer à Moi celui qui déjà penchait vers le Bien. Que le Père le bénisse pour sa pitié!Vous ne parlez plus? Pourquoi ne me demandez-vous pas encore pourquoi j'ai agi ainsi? Vous n'osez pas le demander? Je vais vous le dire. Je vais tout vous dire des pourquoi de cette heure.Qui êtes-vous? Mes continuateurs. Oui. Vous l'êtes malgré votre égarement. Que devez-vous faire? Convertir le monde au Christ. Convertir! C'est la chose la plus difficile et la plus délicate, mes amis. Le dédain, le dégoût, l'orgueil, le zèle exagéré sont tous très nuisibles pour réussir. Mais comme rien ni personne ne vous auraient amené à la bonté, à la condescendance, à la charité, pour ceux qui sont dans les ténèbres, il a été nécessaire - vous comprenez? - il a été nécessaire que vous ayez, une bonne fois, brisé votre orgueil d'hébreux, de mâles, d'apôtres, pour faire place à la vraie sagesse de votre ministère, à la douceur, à la pitié, à l'amour sans arrogance ni dégoût.Vous voyez que tous vous ont surpassé dans la foi et dans l'action parmi ceux que vous regardiez avec mépris ou une compassion orgueilleuse. Tous. Et l'ancienne pécheresse. Et Lazare, trempé d'une culture profane, le premier qui a pardonné et guidé en mon Nom. Et les femmes païennes. Et la faible épouse de Chouza. Faible? En réalité, elle vous surpasse tous! Première martyre de ma foi. Et les soldats de Rome. Et les bergers. Et l'hérodien Manaën. Et jusqu'au rabbin Gamaliel. Ne sursaute pas, Jean. Crois-tu que mon Esprit était dans les ténèbres? Tous. Et cela pour que demain, en vous rappelant votre erreur, vous ne fermiez pas votre cœur à ceux qui viennent à la Croix.Je vous le dis. Et déjà je sais que, bien que je vous le dise, vous ne le ferez que quand la Force du Seigneur vous pliera comme des brindilles à ma Volonté, qui est d'avoir des chrétiens de toute la Terre. J'ai vaincu la Mort, mais elle est moins dure que le vieil hébraïsme. Mais je vous plierai.Toi, Pierre, au lieu de rester en pleurs et humilié, toi qui dois être la Pierre de mon Église, grave ces amères vérités dans ton cœur. La myrrhe sert à préserver de la corruption. Imprègne-toi donc de myrrhe. Et quand tu voudras fermer ton cœur et l'Église à quelqu'un d'une autre foi, rappelle-toi que ce n'est pas Israël, pas Israël, pas Israël, mais Rome qui m'a défendu et a voulu avoir pitié. Rappelle-toi que ce n'est pas toi, mais une pécheresse qui a su rester au pied de la Croix et a mérité de me voir la première. Et pour ne pas mériter le blâme sois l'imitateur de ton Dieu. Ouvre ton cœur et l'Église en disant: "Moi, le pauvre Pierre, je ne puis mépriser car si je méprise je serai méprisé par Dieu et mon erreur redeviendra vivante à ses yeux". Malheur si je ne t'avais pas brisé ainsi! Ce n'est pas un berger mais un loup que tu serais devenu.”Jésus se lève avec la plus grande majesté.“Mes fils, je vous parlerai encore pendant le temps que je resterai parmi vous. Mais pour l'instant je vous absous et vous pardonne. Après l'épreuve qui, si elle a été humiliante et cruelle, a été aussi salutaire et nécessaire, que vienne en vous la paix du pardon. Et avec elle dans vos cœurs redevenez mes amis fidèles et courageux. Le Père m'a envoyé dans le monde. Je vous envoie dans le monde pour continuer mon évangélisation. Des misères de toutes sortes viendront à vous pour vous demander du soulagement. Soyez bons en pensant à votre misère quand vous êtes restés sans votre Jésus. Soyez éclairés. Dans les ténèbres, il n'est pas permis de voir. Soyez purs pour donner la pureté. Soyez amour pour aimer. Puis viendra Celui qui est Lumière, Purification et Amour. Mais, en attendant, pour vous préparer à ce ministère, je vous communique l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Que votre expérience vous rende justes pour juger. Que l'Esprit Saint vous rende saints pour sanctifier. Que la volonté sincère de surmonter votre manque vous rende héroïques pour la vie qui vous attend. Ce que j'ai encore à dire, je vous le dirai quand l'absent sera revenu. Priez pour lui. Restez dans ma paix et sans agitation de doute sur mon amour.”Et Jésus disparaît comme il était entré, laissant une place vide entre Jean et Pierre. Il disparaît dans une lueur qui fait fermer les yeux tant elle est forte.Et quand les yeux éblouis se rouvrent, ils trouvent seulement que la paix de Jésus est restée, flamme qui brûle et qui soigne et consume les amertumes du passé dans un désir unique: servir.
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie.

Dimanche 16 mars 2008, Dimanche des Rameaux et de la Passion.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 26,14-75.27,1-66.
Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? »Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.'»Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. »Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? »Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! »Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant :« Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. »Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m'en vais là-bas pour prier. »Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »Il s'écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ?Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. »Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs !Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.Le traître leur avait donné un signe : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le. »Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! », et il l'embrassa. Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne. » Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille.Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée.Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ?Mais alors, comment s'accompliraient les Écritures ? D'après elles, c'est ainsi que tout doit se passer. »A ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais assis dans le Temple où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l'abandonnèrent tous et s'enfuirent.Ceux qui avaient arrêté Jésus l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens.Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu'au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort.Ils n'en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s'étaient présentés. Finalement il s'en présenta deux,qui déclarèrent : « Cet homme a dit : 'Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.' »Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ? »Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. »Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème !Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d'autres le giflèrenten disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! qui est-ce qui t'a frappé ? »Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! »Mais il nia devant tout le monde : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. »Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. »De nouveau, Pierre le nia : « Je jure que je ne connais pas cet homme. »Peu après, ceux qui se tenaient là s'approchèrent de Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d'ailleurs ton accent te trahit. »Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Aussitôt un coq chanta.Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.Après l'avoir ligoté, ils l'emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens.Il leur dit : « J'ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Qu'est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde ! »Jetant alors les pièces d'argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.Les chefs des prêtres ramassèrent l'argent et se dirent : « Il n'est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c'est le prix du sang. »Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers.Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu'à ce jour le Champ-du-Sang.Alors s'est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d'argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d'Israël,et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné.On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C'est toi qui le dis. »Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien.Alors Pilate lui dit : « Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.La foule s'étant donc rassemblée, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu'on appelle le Messie ? »Il savait en effet que c'était par jalousie qu'on l'avait livré.Tandis qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »Il reprit : « Que ferai-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu'on le crucifie ! »Il poursuivit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu'on le crucifie ! »Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! »Tout le peuple répondit : « Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants ! »Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu'il soit crucifié.Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge.Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! »Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.Arrivés à l'endroit appelé Golgotha, c'est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire,ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;et ils restaient là, assis, à le garder.Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l'un à droite et l'autre à gauche.Les passants l'injuriaient en hochant la tête :« Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :« Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C'est le roi d'Israël : qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s'il l'aime ! Car il a dit : 'Je suis Fils de Dieu.' »Les bandits crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière.A partir de midi, l'obscurité se fit sur toute la terre jusqu'à trois heures.Vers trois heures, Jésus cria d'une voix forte : « Éli, Éli, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d'un roseau, et il lui donnait à boire.Les autres dirent : « Attends ! nous verrons bien si Élie va venir le sauver. »Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit.Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d'une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! »Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, qui s'appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus.Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul neuf,et le déposa dans le tombeau qu'il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla.Cependant Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s'assemblèrent chez Pilate,en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : 'Trois jours après, je ressusciterai.'Donne donc l'ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : 'Il est ressuscité d'entre les morts.' Cette dernière imposture serait pire que la première. »Pilate leur déclara : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez. »Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans Maria Valtorta : Tome 9, chap 19, p 175 - CD9 , piste 65 -
Les disciples se regardent terrifiés. Ils se scrutent, se suspectant l'un l'autre. Pierre fixe l'Iscariote dans un réveil de tous ses doutes. Jude Thaddée se lève brusquement pour regarder à son tour l'Iscariote au-dessus de Mathieu.Mais l'Iscariote a tant d'assurance! À son tour, il regarde fixement Mathieu comme s'il le suspectait, puis il fixe Jésus et sourit en demandant: “Serait-ce moi, celui-là?” Il paraît le plus sûr de son honnêteté et qu'il parle ainsi pour ne pas laisser tomber la conversation.Jésus répète son geste en disant: “Tu le dis, Judas de Simon. Ce n'est pas Moi, c'est toi qui le dis. Je ne t'ai pas nommé. Pourquoi t'accuses-tu? Interroge ton admoniteur intérieur, ta conscience d'homme, la conscience que le Dieu Père t'a donnée pour te conduire en homme, et rends-toi compte si elle t'accuse. Tu le sauras avant tous. Mais si elle te rassure, pourquoi dis-tu une parole et penses-tu à une chose dont il est anathème même d'en parler ou d'y penser par plaisanterie?”Jésus parle avec calme. Il semble qu'il soutienne la thèse proposée comme peut le faire un savant à sa classe. L'émoi est grand, mais le calme de Jésus l'apaise.Cependant Pierre qui soupçonne le plus Judas - peut-être le Thaddée aussi, mais il le paraît moins, désarmé comme il l'est par la désinvolture de l'Iscariote - tire Jean par la manche. Quand Jean, qui s'est tout serré contre Jésus en entendant parler de trahison, se tourne, il lui murmure: “Demande-lui qui c'est.”Jean reprend sa position et lève seulement la tête comme pour baiser Jésus et en même temps Lui murmure à l'oreille: “Maître, qui est-ce?”Et Jésus, très doucement, en lui rendant le baiser dans les cheveux: “Celui auquel je vais donner un morceau de pain trempé.”Et prenant un pain encore entier, pas le reste de celui qui a servi pour l'Eucharistie, en détache une grosse bouchée, la trempe dans la sauce de l'agneau dans le plateau, il allonge le bras au-dessus de la table et dit: “Prends, Judas. Tu aimes cela.”“Merci, Maître. Oui, j'aime cela” et ne sachant pas ce qu'est cette bouchée, il la mange, alors que Jean, horrifié, va jusqu'à fermer ses yeux pour ne pas voir l'horrible rire de l'Iscariote pendant qu'il mange à belles dents le pain accusateur.“Bon! Va, maintenant que je t'ai fait plaisir” dit Jésus à Judas. “Tout est accompli, ici (il marque beaucoup ce mot). Ce qui reste encore à faire ailleurs, fais-le vite, Judas de Simon.”“Je t'obéis de suite, Maître. Ensuite je te rejoindrai au Gethsémani. Tu vas là, n'est-ce pas, comme toujours?”“J'y vais… comme toujours… oui.”“Qu'a-t-il à faire?” demande Pierre. “Il va seul?”“Je ne suis pas un enfant” plaisante Judas qui met son manteau.“Laisse-le aller. Lui et Moi savons ce qu'il y a à faire” dit Jésus.“Oui, Maître.” Pierre se tait. Peut-être pense-t-il qu'il a péché en soupçonnant son compagnon. La main sur le front, il réfléchit.Jésus serre Jean sur son cœur et se tourne pour lui murmurer dans les cheveux: “Ne dis rien à Pierre pour le moment. Ce serait un scandale inutile.”“Adieu, Maître. Adieu, amis.” Judas salue.“Adieu” dit Jésus.Et Pierre: “Je te salue, garçon.”Jean, la tête presque sur le sein de Jésus, murmure: “Satan!” Jésus seul l'entend et soupire. Ici tout s'arrête, mais Jésus dit: “Je suspends par pitié pour toi. Je te donnerai la fin de la Cène à un autre moment.” (la cène continue)Il y a quelques minutes de silence absolu. Jésus a la tête inclinée, en caressant machinalement les cheveux blonds de Jean.Puis il se secoue, lève la tête, tourne son regard, a un sourire qui réconforte les disciples. Il dit: “Quittons la table et asseyons-nous tous les uns près des autres, comme autant de fils autour de leur père.”Ils prennent les lits-sièges qui étaient derrière la table (ceux de Jésus, Jean, Jacques, Pierre, Simon, André et du cousin Jacques) et ils les portent de l'autre côté.Jésus prend place sur le sien, toujours entre Jacques et Jean. Mais quand il voit qu'André va s'asseoir à la place laissée par l'Iscariote, il crie: “Non, pas là.” Un cri impulsif que son extrême prudence ne réussit pas à empêcher. Puis il se reprend en parlant ainsi: “Il n'est Pas besoin de tant de place. En restant assis, on peut tenir sur eux seuls. Ils suffisent. Je vous veux très proches.”Jacques de Zébédée appelle Pierre: “Assieds-toi ici. Moi, je m'assois sur ce petit tabouret, aux pieds de Jésus.”“Que Dieu te bénisse, Jacques! Je le désirais tant!” dit Pierre, et il se serre contre son Maître qui est ainsi serré de près par Jean et Pierre, avec Jacques à ses pieds.Jésus sourit: “Je vois que commence à opérer la parole dite auparavant. Les bons frères s'aiment. Moi aussi, je te dis, Jacques: "Que Dieu te bénisse". Ce geste aussi, l'Éternel ne l'oubliera pas, et tu le trouveras là-haut.Moi je puis tout ce que je demande. Vous l'avez vu. Il a suffi d'un de mes désirs pour que le Père accorde au Fils de se donner en Nourriture à l'homme. Avec ce qui vient d'arriver le Fils de l'homme a été glorifié car c'est un témoignage de pouvoir le miracle qui n'est possible qu'aux amis de Dieu. Plus le miracle est grand et plus est sûre et profonde cette divine amitié. C'est un miracle qui, par sa forme, sa durée et sa nature, par son étendue et les limites qu'il atteint, est le plus fort qui puisse exister. Je vous le dis: il est si puissant, surnaturel, inconcevable pour l'homme orgueilleux, que bien peu le comprendront comme il doit être compris et que beaucoup le négligeront. Que dirai-je alors? Condamnation pour eux? Non. Je dirai: pitié!Mais plus grand est le miracle, plus grande est la gloire qui en revient à son auteur. C'est Dieu Lui-même qui dit: "Voilà, mon bien-aimé a voulu cela, il l'a eu, et c'est Moi qui le Lui ai accordé, parce qu'il possède une grande grâce à mes yeux". Et ici Il dit: "Il a une grâce sans limites comme est infini le miracle accompli par Lui". De même à la gloire qui revient à l'auteur du miracle de la part de Dieu il y a la gloire qui de son auteur revient au Père. Car toute gloire spirituelle, venant de Dieu, revient à sa source. Et la gloire de Dieu, bien qu'elle soit infinie, s'accroît toujours plus et brille par la gloire de ses saints. C'est pourquoi je vous dis: de même que le Fils de l'homme a été glorifié par Dieu, ainsi Dieu a été glorifié par le Fils de l'homme. J'ai glorifié Dieu en Moi-même. À son tour Dieu glorifiera son Fils en Lui. C'est bientôt qu'Il va le glorifier.Exulte, Toi qui reviens à ton Siège, ô Essence spirituelle de la Seconde Personne! Exulte, ô chair qui vas remonter après un si long exil dans la fange. Et ce n'est pas le Paradis d'Adam, mais le Paradis sublime du Père qui va t'être donné comme demeure. S'il a été dit que par la stupeur d'un commandement de Dieu, donné par la bouche d'un homme, le soleil s'est arrêté, que n'arrivera-t-il pas dans les astres quand ils verront le prodige de la Chair de l'Homme monter et prendre place à la droite du Père dans sa Perfection de matière glorifiée? Mes petits enfants, c'est pour peu de temps encore que je reste avec vous. Et vous, ensuite, vous me chercherez comme des orphelins cherchent leur père mort. Et en pleurant, vous irez en parlant de Lui et vous frapperez en vain à son tombeau muet, et puis encore vous frapperez aux portes azurées du Ciel, avec votre âme lancée dans une suppliante recherche d'amour, disant: "Où est notre Jésus? Nous le voulons. Sans Lui, il n'y a plus de lumière dans le monde, ni de joie, ni d'amour. Rendez-le nous, ou bien laissez-nous entrer. Nous voulons être où il est". Mais, pour le moment, vous ne pouvez venir où je vais. Je l'ai dit aussi aux juifs: "Ensuite vous me chercherez, mais où je vais vous ne pouvez venir". Je le dis aussi à vous.Pensez à la Mère… Elle non plus ne pourra venir où je vais. Et pourtant j'ai quitté le Père pour venir à elle et me faire Jésus dans son sein sans tache. Et pourtant c'est de l'Inviolée que je suis venu dans l'extase lumineuse de ma Naissance. Et c'est de son amour, devenu lait, que je me suis nourri. Je suis fait de pureté et d'amour car Marie m'a nourri de sa virginité fécondée par l'Amour parfait qui vit dans le Ciel. Et pourtant c'est par elle que j'ai grandi, en lui coûtant fatigues et larmes… Et pourtant je lui demande un héroïsme tel que jamais il n'en a été accompli, et par rapport auquel celui de Judith et de Jahel sont des héroïsmes de pauvres femmes discutant avec leur rivale près de la fontaine de leur village. Et pourtant personne ne lui est pareil quand il s'agit de m'aimer. Et, malgré cela, je la laisse et je vais où elle ne viendra que dans beaucoup de temps. Pour elle ce n'est pas le commandement que je vous donne à vous: "Sanctifiez-vous année par année, mois par mois, jour par jour, heure par heure, pour pouvoir venir à Moi quand ce sera votre heure". En elle est toute grâce et toute sainteté. C'est la créature qui a tout eu et qui a tout donné. Il n'y a rien à ajouter ni à enlever. C'est le très saint témoignage de ce que peut Dieu.Mais pour être certain qu'il y a en vous la capacité de pouvoir me rejoindre, et d'oublier la douleur du deuil de la séparation de votre Jésus, je vous donne un commandement nouveau. Et c'est que vous vous aimiez les uns les autres. Comme je vous ai aimés, de même aimez-vous l'un l'autre. C'est par cela que l'on saura que vous êtes mes disciples. Quand un père a de nombreux fils, par quoi reconnaît-on qu'ils sont tels? Pas tellement par l'aspect physique - car il y a des hommes qui sont semblables à un autre homme avec lequel ils n'ont aucun rapport de sang ni non plus de nation -mais par l'amour commun pour la famille, pour leur père, et entre eux. Et le père une fois mort, la bonne famille ne se désagrège pas, parce qu'il y a un même sang et que c'est toujours celui qui vient de la semence du père, et il noue des liens que la mort elle-même ne délie pas parce que l'amour est plus fort que la mort. Or, si vous vous aimez même après que je vous aurai quittés, tous reconnaîtront que vous êtes mes fils et par conséquent mes disciples et que vous êtes frères entre vous, ayant eu un seul père.”“Seigneur Jésus, mais où vas-tu?” demande Pierre.“Je vais où, pour le moment, tu ne peux me suivre. Mais plus tard tu me suivras.”“Et pourquoi pas maintenant? Je t'ai toujours suivi depuis que tu m'as dit: "Suis-moi". J'ai tout quitté sans regret… Or, si tu t'en allais sans ton pauvre Simon, en me laissant sans Toi, mon Tout, alors que pour Toi j'ai quitté le peu de bien que j'avais, ce ne serait pas juste ni beau de ta part. Tu vas à la mort? C'est bien. Mais moi aussi je viens. Allons ensemble dans l'autre monde. Mais auparavant je t'aurai défendu. Je suis prêt à donner ma vie pour Toi.”“Tu donneras ta vie pour Moi? Maintenant? Maintenant non. En vérité, oh! c'est en vérité que je te le dis: le coq n'aura pas encore chanté que tu m'auras renié trois fois. Maintenant c'est encore la première veille. Puis viendra la seconde… et puis la troisième. Avant que résonne le chant du coq tu auras par trois fois renié ton Seigneur.”“Impossible, Maître ! Je crois à tout ce que tu dis, mais pas à cela. Je suis sûr de moi.”“Maintenant, pour l'instant tu es sûr, mais c'est parce que tu m'as encore. Tu as Dieu avec toi. D'ici peu le Dieu Incarné sera pris et vous ne l'aurez plus. Et Satan, après vous avoir déjà appesantis - ton assurance elle-même est une ruse de Satan, un poids pour t'appesantir - vous effraiera. Il vous insinuera: "Dieu n'existe pas. Moi j'existe". Et pourtant, bien que votre esprit sera aveuglé par l'épouvante, vous raisonnerez encore, et vous comprendrez que quand Satan est le maître du moment, le Bien est mort et le Mal agissant, l'esprit abattu et l'humain triomphant. Alors vous resterez comme des guerriers sans chef, poursuivis par l'ennemi, et dans votre frayeur de vaincus vous courberez l'échine devant le vainqueur, et pour n'être pas tués vous renierez le héros tombé - Mais, je vous en prie, que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en Dieu, et croyez aussi en Moi. Croyez en Moi, contre toutes les apparences. Qu'il croie dans ma miséricorde et dans celle du Père aussi bien celui qui reste que celui qui fuit. Aussi bien celui qui se tait que celui qui ouvrira la bouche pour dire: "Je ne le connais pas". Croyez également dans mon pardon. Et croyez que quelles que soient dans l'avenir vos actions, dans le Bien et dans ma Doctrine, dans mon Église par conséquent, elles vous donneront une même place dans le Ciel. Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. S'il n'en était pas ainsi, je vous l'aurais dit. Car je vais en avant, vous préparer une place pour vous. N'agissent-ils pas ainsi les bons pères quand ils doivent amener ailleurs leur petite famille? Ils vont à l'avance préparer la maison, le mobilier, les provisions, et puis ils viennent prendre leurs enfants les plus chers. Ils agissent ainsi par amour, pour que rien ne manque aux petits et qu'ils ne souffrent pas dans le nouveau village. J'agis de même et pour le même motif. Maintenant je m'en vais. Et quand j'aurai préparé une place pour chacun dans la Jérusalem céleste, je viendrai de nouveau, je vous prendrai avec Moi pour que vous soyez avec Moi où je suis, où il n'y aura ni mort, ni deuil, ni larmes, ni cris, ni faim, ni douleur, ni ténèbres, ni feu, mais seulement lumière, paix, béatitude et chant. Oh! chant des Cieux très hauts quand les douze élus seront sur les trônes avec les douze patriarches des douze tribus d'Israël, et chanteront dans l'ardeur du feu de l'amour spirituel, dressés sur la mer des béatitudes, le cantique éternel qui aura pour arpège l'éternel alléluia de l'armée angélique… Je veux que vous soyez là où je serai. Et vous savez où je vais et vous en connaissez le chemin.”“Mais, Seigneur! Nous ne savons rien. Tu ne nous dis pas où tu vas. Comment pouvons-nous savoir le chemin à prendre pour venir vers Toi et pour abréger l'attente?” dit Thomas.“Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Vous me l'avez entendu dire et expliquer plusieurs fois et, en vérité certains, qui ne savaient même pas qu'il existe un Dieu, se sont avancés sur le chemin, sur mon chemin et ont déjà de l'avance sur vous. Oh! où es-tu, brebis perdue de Dieu que j'ai ramenée au bercail? Où es-tu, toi dont l'âme est ressuscitée?”“Qui? De qui parles-tu? De Marie de Lazare? Elle est à côté, avec ta Mère. Tu la veux? Ou bien tu veux Jeanne? Certainement elle est dans son palais, mais si tu veux, nous allons l'appeler…”“Non. Pas elles… Je pense à celle qui ne sera dévoilée que dans le Ciel… et à Fotinaï… Elles m'ont trouvé et n'ont plus quitté mon chemin. À l'une j'ai indiqué le Père comme Dieu vrai et l'Esprit comme lévite dans cette adoration individuelle. À l'autre, qui ne savait même pas qu'elle avait un esprit, j'ai dit: "Mon nom est Sauveur. Je sauve celui qui a bonne volonté de se sauver. Je suis Celui qui cherche ceux qui sont perdus pour leur donner la Vie, la Vérité et la Pureté. Qui me cherche me trouve". Et toutes deux ont trouvé Dieu… Je vous bénis. Eves faibles devenues plus fortes que Judith… Je viens, où vous êtes je viens… Vous me consolez… Soyez bénies!…”“Montre-nous le Père, Seigneur, et nous serons pareilles à elles” dit Philippe.“Depuis si longtemps je suis avec vous, et toi, Philippe, tu ne m'as pas encore connu? Qui me voit mon Père. Comment donc peux-tu dire: "Montre-nous le Père"? Tu n'arrives pas à croire que je suis dans le Père et le Père est en Moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de Moi-même. Mais le Père qui demeure en Moi accomplit toutes mes œuvres, et vous ne croyez pas que je suis dans le Père et Lui est en Moi? Que dois-je dire pour vous faire croire? Mais si vous ne croyez pas aux paroles, croyez au moins aux œuvres. Je vous dis et je vous le dis avec vérité: celui qui croit en Moi fera les œuvres que je fais, et en fera encore de plus grandes, parce que je vais au Père. Et tout ce que vous demanderez au Père en mon nom je le ferai pour que le Père soit glorifié en son Fils. Et je ferai ce que vous me demanderez au nom de mon Nom. Mon Nom est connu, pour ce qu'il est réellement, à Moi seul, au Père qui m'a engendré et à l'Esprit qui procède de notre amour. Et par ce Nom tout est possible. Qui pense, à mon Nom avec amour m'aime, et obtient. Mais il ne suffit pas de m'aimer. Il faut observer mes commandements pour avoir le véritable amour. Ce sont les œuvres qui témoignent des sentiments, et au nom de cet amour, je prierai le Père, et Lui vous donnera un autre Consolateur pour qu'Il reste pour toujours avec vous. Quelqu'un que Satan et le monde ne peuvent atteindre, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir et ne peut frapper, car il ne le voit pas et ne le connaît pas. Il s'en moquera. Mais Lui est si élevé que le mépris ne pourra l'atteindre alors que, compatissant au-delà de toute mesure, Il sera toujours avec celui qui l'aime, même s'il est pauvre et faible. Vous le connaîtrez car Il demeure déjà avec vous et bientôt sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je vous l'ai déjà dit: "Je reviendrai à vous". Mais je viendrai avant que ce soit l'heure de venir vous prendre pour aller dans mon Royaume. Je viendrai à vous. D'ici peu, le monde ne me verra plus. Mais vous me voyez et vous me verrez parce que je vis et vous vivez, parce que je vivrai et vous aussi vivrez. Ce jour-là, vous saurez que je suis en mon Père, et vous en Moi, et Moi en vous. En effet, celui qui accueille mes préceptes et les observe, celui-là m'aime, et celui qui m'aime sera aimé de mon Père et il possédera Dieu car Dieu est charité et celui qui aime a Dieu en lui. Et je l'aimerai car en lui je verrai Dieu, et je me manifesterai à lui en me faisant connaître dans les secrets de mon amour, de ma sagesse, de ma Divinité Incarnée. Ce seront mes retours parmi les fils de l'homme que j'aime bien qu'ils soient faibles et même ennemis. Mais ceux-ci seront seulement faibles. Et je les fortifierai et je leur dirai: "Lève-toi!", je dirai: "Viens dehors!", je dirai: "Suis-moi", je dirai: "Écoute", je dirai: "Écris"… et vous êtes parmi ceux-ci.”“Pourquoi, Seigneur, te manifestes-tu à nous et pas au monde?” demande Jude Thaddée.“Parce que vous m'aimez et observez mes paroles. Celui qui agira ainsi sera aimé de mon Père et Nous viendrons à lui et Nous établirons notre demeure chez lui, en lui. Alors que celui qui ne m'aime pas n'observe pas mes paroles et agit selon la chair et le monde. Maintenant sachez que ce que je vous ai dit n'est pas parole de Jésus de Nazareth, mais parole du Père parce que Je suis le Verbe du Père qui m'a envoyé. Je vous ai dit ces choses en parlant ainsi, avec vous, parce que je veux vous préparer Moi-même à la possession complète de la Vérité et de la Sagesse. Mais vous ne pouvez encore comprendre et vous souvenir. Pourtant, quand viendra à vous le Consolateur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, alors vous pourrez comprendre et Lui vous enseignera tout et vous rappellera ce que je vous ai dit.Je vous laisse ma paix. Je vous donne ma paix. Je vous la donne non comme la donne le monde, ni même comme jusqu'à présent je vous l'ai donnée: le salut béni du Béni à ceux qui sont bénis. Plus profonde est la Paix que maintenant je vous donne. En cet adieu, je vous communique Moi-même, mon Esprit de paix, comme je vous ai communiqué mon Corps et mon Sang, pour qu'en vous reste une force dans la bataille imminente. Satan et le monde vont déchaîner la guerre contre votre Jésus. C'est leur heure. Ayez en vous la Paix, mon Esprit qui est un esprit de paix, car je suis le Roi de la Paix. Ayez-la pour ne pas être trop abandonnés. Celui qui souffre avec la paix de Dieu en lui, souffre mais sans blasphème et sans désespoir. Ne pleurez pas. Vous avez bien entendu que j'ai dit: "Je vais au Père et puis je reviendrai". Si vous m'aimiez au-delà de la chair vous vous réjouiriez, car je vais au Père après un si long exil… Je vais vers Celui qui est plus grand que Moi et qui m'aime. Je vous l'ai dit maintenant, avant que cela s'accomplisse, comme je vous ai dit toutes les souffrances du Rédempteur avant d'aller vers elles afin que, quand tout sera accompli, vous croyiez toujours plus en Moi. Ne vous troublez pas ainsi! Ne vous effrayez pas. Votre cœur a besoin d'équilibre… Je n'ai plus que peu à vous parler… et j'ai encore tant à dire! Arrivé au terme de mon évangélisation, il me semble n'avoir encore rien dit et tant, tant, tant il reste encore à faire. Votre état augmente cette sensation. Et que dirai-je, alors? Que j'ai manqué à mon devoir? Ou que vous êtes si durs de cœur que cela n'a servi à rien? Vais-je douter? Non. Je me fie à Dieu et je vous confie à Lui vous, mes bien-aimés. Lui accomplira l'œuvre de son Verbe. Je ne suis pas comme un père qui meurt et n'a d'autre lumière que l'humaine. J'espère en Dieu., Et même en sentant en Moi se presser tous les conseils dont je vois que vous avez besoin et en voyant fuir le temps, je vais tranquille vers mon sort. Je sais que sur les semences tombées en vous, va descendre une rosée qui les fera toutes germer, et puis viendra le soleil du Paraclet, et elles deviendront un arbre puissant. Il va venir le prince de ce monde, avec qui je n'ai rien à faire. Et, si ce n'avait été dans un but de rédemption, il n'aurait rien pu sur Moi. Mais cela arrive afin que le monde sache que j'aime le Père et que je l'aime jusqu'à l'obéissance qui me soumet à la mort et que je fais ce qu'Il m'a ordonné.C'est l'heure de partir. Levez-vous, et écoutez les ultimes paroles. Je suis la vraie Vigne et c'est mon Père qui la cultive. Tout sarment qui ne porte pas de fruit Lui le coupe et celui qui porte du fruit Il le taille pour qu'il en porte encore plus. Vous êtes déjà purifiés par ma parole. Demeurez en Moi et Moi en vous pour continuer à être tels. Le sarment détaché de la vigne ne peut faire de fruit. Il en est ainsi pour vous si vous ne restez pas en Moi. Je suis la Vigne et vous les sarments. Celui qui reste uni à Moi porte des fruits abondants. Mais si l'un se détache, il devient un rameau sec que l'on jette au feu et que l'on brûle, car sans l'union avec Moi, vous ne pouvez rien faire. Restez donc en Moi, et que mes paroles restent en vous, puis demandez ce que vous voulez et cela vous sera fait. Mon Père sera toujours d'autant plus glorifié que vous porterez davantage de fruit et que vous serez davantage mes disciples. Comme le Père m'a aimé, il en est de même pour Moi avec vous. Demeurez dans mon amour qui sauve. En m'aimant vous serez obéissants, et l'obéissance fait croître l'amour réciproque. Ne dites pas que je me répète. Je connais votre faiblesse, et je veux que vous vous sauviez. Je vous ai dit ces choses pour que la joie que j'ai voulu vous donner soit en vous et soit complète. Aimez-vous, aimez-vous! C'est mon nouveau commandement. Aimez-vous réciproquement plus que chacun de vous ne s'aime lui-même. Il n'y a pas de plus grand amour que celui de qui donne sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis et Moi, je donne ma vie pour vous. Faites ce que je vous enseigne et commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, alors que vous, vous savez ce que je fais. Vous savez tout de Moi. Je vous ai manifesté non seulement Moi-même, mais aussi le Père et le Paraclet, et tout ce que j'ai entendu de Dieu. Ce n'est pas vous qui vous êtes choisis. Mais c'est Moi qui vous ai choisis et je vous ai élus pour que vous alliez parmi les peuples et que vous fassiez du fruit en vous et dans les cœurs de ceux qui seront évangélisés, et que votre fruit demeure, et que le Père vous donne tout ce que vous demanderez en mon nom.Ne dites pas: "Et alors si tu nous as choisis, pourquoi as-tu choisi un traître? Si tu connais tout, pourquoi as-tu fait cela?" Ne vous demandez pas non plus qui est celui-là. Ce n'est pas un homme, c'est Satan. Je l'ai dit à l'ami fidèle et je l'ai laissé dire par le fils aimé. C'est Satan. Si Satan ne s'était pas incarné, l'éternel singe de Dieu, en une chair mortelle, ce possédé n'aurait pas pu se soustraire à mon pouvoir de Jésus. J'ai dit: "possédé". Non. Il est beaucoup plus: il est anéanti en Satan.”“Pourquoi, Toi qui as chassé les démons, ne l'as-tu pas délivré?” demande Jacques d'Alphée.“Le demandes-tu par amour pour toi, craignant de l'être? Ne le crains pas.”“Moi alors?”“Moi?”“Moi?”“Taisez-vous. Je ne dis pas ce nom. J'use de miséricorde, et vous, faites la même chose.”“Mais pourquoi ne l'as-tu pas vaincu? Tu ne le pouvais pas?”“Je le pouvais. Mais pour empêcher Satan de s'incarner pour me tuer, j'aurais dû exterminer la race humaine avant la Rédemption. Qu'aurais-je racheté alors?”“Dis-le-moi, Seigneur, dis-le-moi!” Pierre s'est glissé à genoux et secoue Jésus avec frénésie, comme s'il était en proie au délire. “Est-ce moi? Est-ce moi? Je m'examine? Il ne me semble pas. Mais Toi… Tu as dit que je te renierai… Et je tremble… Oh! quelle horreur si c'était moi!…”“Non, Simon de Jonas, pas toi.”“Pourquoi m'as-tu enlevé mon nom de "Pierre"? Je suis donc redevenu Simon? Tu le vois? Tu le dis!… C'est moi! Mais comment ai-je pu? Dites-le… dites-le vous… Quand est-ce que j'ai pu devenir traître?… Simon?… Jean?… Mais parlez!…”“Pierre, Pierre, Pierre! Je t'appelle Simon parce que je pense à notre première rencontre quand tu étais Simon. Et je pense comment tu as toujours été loyal dès le premier moment. Ce n'est pas toi. Je te le dis Moi: Vérité.”“Qui alors?”“Mais c'est Judas de Kériot! Tu ne l'as pas encore compris?” crie le Thaddée qui n'arrive plus à se contenir.“Pourquoi ne me l'as-tu pas dit avant? Pourquoi?” crie aussi Pierre.“Silence. C'est Satan. Il n'a pas d'autre nom. Où vas-tu, Pierre?”“Le chercher.”“Dépose tout de suite ce manteau et cette arme. Ou bien je dois te chasser et te maudire?”“Non, non! Oh! mon Seigneur! Mais moi… mais moi… Je suis peut-être malade de délire, moi? Oh! Oh!” Pierre pleure après s'être jeté par terre aux pieds de Jésus.“Je vous donne le commandement de vous aimer et de pardonner. Avez-vous compris? Si dans le monde il y a aussi la haine, qu'en vous il n'y ait que l'amour. Pour tous. Combien de traîtres vous trouverez sur votre route! Mais vous ne devez pas haïr et rendre le mal pour le mal. Autrement le Père vous haïra. Avant vous, j'ai été haï et trahi, Moi. Et pourtant, vous le voyez, je ne hais pas. Le monde ne peut aimer ce qui n'est pas comme lui. Il ne vous aimera donc pas. Si vous lui apparteniez il vous aimerait, mais vous n'êtes pas du monde, car je vous ai pris du milieu du monde, et c'est pour cela que vous êtes haïs.Je vous ai dit: le serviteur n'est pas plus que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. S'ils m'ont écouté, ils vous écouteront vous aussi. Mais ils feront tout à cause de mon nom parce qu'ils ne connaissent pas, ne veulent pas connaître Celui qui m'a envoyé. Si je n'étais pas venu et si je n'avais pas parlé, ils ne seraient pas coupables, mais maintenant leur péché est sans excuse. Ils ont vu mes œuvres, entendu mes paroles, et pourtant ils m'ont haï, et avec Moi le Père, parce que le Père et Moi, nous sommes une seule Unité avec l'Amour. Mais il était écrit: "Tu m'as haï sans raison". Cependant quand sera venu le Consolateur, l'Esprit de vérité qui procède du Père, ce sera Lui qui rendra témoignage de Moi, et vous aussi, vous me rendrez témoignage parce que dès le début vous avez été avec Moi.Ceci je vous le dis pour que, quand ce sera l'heure, vous ne soyez pas abattus et scandalisés. Il va venir le temps où ils vous chasseront des synagogues et où celui qui vous tuera pensera rendre ainsi un culte à Dieu. Ils n'ont connu ni le Père ni Moi. C'est là leur excuse. Je ne vous ai pas dit ces choses en les développant autant avant maintenant, parce que vous étiez comme des enfants à peine nés. Mais maintenant la mère vous quitte. Je m'en vais. Vous devez vous accoutumer à une autre nourriture. Je veux que vous la connaissiez.Personne ne me demande plus: "Où vas-tu?" La tristesse vous rend muets. Et pourtant, c'est un bien pour vous aussi que je m'en aille, autrement le Consolateur ne viendra pas. C'est Moi qui vous l'enverrai. Et quand Il sera venu, par le moyen de la sagesse et de la parole, les œuvres et l'héroïsme qu'Il versera en vous, Il convaincra le monde de son péché déicide et de la justice de ma sainteté. Et le monde sera nettement divisé en réprouvés, ennemis de Dieu, et en croyants. Ces derniers seront plus ou moins saints, selon leur volonté. Mais le jugement du prince du monde et de ses serviteurs sera fait. Je ne puis vous en dire davantage car vous ne pouvez encore comprendre. Mais Lui, le Divin Paraclet, vous donnera la Vérité entière car Il ne parlera pas de Lui-même, mais Il dira tout ce qu'Il aura entendu de l'esprit de Dieu et Il vous annoncera l'avenir. Il prendra ce qui vient de Moi, c'est-à-dire de ce qui encore appartient au Père, et vous le dira.Encore un peu de temps pour se voir, ensuite vous ne me verrez plus. Et ensuite encore un peu de temps, et puis vous me verrez.Vous murmurez entre vous et dans votre cœur. Écoutez une parabole. La dernière de votre Maître.Quand une femme a conçu et arrive à l'heure de l'enfantement, elle est dans une grande affliction car elle souffre et gémit. Mais quand son petit enfant est venu au jour, et qu'elle le serre sur son cœur, toute peine cesse et la tristesse se change en joie parce qu'un homme est venu au monde.Ainsi pour vous. Vous pleurerez et le monde rira de vous, mais ensuite votre tristesse se changera en joie. Une joie que le monde ne connaîtra jamais. Vous êtes tristes maintenant, mais quand vous me reverrez, votre cœur deviendra plein d'une joie que personne n'aura plus le pouvoir de vous ravir. Une joie tellement pleine qu'elle estompera tout besoin de demander à la fois pour l'esprit et pour le cœur et pour la chair. Vous vous repaîtrez seulement de ma vue, oubliant toute autre chose. Mais justement, à partir de ce moment-là vous pourrez tout demander en mon nom, et cela vous sera donné par le Père pour que vous ayez toujours plus de joie. Demandez, demandez. Et vous recevrez.L'heure vient où je pourrai vous parler ouvertement du Père. Ce sera parce que vous aurez été fidèles dans l'épreuve et tout sera surmonté. Votre amour sera parfait du fait qu'il vous aura donné la force dans l'épreuve. Et ce qui vous manquera, je vous l'ajouterai en le prenant de mon immense trésor et en disant: "Père, tu le vois. Ils m'ont aimé en croyant que je suis venu de Toi". Descendu dans le monde, maintenant je le quitte et je vais au Père, et je prierai pour vous.”“Oh! maintenant, tu t'expliques. Maintenant nous savons ce que tu veux dire et que tu sais tout et que tu réponds sans que personne t'interroge. Vraiment tu viens de Dieu!”“Vous croyez maintenant? À la dernière heure? Cela fait trois ans que je vous parle! Mais déjà en vous opère le Pain qui est Dieu et le Vin qui est Sang qui n'est pas venu de l'homme et vous donne le premier frisson de la déification. Vous deviendrez des dieux si vous persévérez dans mon amour et dans ma possession. Non pas comme l'a dit Satan à Adam et Eve, mais comme je vous le dis. C'est le vrai fruit de l'arbre du Bien et de la Vie. Le Mal est vaincu en qui s'en nourrit, et la Mort est morte. Qui en mange vivra éternellement et deviendra "dieu" dans le Royaume de Dieu. Vous serez des dieux si vous restez en Moi. Et pourtant voilà… bien qu'ayant en vous ce Pain et ce Sang, puisque arrive l'heure où vous serez dispersés, vous vous en irez pour votre compte et vous me laisserez seul… Mais je ne suis pas seul. J'ai le Père avec Moi. Père, Père! Ne m'abandonne pas! Je vous ai tout dit… Pour vous donner la paix, ma paix. Vous serez encore opprimés. Mais ayez foi. J'ai vaincu le monde.”Jésus se lève, ouvre les bras en croix et dit avec un visage lumineux la sublime prière au Père. Jean la rapporte intégralement.Les apôtres pleurent plus ou moins ouvertement et bruyamment.Pour finir, ils chantent un hymne.Jésus les bénit, puis il ordonne: “Mettons nos manteaux maintenant et partons. André, dis au chef de maison de laisser tout ainsi, par ma volonté. Demain… cela vous fera plaisir de revoir ce lieu.” Jésus le regarde. Il paraît bénir les murs, le mobilier, tout. Puis il prend son manteau et s'éloigne, suivi des disciples. Près de Lui se trouve Jean auquel il s'appuie.“Tu ne salues pas la Mère?” Lui demande le fils de Zébédée.“Non. Tout est déjà fait. Ne faites pas de bruit.”Simon, qui a allumé une torche à la lampe, éclaire le vaste corridor qui va à la porte. Pierre ouvre avec précaution le portail et ils sortent tous sur le chemin et puis, faisant jouer une clef, ils ferment du dehors et ils se mettent en route. Jésus dit:“De l'épisode de la Cène, en plus de la considération de la charité d'un Dieu qui se fait nourriture pour les hommes, ressortent quatre enseignements principaux.Un: la nécessité pour tous les fils de Dieu d'obéir à la Loi.La Loi disait que l'on devait pour Pâque consommer l'agneau selon le rituel donné par le Très-Haut à Moïse et Moi, vrai Fils du vrai Dieu, je ne me suis pas considéré, à cause de ma qualité divine, comme exempt de la Loi. J'étais sur la Terre: Homme parmi les hommes et Maître des hommes. Je devais donc faire mon devoir d'homme envers Dieu comme les autres et mieux qu'eux. Les faveurs divines n'exemptent pas de l'obéissance et de l'effort vers une sainteté toujours plus grande. Si vous comparez la sainteté la plus élevée à la perfection divine, vous la trouvez toujours pleine de défauts et par conséquent obligée de s'efforcer elle-même de les éliminer et de rejoindre un degré de perfection autant que possible semblable à celui de Dieu.Deux: la puissance de la prière de Marie.J'étais Dieu fait Chair. Une Chair qui pour être sans tache possédait la force spirituelle pour dominer la chair. Et pourtant je ne refuse pas, j'appelle au contraire l'aide de la Pleine de Grâce, qui même en cette heure d'expiation aurait trouvé, c'est vrai, sur sa tête le Ciel fermé, mais pas au point de ne pas réussir à en détacher un ange, Elle, Reine des Anges, pour réconforter son Fils. Oh! non pas pour elle, la pauvre Maman! Elle aussi a goûté l'amertume de l'abandon du Père, mais par sa douleur offerte pour la Rédemption elle m'a obtenu de pouvoir surmonter l'angoisse du Jardin des Oliviers et porter à terme la Passion dans toute sa multiforme âpreté dont chacune visait à laver une forme et un moyen de péché.Trois: la maîtrise de soi-même et l'endurance de l'offense, charité sublime par dessus tout, ne peuvent l'avoir que ceux qui font vie de leur vie la Loi de Charité, que j'avais proclamée. Et non seulement proclamée, mais pratiquée réellement.Qu'a pu être pour Moi d'avoir avec Moi à ma table celui qui me trahissait, de devoir me donner à lui, de devoir m'humilier à lui, de devoir partager avec lui le calice rituel et de poser mes lèvres là où lui les avait posées et de les faire poser à ma Mère, vous ne pouvez pas l'imaginer. Vos médecins ont discuté et discutent sur la rapidité de ma fin et lui donnent pour origine une lésion cardiaque due aux coups de la flagellation. Oui, pour ces coups aussi mon cœur était devenu malade. Mais il l'était déjà depuis la Cène. Brisé, brisé dans l'effort de devoir subir à côté de Moi le Traître. J'ai commencé alors de mourir physiquement. Le reste n'a été qu'une aggravation de l'agonie qui existait déjà. Tout ce que j'ai pu faire, je l'ai fait car je n'étais qu'un avec la Charité. Même à l'heure où le Dieu-Charité s'éloignait de Moi, j'ai su être charité, car dans mes trente-trois années, j'avais vécu de charité. On ne peut arriver à une perfection telle que celle qui demande de pardonner et de supporter celui qui nous offense si on n'a pas l'habitude de la charité. Moi, je l'avais et j'ai pu pardonner et supporter ce chef-d'œuvre d'Offenseur que fut Judas.Quatre: le Sacrement opère d'autant plus que l'on est digne de le recevoir. Si on s'en est rendu digne par une constante volonté qui brise la chair et rend l'esprit souverain, en vainquant les concupiscences, en pliant l'être aux vertus, en le tendant comme un arc vers la perfection des vertus et surtout de la Charité.En effet quand quelqu'un aime, il tend à réjouir celui qu'il aime. Jean, qui m'aimait comme personne et qui était pur, eut du Sacrement le maximum de transformation. Il commença à partir de ce moment à être l'aigle auquel il est familier et facile de s'élever jusqu'au Ciel de Dieu et de fixer le Soleil éternel. Mais malheur à celui qui reçoit le Sacrement sans en être tout à fait digne, mais qui au contraire a fait croître sa constante indignité humaine par les fautes mortelles. Alors il devient non pas un germe de préservation et de vie, mais de corruption et de mort. Mort de l'esprit et putréfaction de la chair qui en "crève", comme dit Pierre de celle de Judas. Elle ne répand pas le sang, liquide toujours vital et beau dans sa pourpre, mais son intérieur noirci par toutes les passions, pourriture qui se déverse de la chair décomposée comme de la charogne d'un animal immonde, objet de dégoût pour les passants. La mort de celui qui profane le Sacrement est toujours la mort d'un désespéré et ne connaît donc pas le tranquille trépas propre à celui qui est en grâce, ni l'héroïque trépas de la victime qui souffre d'une manière aiguë mais avec le regard fixé au Ciel et l'âme assurée de la paix. La mort du désespéré est marquée de contorsions et de terreurs atroces, c'est une convulsion horrible de l'âme déjà saisie par la main de Satan qui l'étrangle pour l'arracher à la chair et la suffoque par sa respiration nauséabonde. Voilà la différence entre celui qui passe à l'autre vie après s'y être nourri de charité, de foi, d'espérance et de toute autre vertu et doctrine céleste et du Pain angélique qui l'accompagne avec ses fruits, mieux si de sa présence réelle, dans le dernier voyage, et celui qui trépasse après une vie de brute avec une mort de brute que la Grâce et le Sacrement ne réconfortent pas. La première, c'est la fin sereine du saint auquel la mort ouvre le Royaume éternel. La seconde, c'est la chute effrayante du damné qui se sent précipité dans la mort éternelle et connaît en un instant ce qu'il a voulu perdre sans pouvoir désormais y porter remède. Pour l'un c'est l'enrichissement, pour l'autre le dépouillement. Pour l'un la joie, pour l'autre la terreur.Voilà ce que vous vous donnez selon votre foi et votre amour, ou votre incroyance et le mépris de mon don. C'est l'enseignement de cette contemplation.” (...)Jésus dit:“Horrible, mais pas inutile. Trop de gens croient que Judas a commis une chose de peu d'importance. Certains arrivent même à dire qu'il a eu du mérite car sans lui la Rédemption ne serait pas venue et par conséquent il est justifié devant Dieu.En vérité je vous dis que si l'Enfer n'avait pas déjà existé, et existé parfait en ses tourments, il aurait été créé pour Judas encore plus horrible et éternel, parce que de tous les pécheurs et de tous les damnés il est le plus damné et le plus pécheur, et pour lui éternellement il n'y aura pas d'adoucissement de sa condamnation.Le remords aurait pu aussi le sauver, s'il avait fait du remords un repentir. Mais lui n'a pas voulu se repentir. Au premier crime de trahison, encore pardonnable à cause de la grande miséricorde qu'est mon affectueuse faiblesse, il a joint les blasphèmes, les résistances aux voix de la Grâce qui voulaient encore lui parler à travers les souvenirs, à travers les terreurs, à travers mon Sang et mon manteau, à travers mon regard, à travers les traces de l'institution de l'Eucharistie, à travers les paroles de ma Mère. Il a résisté à tout. Il a voulu résister comme il avait voulu trahir. Comme il a voulu maudire. Comme il a voulu se suicider. C'est la volonté qui compte dans les choses, dans le bien comme dans le mal.Quand quelqu'un tombe sans la volonté de tomber, je pardonne. Tu vois Pierre. Il m'a renié. Pourquoi? Il ne le savait même pas lui exactement. Un lâche, Pierre? Non. Mon Pierre n'était pas un lâche. Contre la cohorte et les gardes du Temple il avait osé frapper Malchus pour me défendre et risqué d'être tué de ce fait. Ensuite, il S'était enfui, sans avoir la volonté de le faire. Ensuite, il avait renié, sans avoir la volonté de le faire. Par la suite, il a bien su rester et avancer sur le chemin sanglant de la Croix, sur mon Chemin, jusqu'à arriver à la mort de la croix. Il a su par la suite donner de Moi un excellent témoignage au point d'être tué à cause de sa foi intrépide. Je le défends, mon Pierre. Sa défaillance a été la dernière de son humanité, mais sa volonté spirituelle n'était pas présente à ce moment. Elle dormait, émoussée par le poids de son humanité. Quand elle s'éveilla, elle ne voulut pas rester dans le péché et voulut être parfaite. Je lui ai pardonné tout de suite.Judas n'as pas voulu. Tu dis qu'il paraissait fou et enragé. il l'était d'une rage satanique. Sa terreur à la vue du chien, animal rare, en particulier à Jérusalem, venait du fait qu'on l'attribuait à Satan, depuis un temps immémorial, cette forme pour apparaître aux mortels. Dans les livres de magie, on dit encore qu'une des formes préférées de Satan pour apparaître est celle d'un chien mystérieux ou d'un chat ou d'un boue. Judas, déjà en proie à la terreur qui lui venait de son crime, convaincu qu'il appartenait à Satan à cause de ce crime, vit Satan en cette bête errante.Celui qui est coupable voit en tout des ombres de peur. C'est sa conscience qui les crée. Ensuite Satan excite ces ombres qui pourraient encore donner le repentir à un cœur, et en fait des larves horribles qui amènent au désespoir. Et le désespoir porte au dernier crime, au suicide. À quoi bon jeter le prix de la trahison, quand ce dépouillement n'est le fruit que de la colère et n'est pas fortifié par une volonté droite de se repentir? Dans ce cas, se dépouiller des fruits du mal devient méritoire, mais comme il l'a fait, non. Sacrifice inutile.Ma Mère, et c'était la Grâce qui parlait et la Trésorière qui donnait le pardon en mon nom, lui dit: "Repens-toi, Judas. Il pardonne…" Oh! si je lui aurais pardonné! S'il s'était jeté aux pieds de la Mère en disant: "Pitié!", elle, la Mère de Pitié, l'aurait recueilli comme un blessé et sur ses blessures sataniques, par lesquelles l'Ennemi lui avait inoculé le Crime, aurait répandu ses larmes qui sauvent et me l'aurait amené, au pied de la Croix, en le tenant par la main pour que Satan ne pût le saisir et les disciples le frapper, amené pour que mon Sang tombât d'abord sur lui, le plus grand des pécheurs. Et elle aurait été, elle, la Prêtresse admirable sur son autel, entre la Pureté et la Faute, parce qu'elle est la Mère des vierges et des saints, mais aussi la Mère des pécheurs.Mais lui n'a pas voulu. Méditez le pouvoir de la volonté dont vous êtes les arbitres absolus. Par elle vous pouvez avoir le Ciel ou l'Enfer. Méditez ce que veut dire persister dans la faute.Le Crucifié, Celui qui se tient les bras ouverts et attachés pour vous dire qu'il vous aime, et qu'il ne veut pas vous frapper, qu'il ne peut vous frapper parce qu'il vous aime et préfère se refuser de pouvoir vous embrasser, unique douleur de son état de crucifié, plutôt que d'avoir la liberté de vous punir, le Crucifié, objet de divine espérance pour ceux qui se repentent et veulent quitter la faute, devient pour les impénitents un objet d'une telle horreur qu'elle les fait blasphémer et user de violence envers eux-mêmes. Meurtriers de leur esprit et de leur corps à cause de leur persistance dans la faute. Et la vue de Celui qui est doux, qui s'est laissé immoler dans l'espoir de les sauver, prend l'apparence d'un spectre horrifiant. Maria, tu t'es lamentée de cette vision. Mais c'est le Vendredi de la Passion, ma fille. Tu dois souffrir. Aux souffrances que tu endures à cause de mes souffrances et de celles de Marie, tu dois joindre tes souffrances à cause de l'amertume de voir les pécheurs rester pécheurs. Elle a été notre souffrance, celle-là. Elle doit être la tienne. Marie a souffert et souffre encore de cela, comme de mes tortures. Tu dois donc souffrir cela. Maintenant, repose. Dans trois heures tu seras toute mienne et de Marie. Je te bénis, violette de ma passion et passiflore de Marie.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie.

Dimanche 9 mars 2008, Cinquième dimanche de Carême.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 11,1-45.
Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe.(Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.)Donc, les deux soeurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare.Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l'endroit où il se trouvait ;alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? »Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ;mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. »Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil. »Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. »Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu'il parlait de la mort.Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort,et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.Comme Béthanie était tout près de Jérusalem - à une demi-heure de marche environ -beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort.Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. »Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. »Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ;et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa soeur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t'appelle. »Marie, dès qu'elle l'entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus.Il n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré.Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer.Elle arriva à l'endroit où se trouvait Jésus ; dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »Quand il vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d'une émotion profonde.Il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. »Alors Jésus pleura.Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l'aimait ! »Mais certains d'entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre.Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu'il est là. »Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : «Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé.Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours ; mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé.»Après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris.
Correspondance dans Maria Valtorta : Tome 8, Chap 3, p 15 - CD8 , piste 18 -
Je me trouve encore dans la maison de Lazare et je vois que Marthe et Marie sortent dans le jardin pour accompagner un homme plutôt âgé, d'aspect très digne et je dirais que ce n'est pas un hébreu car il a le visage complètement rasé comme les romains.Une fois qu'ils sont un peu éloignés de la maison, Marie lui demande: “Eh bien, Nicomède? Que dis-tu de notre frère? Nous le voyons très… malade… Parle.”L'homme ouvre les bras dans un geste de commisération qui constate le caractère inéluctable du fait, et il dit en s'arrêtant: “Il est très malade… Je ne vous ai jamais trompées depuis les premiers temps où je l'ai soigné. J'ai tout essayé, vous le savez. Mais cela n'a pas servi. J'ai aussi… espéré, oui, j'ai espéré qu'il pourrait au moins vivre en réagissant contre l'épuisement de la maladie grâce à la bonne nourriture et aux cordiaux que je lui préparais. J'ai essayé aussi des poisons indiqués pour préserver le sang de la corruption et pour soutenir les forces selon les vieux principes des grands maîtres de la médecine. Mais le mal est plus fort que les remèdes employés. Ces maladies sont une sorte de corrosion. Elles détruisent, et quand elles apparaissent à l'extérieur, l'intérieur des os est déjà envahi. Comme la sève d'un arbre monte du bas jusqu'au sommet, ainsi, dans ce cas, la maladie s'est étendue depuis le pied à tout le corps…”. “Mais il n'a que les jambes de malades…” dit Marthe en gémissant.“Oui. Mais la fièvre détruit là où vous pensez qu'il n'y a que santé. Regardez cette petite branche tombée de cet arbre: elle paraît rongée ici près de la cassure. Mais, voilà… (il la brise entre ses doigts). Voyez-vous? Sous l'écorce lisse, il y a la carie jusqu'à l'extrémité qui semble encore vivante parce qu'il y a encore des petites feuilles. Lazare, désormais est… mourant, pauvres sœurs! Le Dieu de vos pères, les dieux et les demi-dieux de notre médecine n'ont rien pu faire… ou voulu faire. Je parle de votre Dieu… Et donc… oui, je prévois que désormais la mort est très proche à cause aussi de l'augmentation de la fièvre, symptôme de la corruption entrée dans le sang, des mouvements désordonnés du cœur et de l'absence de stimulations et de réactions chez le malade et dans tous ses organes. Vous voyez! Il ne se nourrit plus, il ne retient pas le peu qu'il prend, et il n'assimile pas ce qu'il retient. C'est la fin…Et - croyez à un médecin qui vous est reconnaissant en souvenir de Théophile - et ce qu'il faut plutôt désirer, c'est la mort désormais… Ce sont des maux effroyables. Depuis des milliers d'années ils détruisent l'homme et l'homme n'arrive pas à les détruire. Les dieux seuls le pourraient si…” Il s'arrête, les regarde en passant ses doigts sur son menton rasé. Il réfléchit puis il dit: “Pourquoi n'appelez-vous pas le Galiléen? C'est votre ami. Lui peut, car il peut tout. J'ai contrôlé des personnes qui étaient condamnées et qui sont guéries. Il sort de Lui une force étrange. Un fluide mystérieux qui ranime et rassemble les réactions dispersées et leur impose de vouloir guérir… Je ne sais pas. Je sais que je l'ai suivi aussi, en restant mêlé à la foule, et j'ai vu des choses merveilleuses… Appelez-le. Moi, je suis un gentil, mais j'honore le Thaumaturge mystérieux de votre peuple. Et je serais heureux si Lui pouvait ce que moi je n'ai pas pu.”“Lui est Dieu, Nicomède. Il peut donc tout. La force que tu appelles fluide, c'est sa volonté de Dieu” dit Marie.“Je ne me moque pas de votre foi. Au contraire je la pousse à grandir jusqu'à l'impossible. Du reste… On lit que les dieux sont descendus parfois sur la Terre. Moi… je n'y avais jamais cru… Mais avec la science et la conscience d'homme et de médecin, je dois dire qu'il en est ainsi, car le Galiléen opère des guérisons que seul un dieu peut opérer.”“Non pas un dieu, Nicomède. Le vrai Dieu” insiste Marie.“C'est bien. Comme tu veux. Et moi je croirai en Lui et je deviendrai son disciple si je vois que Lazare… ressuscite. Car désormais, plutôt que de guérison, c'est de résurrection qu'il faut parler. Appelez-le donc et d'urgence… car, si je ne suis pas devenu idiot, il mourra tout au plus d'ici le troisième crépuscule à partir de celui-ci. J'ai dit "tout au plus". Ce pourrait être avant, désormais.”“Oh! si nous pouvions! Mais nous ne savons pas où il est…” dit Marthe.“Moi, je le sais. C'est un de ses disciples qui me l'a dit et qui allait le rejoindre en accompagnant des malades, et deux étaient des miens. Il est au-delà du Jourdain, près du gué. C'est ce qu'il a dit. Vous, peut-être, savez mieux l'endroit.”“Ah! dans la maison de Salomon, certainement!” dit Marie.“C'est très loin?”“Non, Nicomède.”“Et alors, envoyez-lui tout de suite un serviteur pour Lui dire de venir. Je vais revenir plus tard et je reste ici pour voir son action sur Lazare. Salut, dominae. Et… réconfortez-vous mutuellement.” Il s'incline et s'en va vers la sortie où un serviteur l'attend pour tenir son cheval et lui ouvrir le portail.“Que faisons-nous, Marie?” demande Marthe après avoir vu partir le médecin.“Nous obéissons au Maître. Il a dit de le faire appeler après la mort de Lazare. Et nous le ferons.”“Mais, une fois qu'il va être mort… à quoi servira-t-il d'avoir le Maître ici? Pour notre cœur, oui, ce sera utile. Mais pour Lazare!… J'envoie un serviteur l'appeler.”“Non. Tu détruirais le miracle. Lui a dit de savoir espérer et croire contre toute réalité contraire. Et si nous le faisons, nous aurons le miracle, j'en suis sûre. Si nous ne savons pas le faire, Dieu nous laissera avec notre présomption de vouloir faire mieux que Lui, et Il ne nous accordera rien.”“Mais tu ne vois pas combien souffre Lazare? Tu ne te rends pas compte comment, dans les moments où il est conscient, il désire le Maître? Tu n'as pas de cœur, toi, de refuser cette dernière joie à notre pauvre frère!… Notre pauvre frère! Notre pauvre frère! Bientôt nous n'aurons plus de frère! Plus de père, plus de mère, plus de frère! La maison détruite, et nous seules, comme deux palmiers dans un désert.” Elle est prise d'une crise de douleur, je dirais même d'une crise de nerfs toute orientale, et elle s'agite, se frappant le visage et se décoiffant.Marie la saisit, lui impose: “Tais-toi! Tais-toi, te dis-je! Il peut entendre. Je l'aime plus et mieux que toi et je sais me dominer. Tu sembles une femmelette malade. Tais-toi, dis-je! Ce n'est pas par cette agitation que l'on change les destinées, ni non plus que l'on émeut les cœurs. Si tu le fais pour émouvoir le mien, tu te trompes. Penses-y bien. Le mien se brise dans l'obéissance. Mais il tient bon par elle.”Marthe, dominée par la force de sa sœur et par ses paroles, se calme quelque peu. Mais dans sa douleur, plus calme maintenant, elle gémit en appelant sa mère: “Maman! Oh! maman, console-moi. Il n'y a plus de paix en moi depuis que tu es morte. Si tu étais ici, maman! Si le chagrin ne t'avait pas tuée! Si tu étais ici, tu nous guiderais et nous t'obéirions pour le bien de tous… Oh!…”Marie change de couleur. Sans faire de bruit elle pleure le visage angoissé et se tordant les mains sans parler.Marthe la regarde et elle dit: “Notre mère, quand elle fut près de mourir, me fit promettre que je serais une mère pour Lazare. Si elle était ici…”“Elle obéirait au Maître, car c'était une femme juste. C'est inutilement que tu essaies de m'émouvoir. Dis-moi donc que j'ai assassiné ma mère par les douleurs que je lui ai données. Je te dirai: "Tu as raison". Mais si tu veux me faire dire que tu as raison de vouloir le Maître, je te dis: "Non". Et je dirai toujours: "Non". Et je suis certaine que du sein d'Abraham elle m'approuve et me bénit. Allons à la maison.”“Plus rien! Plus rien!”“Tout! C'est tout que tu devrais dire. En vérité tu écoutes le Maître et tu sembles attentive pendant qu'il parle, mais ensuite tu ne te rappelles pas ce qu'il dit. Ne nous a-t-il pas toujours dit qu'aimer et obéir nous rend fils de Dieu et héritiers de son Royaume? Et alors comment peux-tu dire que nous allons rester sans plus rien, si nous avons Dieu et si nous possédons le Royaume grâce à notre fidélité? Oh! comme, en vérité, il faut être absolues, comme je l'ai été, dans le mal, pour pouvoir être aussi, et savoir, et vouloir être absolues dans le bien, dans l'obéissance, dans l'espérance, dans la foi, dans l'amour!…”“Tu permets aux juifs de se moquer du Maître et de faire des insinuations sur son compte. Tu les as entendus avant-hier…”“Et tu penses encore aux croassements de ces corneilles et aux cris de ces vautours? Mais laisse-les cracher ce qu'ils ont en eux! Que t'importe le monde? Qu'est le monde par rapport à Dieu? Regarde: moins que ce taon dégoûtant, engourdi par le froid ou empoisonné pour avoir sucé des ordures et que j'écrase ainsi” et elle donne un énergique coup de talon à un taon qui chemine lentement sur le gravier du sentier. Puis elle prend Marthe par le bras en disant: “Allons, viens à la maison et…”“Au moins faisons le savoir au Maître. Envoyons Lui dire qu'il est mourant, sans dire autre chose…”“Comme s'il avait besoin de l'apprendre de nous! Non, ai-je dit. C'est inutile. Lui a dit: "Quand il sera mort, faites-le-moi savoir". Et nous le ferons. Pas avant.”“Personne, personne n'a pitié de ma douleur! Et toi moins que tous…”“Et cesse de pleurer ainsi. Je ne puis le supporter…” Dans sa douleur elle se mord les lèvres pour donner du courage à sa sœur et ne pas pleurer elle aussi.Marcelle sort en courant de la maison, suivie de Maximin: “Marthe! Marie! Accourez! Lazare est mal, il ne répond plus…”Les deux sœurs arrivent en courant pour entrer dans la maison… et après un moment, on entend la forte voix de Marie qui donne des ordres pour les secours qui s'imposent et on voit les serviteurs qui accourent avec des cordiaux et des bassins d'eau bouillante, et on entend des chuchotements et on voit des gestes de douleur…Le calme revient tout doucement après tant d'agitation. On voit les serviteurs qui parlotent entre eux, moins agités, mais qui ponctuent leurs dires par des gestes qui marquent un grand découragement. Certains hochent la tête, d'autres ouvrent les bras et les lèvent vers le ciel comme pour dire: “C'est ainsi”, d'autres pleurent et d'autres encore veulent espérer un miracle.Voici de nouveau Marthe, pâle comme une morte. Elle regarde derrière elle pour voir si on la suit. Elle regarde les serviteurs qui se serrent anxieux autour d'elle. Elle se tourne pour regarder si de la maison il sort quelqu'un pour la suivre. Puis elle dit à un serviteur: “Toi! Viens avec moi.”Le serviteur se détache du groupe et la suit vers la tonnelle des jasmins et y entre. Marthe parle sans quitter des yeux la maison qu'elle peut voir à travers l'entrelacement des branches: “Écoute bien. Quand tous les serviteurs vont être rentrés, et que je leur aurai donné des ordres pour qu'ils soient occupés dans la maison, tu iras aux écuries, tu prendras un cheval des plus rapides, tu le selleras… Si par hasard quelqu'un te voit, dis que tu vas chercher le médecin… Tu ne mens pas et je ne t'apprends pas à mentir car vraiment je t'envoie au Médecin béni… Prends avec toi de l'avoine pour la bête et de la nourriture pour toi et cette bourse pour tout ce qui pourrait arriver. Sors par la petite porte et passe par les champs labourés pour que les sabots ne fassent pas de bruit. Éloigne-toi de la maison, puis prends la route de Jéricho et galope sans jamais t'arrêter, même la nuit. As-tu compris? Sans jamais t'arrêter. La nouvelle lune éclairera ta route si l'obscurité vient pendant que tu galopes encore. Pense que la vie de ton maître est entre tes mains et dépend de ta rapidité. Je me fie à toi.”“Maîtresse, je te servirai comme un esclave fidèle.”“Va au gué de Béthabara. Passe-le et va au village après Béthanie d'au-delà du Jourdain. Sais-tu? Là où Jean baptisait au début.”“Je sais. J'y suis allé moi aussi pour me purifier.”“Dans ce village se trouve le Maître. Tout le monde t'indiquera la maison où il habite. Mais, si au lieu de suivre la route principale, tu suis les rives du fleuve, cela vaut mieux. On te voit moins et tu trouves la maison par toi-même. C'est la première de l'unique route du village qui va de la campagne au fleuve. Tu ne peux te tromper: une maison basse sans terrasse ni chambre du haut, avec le jardin qui se trouve, quand on vient du fleuve, avant la maison, un jardin fermé par un petit portail de bois et une haie d'aubépine, je crois, une haie en somme. Tu as compris? Répète.”Le serviteur répète patiemment.“C'est bien. Demande de parler avec Lui, avec Lui seul, et dis-lui que tes maîtresses t'envoient pour Lui dire que Lazare est très malade, qu'il va mourir, que nous n'en pouvons plus, que Lazare veut le voir et qu'il vienne tout de suite, tout de suite par pitié. As-tu bien compris?”“J'ai compris, maîtresse.”“Et ensuite, reviens tout de suite, de façon que personne ne remarque trop ton absence. Prends une lanterne avec toi pour les heures sombres. Va, cours, galope, crève le cheval, mais reviens vite avec la réponse du Maître.”“Je le ferai, maîtresse.”“Va! Va! Tu vois? Ils sont déjà tous rentrés dans la maison. Va tout de suite. Personne ne te verra faire les préparatifs. Je te porterai moi-même la nourriture. Va, je te la mettrai au seuil du petit portail. Va! Et que Dieu soit avec toi. Va!…”Elle le pousse, anxieuse, et puis court rapidement à la maison en prenant toutes les précautions et tout de suite après se glisse au dehors par une porte secondaire, du côté sud, avec un petit sac dans les mains, rase une haie jusqu'à la première ouverture, tourne, disparaît… On a ouvert toutes les portes et toutes les fenêtres de la pièce de Lazare pour lui rendre moins difficile la respiration. Autour de lui, absent, dans le coma - un lourd coma qui ressemble à la mort dont il ne diffère que par le mouvement de la respiration - sont les deux sœurs, Maximin, Marcelle et Noémi, attentifs au plus léger mouvement du mourant.Chaque fois qu'une contraction de douleur déforme la bouche, et qu'il semble qu'elle s'apprête à parler, ou que les yeux se découvrent par un mouvement des paupières, les deux sœurs se penchent pour saisir une parole, un regard… Mais c'est inutile. Ce ne sont que des actes incoordonnés, indépendants de la volonté et de l'intelligence, qui toutes les deux sont désormais inertes, perdues. Des actes qui viennent de la souffrance de la chair, comme vient d'elle la sueur qui rend brillant le visage du mourant et le tremblement qui par intervalles secoue les doigts squelettiques et en contracte les articulations. Les deux sœurs l'appellent aussi, avec dans leurs voix tout leur amour. Mais le nom et l'amour se heurtent aux barrières de l'insensibilité de l'intelligence et, comme réponse à leur appel, le silence de la tombe.Noémi, toute en pleurs, continue de mettre contre les pieds, certainement gelés, des briques enveloppées dans des bandes de laine. Marcelle tient dans ses mains une coupe dans laquelle trempe un linge fin dont Marthe se sert pour humecter les lèvres desséchées de son frère. Marie, avec un autre linge, essuie la sueur abondante qui ruisselle du visage squelettique et baigne les mains du mourant. Maximin, appuyé à un chiffonnier élevé et sombre, près du lit du mourant, observe debout, par derrière Marie penchée sur son frère.Rien d'autre. Un silence absolu, comme s'ils étaient dans une maison vide, dans un lieu désert. Les servantes qui apportent les briques chaudes ont les pieds nus et marchent sans faire de bruit sur le dallage. Elles semblent des apparitions.Marie dit à un moment donné: “Il me semble que la chaleur revient dans les mains. Regarde, Marthe, ses lèvres sont moins pâles.”“Oui. Même la respiration est plus libre. Je le regarde depuis unmoment” observe Maximin. Marthe se penche et l'appelle doucement mais intensément: “Lazare! Lazare! Oh! Regarde, Marie! Il a eu comme un sourire et un battement des paupières. Il va mieux, Marie! Il va mieux! Quelle heure avons-nous?”“Nous avons dépassé d'un moment le crépuscule.”“Ah!” et Marthe se redresse en serrant ses mains sur sa poitrine, en levant les yeux dans un geste visible de muette mais confiante prière. Un sourire éclaire son visage.Les autres la regardent étonnés et Marie lui dit: “Je ne vois pas pourquoi doit te rendre heureuse le fait d'avoir dépassé le crépuscule…” et elle la scrute, soupçonneuse, anxieuse.Marthe ne répond pas, mais reprend la pose qu'elle avait avant “Une servante entre avec des briques qu'elle passe à Noémi.Marie lui commande: “Apporte deux lampes. La lumière baisse et je veux le voir.” La servante sort sans bruit et revient de suite avec deux lampes allumées. Elle en met une sur le chiffonnier, sur lequel s'appuie Maximin, et l'autre sur une table encombrée de bandes et de petites amphores, placée de l'autre côté du lit.“Oh! Marie! Marie! Regarde! Il est vraiment moins pâle.”“Et il paraît moins épuisé. Il se ranime!” dit Marcelle.“Donnez-lui encore une goutte de ce vin aromatisé qu'a préparé Sara. Il lui a fait du bien” suggère Maximin.Marie prend sur le dessus du chiffonnier une petite amphore au col très fin en forme de bec d'oiseau, et avec précaution elle fait descendre une goutte de vin dans les lèvres entrouvertes.“Va doucement, Marie. Qu'il n'étouffe pas!” conseille Noémi.“Oh! il avale! Il le cherche! Regarde, Marthe! Regarde! Il tire la langue pour chercher…”Tous se penchent pour regarder et Noémi l'appelle: “Trésor! Regarde ta nourrice, âme sainte!” et elle s'avance pour le baiser.“Regarde! Regarde, Noémi, il boit ta larme! Elle est tombée près des lèvres et il l'a sentie, il l'a cherchée et avalée.”“Oh! ma joie! Si j'avais mon lait d'autrefois, je te le ferais passer goutte à goutte dans la bouche, mon agnelet, même si je devais m'épuiser le cœur et mourir ensuite!” Je comprends que Noémi, nourrice de Marie, a été aussi la nourrice de Lazare.“Maîtresses, Nicomède est revenu” dit un serviteur en apparaissant sur le seuil.“Qu'il vienne! Qu'il vienne! Il nous aidera à le ranimer.”“Observez! Observez! Il ouvre les yeux, il remue les lèvres” dit Maximin.“Il me serre les doigts avec ses doigts!” crie Marie et elle se penche pour dire: “Lazare, m'entends-tu? Qui suis-je?”Lazare ouvre réellement les yeux et il regarde: un regard vague, voilé, mais c'est toujours un regard. Il remue les lèvres non sans peine et il dit: “Maman!”“Je suis Marie. Marie! Ta sœur!”“Maman!”“Il ne te reconnaît pas et il appelle sa mère. Les mourants, c'est toujours ainsi” dit Noémi, le visage baigné de larmes.“Mais il parle, après si longtemps, il parle. Et c'est déjà beaucoup… Ensuite, il ira mieux. Oh! mon Seigneur, récompense ta servante!” dit Marthe avec encore ce geste de fervente et confiante prière“Mais que t'est-il arrivé? Peut-être as-tu vu le Maître? T'est-il apparu? Dis-le-moi, Marthe! Tire-moi d'angoisse!” dit Marie.L'entrée de Nicomède empêche la réponse. Tous s'adressent à lui pour lui raconter comment, après son départ, l'état de Lazare s'était aggravé au point d'être mourant, et qu'on l'avait cru déjà mort, et puis comment, avec des soins, on l'avait fait revenir mais pour la respiration seulement. Et comment depuis peu, après qu'une de leurs femmes avait préparé du vin aromatisé, la chaleur lui était revenue et il avait avalé et cherché à boire et avait aussi ouvert les yeux et parlé…Ils parlent tous ensemble avec leurs espoirs rallumés qui se heurte à la tranquillité quelque peu sceptique du médecin qui les laisse parler sans dire un mot.Finalement ils ont terminé et le médecin dit: “C'est bien. Laissez-moi voir.” Il les écarte pour s'approcher du lit et en ordonnant d'apporter les lampes et de fermer la fenêtre, parce qu'il veut découvrir le malade. Il se penche sur lui, l'appelle, l'interroge, fait passer la lampe devant le visage de Lazare qui maintenant a les yeux ouverts et semble comme étonné de tout. Ensuite il le découvre, étudie sa respiration, les battements du cœur, la température et la rigidité des membres… Tous sont anxieux dans l'attente de ce qu'il va dire. Nicomède recouvre le malade, le regarde encore, réfléchit, puis il se retourne pour regarder ceux qui sont là et il dit: “Il est indéniable qu'il a repris de la vigueur. Actuellement il va mieux que quand je l'ai vu, mais ne vous faites pas d'illusion. Ce n'est qu'une rémission. J'en suis tellement certain, comme je l'étais qu'il approche de sa fin que, comme vous le voyez, je suis revenu, après m'être dégagé de toute occupation, pour lui rendre la mort moins pénible pour autant qu'il m'est permis de le faire… ou pour voir le miracle si… Avez-vous pourvu?”“Oui, oui, Nicomède” interrompt Marthe, et pour empêcher toute autre parole, elle dit: “Mais n'avais-tu pas dit que… d'ici trois jours… Moi…” Elle pleure.“Je l'ai dit. Je suis un médecin. Je vis au milieu des agonies et des pleurs. Mais l'habitude de voir des douleurs ne m'a pas encore donné un cœur de pierre. Et aujourd'hui… je vous ai préparées… par un terme suffisamment long… et vague… Mais ma science me disait que la solution était plus rapide et mon cœur mentait pour vous tromper par pitié… Allons! Soyez courageuses… Sortez… On ne sait jamais jusqu'à quel point les mourants entendent…” Il les pousse dehors, toutes en pleurs, en répétant: “Soyez courageuses! Soyez courageuses!”Près du mourant il reste Maximin… Le médecin aussi s'est éloigné pour préparer des médicaments, susceptibles de rendre moins angoissée l'agonie, que dit-il: “Je prévois très douloureuse.”“Fais-le vivre jusqu'à demain. Il va faire nuit. Tu vois, ô Nicomède. Qu'est-ce pour ta science de tenir une vie éveillée pour moins d'un jour? Fais-le vivre!”“Domina, je fais ce que je puis. Mais quand la mèche est à bout, il n'y a plus rien pour maintenir la flamme!” répond le médecin et il s'en va.Le deux sœurs s'embrassent et elles pleurent désolées, et celle qui pleure le plus, maintenant, c'est Marie. L'autre a son espérance au cœur…La voix de Lazare arrive de la pièce. Forte, impérieuse. Elle les fait tressaillir, inattendue qu'elle est dans tant de langueur. Il les appelle: “Marthe! Marie! Où êtes-vous? Je veux me lever, m'habiller! Dire au Maître que je suis guéri! Je dois aller trouver le Maître. Un char! Tout de suite. Et un cheval rapide. Certainement c'est Lui qui m'a guéri…” Il parle rapidement, en marquant les mots, assis sur son lit, brûlé par la fièvre, cherchant à sauter du lit, empêché de le faire par Maximin qui dit aux femmes qui entrent en courant: “Il délire!”“Non! Laissez-le. Le miracle! Le miracle! Oh! -Je suis heureuse de l'avoir suscité! Dès que Jésus a su. Dieu des pères, sois béni et loué pour ta puissance et ton Messie…” Marthe, tombée à genoux, est ivre de joie.Pendant ce temps Lazare continue, toujours plus pris par la fièvre. Marthe ne comprend pas que c'est la cause de tout: “Il est venu tant de fois me voir malade, il est juste que j'aille le trouver pour Lui dire: "Je suis guéri". Je suis guéri! Je n'ai plus de douleurs! Je suis fort. Je veux me lever. Aller. Dieu a voulu éprouver ma résignation, on m'appellera le nouveau Job…” Il prend un ton hiératique en faisant de grands gestes: “"Le Seigneur s'émut de la pénitence de Job… et Il lui rendit le double de ce qu'il avait eu. Et le Seigneur bénit les dernières années de Job, plus encore que les premières… et il vécut jusqu'à…" Mais non, je ne suis pas Job! J'étais dans les flammes et il m'en a retiré, j'étais dans le ventre du monstre et je suis revenu à la lumière. Je suis donc Jonas, et les trois enfants de Daniel…”Le médecin survient, appelé par quelqu'un. Il l'observe: “C'est le délire. Je m'y attendais. La corruption du sang brûle le cerveau.” Il s'efforce de le recoucher et recommande de le tenir, puis il retourne dehors, à ses décoctions.Lazare se fâche un peu qu'on le tienne et entre-temps se met à pleurer comme un enfant.“Il délire vraiment” dit Marie en gémissant.“Non. Personne ne comprend rien. Vous ne savez pas croire. Mais oui! Vous ne savez pas… À cette heure, le Maître sait que Lazare est mourant. Oui, je l'ai fait, Marie! Je l'ai fait sans rien te dire…”“Ah! malheureuse! Tu as détruit le miracle!” crie Marie.“Mais non! Tu le vois, il a commencé à aller mieux à l'heure où Jonas a rejoint le Maître. Il délire… Certainement… Il est faible, et il a encore le cerveau obnubilé par la mort qui déjà le tenait. Mais ce n'est pas le délire que le médecin croit. Écoute-le! Est-ce que ce sont des paroles de délire?”En effet Lazare dit: “J'ai incliné ma tête au décret de mort et j'ai goûté combien il est amer de mourir. Et voilà que Dieu s'est dit satisfait de ma résignation et me rend à la vie et à mes sœurs. Je pourrai encore servir le Seigneur et me sanctifier avec Marthe et Marie… Avec Marie! Qu'est-ce Marie? Marie c'est le don de Jésus au pauvre Lazare. Il me l'avait dit… Combien de temps depuis lors! "Votre pardon fera plus que tout. Il m'aidera". Il me l'avait promis: "Elle sera ta joie". Et ce jour que j'étais fâché parce qu'elle avait amené sa honte ici, près du Saint, quelles paroles pour l'inviter au retour! La Sagesse et la Charité s'étaient unies pour toucher son cœur… Et l'autre jour, qu'il me trouva à m'offrir pour elle, pour sa rédemption?… Je veux vivre, pour jouir d'elle qui est rachetée! Je veux louer avec elle le Seigneur! Fleuves de larmes, affronts, honte, amertume… tout m'a pénétré et a tué ma vie par sa faute… Voici le feu, le feu de la fournaise! Il revient, avec le souvenir… Marie de Théophile et d'Euchérie, ma sœur: la prostituée. Elle pouvait être reine et elle s'est rendue fange, une fange que même le porc piétine. Et ma mère qui meurt. Et ne plus pouvoir aller parmi les gens sans devoir supporter leurs mépris. À cause d'elle! Où es-tu, malheureuse? Le pain te manquait, peut-être, pour que tu te vendes comme tu t'es vendue? Qu'as-tu sucé au sein de ta nourrice? Ta mère, que t'a-t-elle enseigné? L'une la luxure? L'autre le péché? Va-t'en! Déshonneur de notre maison!”Sa voix est un cri. Il semble fou. Marcelle et Noémi se hâtent de fermer hermétiquement les portes et de descendre les lourds rideaux pour atténuer la résonance, alors que le médecin, revenu dans la pièce, s'efforce inutilement de calmer le délire qui devient de plus en plus furieux.Marie, jetée à terre comme une loque, sanglote sous l'inexorable accusation du mourant qui continue: “Un, deux, dix amants. L'opprobre d'Israël passait de bras en bras… Sa mère mourait. Elle frémissait dans ses amours obscènes. Bête fauve! Vampire! Tu as sucé la vie de ta mère. Tu as détruit notre joie. Marthe sacrifiée à cause de toi. On n'épouse pas la sœur d'une courtisane. Moi… Ah! moi! Lazare, cavalier, fils de Théophile… Sur moi crachaient les gamins d'Ophel!! "Voilà le complice d'une adultère et d'une immonde" disaient scribes et pharisiens et ils secouaient leurs vêtements pour marquer qu'ils repoussaient le péché dont j'étais souillé à son contact! "Voici le pécheur! Celui qui ne sait pas frapper le coupable est coupable lui aussi" criaient les rabbis quand je montais au Temple, et moi je suais sous le feu des pupilles des prêtres… Le feu. Toi! Tu vomissais le feu que tu avais en toi car tu es un démon, Marie. Tu es dégoûtante. Tu es l'anathème. Ton feu prenait tous, car il était fait de nombreux feux et il y en avait pour les luxurieux qui paraissaient des poissons pris au tramail, quand tu passais… Pourquoi ne t'ai-je pas tuée? Je brûlerai dans la Géhenne pour t'avoir laissée vivre en ruinant tant de familles, en donnant du scandale à mille… Qui dit: "Malheur à celui par qui vient le scandale"? Qui le dit? Ah! le Maître! Je veux le Maître! Je le veux! Pour qu'il me pardonne. Je veux Lui dire que je ne pouvais pas la tuer parce je l'aimais… Marie était le soleil de notre maison… Je veux le Maître! Pourquoi n'est-il pas ici? Je ne veux pas vivre! Mais avoir le pardon du scandale que j'ai donné en laissant vivre le scandale. Je suis déjà dans les flammes. C'est le feu de Marie. Il m'a pris. Il prenait tout le monde. Afin de donner de la luxure pour elle, de la haine pour nous, et brûler ma chair. Au loin ces couvertures, au loin tout! Je suis dans le feu. Il m'a pris chair et esprit. Je suis perdu à cause d'elle. Maître! Maître! Ton pardon! Il ne vient pas. Il ne peut venir dans la maison de Lazare. C'est une fosse à fumier à cause d'elle. Alors… je veux oublier. Tout. Je ne suis plus Lazare. Donnez-moi du vin. Salomon le dit: "Donnez du vin à ceux qui ont le cœur déchiré, qu'ils boivent et oublient leur misère et qu'ils ne se rappellent plus leur douleur". Je ne veux plus me rappeler. Ils disent tous: "Lazare est riche, c'est l'homme le plus riche de la Judée". Ce n'est pas vrai. Tout n'est que paille. Ce n'est pas or. Et les maisons? Des nuages. Les vignes, les oasis, les jardins, les oliveraies? Rien. Tromperie. Je suis Job. Je n'ai plus rien. J'avais une perle. Belle! De valeur infinie. C'était mon orgueil. Elle s'appelait Marie. Je ne l'ai plus. Je suis pauvre. Le plus pauvre de tous. De tous le plus trompé… Même Jésus m'a trompé. Car il m'avait dit qu'il me l'aurait rendue, et au contraire elle… Où est-elle? La voilà. On dirait une courtisane païenne, la femme d'Israël, fille d'une sainte! À demi-nue, ivre, folle… Et autour… les yeux fixés sur le corps nu de ma sœur, la meute de ses amants… Et elle rit d'être admirée et convoitée ainsi. Je veux réparer mon crime. Je veux aller à travers Israël pour dire: "N'allez pas chez ma sœur. Sa maison, c'est le chemin de l'enfer, et il descend dans les abîmes de la mort". Et puis je veux aller la trouver et la piétiner, car il est dit: "Toute femme impudique sera piétinée comme une ordure sur le chemin". Oh! Tu as le courage de te montrer à moi qui meurs déshonoré, détruit par toi? À moi qui ai offert ma vie pour le rachat de ton âme, et sans résultat? Comment je te voulais, dis-tu? Comment je te voulais pour ne pas mourir ainsi? Voici comment je te voulais: comme Suzanne, la chaste. Tu dis qu'ils t'ont tentée? Et n'avais-tu pas un frère pour te défendre? Suzanne, d'elle-même, a répondu: "Il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains que de pécher en présence du Seigneur", et Dieu fit briller sa candeur. Moi, je les aurais dites les paroles contre ceux qui te tentaient et je t'aurais défendue. Mais Toi! Tu t'en es allée. Judith était veuve, et elle vivait seule dans sa pièce écartée, portant le cilice sur ses côtés et jeûnant, et elle était en grande estime auprès de tous parce qu'elle craignait le Seigneur, et d'elle on chante: "Tu es la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de notre peuple parce que tu as agi virilement et que ton cœur a été fort, parce que tu as aimé la chasteté et qu'après ton mariage tu n'as pas connu d'autre homme. À cause de cela, le Seigneur t'a rendue forte et tu seras bénie éternellement". Si Marie avait été comme Judith, le Seigneur m'aurait guéri. Mais il ne l'a pas pu à cause d'elle. C'est pour cela que je n'ai pas demandé de guérir. Il ne peut y avoir de miracle là où elle est. Mais mourir, souffrir, ce n'est rien. Dix et dix fois plus, une mort et une mort pour qu'elle se sauve. Oh! Seigneur Très-Haut! Toutes les morts! Toute la douleur! Mais Marie sauvée! Jouir d'elle une heure, une seule heure! D'elle redevenue sainte, pure comme dans son enfance! Une heure de cette joie! Me glorifier d'elle, la fleur d'or de ma maison, la gentille gazelle aux doux yeux, le rossignol du soir, l'amoureuse colombe… Je veux le Maître pour Lui dire que je veux cela: Marie! Marie! Viens! Marie! Quelle douleur a ton frère, Marie! Mais si tu viens, si tu te rachètes, ma douleur devient douce. Cherchez Marie! C'est la fin! Je meurs! Marie! Faites de la lumière! De l'air… Je… J'étouffe… Oh! quelle chose je ressens!…”Le médecin fait un geste et dit: “C'est la fin. Après le délire, la torpeur et puis la mort. Mais il peut avoir un réveil de l'intelligence. Approchez-vous, toi surtout. Il en aura de la joie” et, après avoir recouché Lazare, épuisé après tant d'agitation, il va trouver Marie qui n'a pas cessé de pleurer par terre en gémissant: “Faites-le taire!” Il la relève et l'amène au lit.Lazare a fermé les yeux, mais il doit souffrir atrocement. Ce n'est que frémissement et contraction. Le médecin essaie de le secourir avec des potions… Il se passe ainsi un certain temps.Lazare ouvre les yeux. Il paraît avoir oublié ce qu'il était auparavant, mais il est conscient. Il sourit à ses sœurs et cherche à prendre leurs mains, à répondre à leurs baisers. Il pâlit mortellement. Il gémit: “J'ai froid…” et il claque des dents en cherchant à se couvrir jusqu'à la bouche. Il gémit: “Nicomède, je ne résiste plus à la souffrance. Les loups m'écharnent les jambes et me dévorent le cœur. Quelle douleur! Et si l'agonie est ainsi, que sera la mort? Comment faire? Oh! si j'avais le Maître ici! Pourquoi ne me l'a-t-on pas amené? Je serais mort heureux sur son sein…” il pleure.Marthe regarde Marie sévèrement. Marie comprend son coup d'œil et, encore accablée par le délire de son frère, elle se trouve prise de remords. Elle se penche, agenouillée comme elle l'est contre le lit, pour baiser la main de son frère et elle gémit: “C'est moi la coupable. Marthe voulait le faire depuis deux jours déjà. Mais je n'ai pas voulu, car Lui nous avait dit de ne le prévenir qu'après ta mort. Pardonne-moi! Toute la douleur de la vie, je te l'ai donnée… Et pourtant je t'ai aimé et je t'aime, frère. Après le Maître, c'est toi que j'aime plus que tous, et Dieu voit que je ne mens pas. Dis-moi que tu m'absous du passé, donne-moi la paix…”“Domina!” rappelle le médecin. “Le malade n'a pas besoin d'émotions.”“C'est vrai… Dis-moi que tu me pardonnes de t'avoir refusé Jésus…”“Marie! C'est pour toi que Jésus est venu ici… et c'est pour toi qu'il y vient… car tu as su aimer plus que tous… Tu m'as aimé plus que tous… Une vie… de délices ne m'aurait pas… ne m'aurait pas donné la… joie dont tu m'as fait jouir… Je te bénis… Je te dis… que tu as bien fait… d'obéir à Jésus… Je ne savais pas… Je sais… Je dis… c'est bien… Aidez-moi à mourir!… Noémi… tu étais capable de… me faire dormir… autrefois… Marthe… bénie… ma paix… Maximin… avec Jésus. Aussi… pour moi… Ma part… aux pauvres… à Jésus… pour les pauvres… Et pardonnez… à tous… Ah! quels spasmes!… De l'air!… De la lumière!… Tout tremble… Vous avez comme une lumière autour de vous et elle m'éblouit quand… je vous regarde… Parlez… fort…” Il a mis sa main gauche sur la tête de Marie, et il a abandonné la droite dans les mains de Marthe. Il halète…On le soulève avec précaution pour ajouter des oreillers, et Nicomède lui fait prendre encore des gouttes de potion. Sa pauvre tête s'enfonce et retombe dans un abandon mortel. Toute sa vie est dans la respiration. Pourtant il ouvre les yeux et regarde Marie qui soutient sa tête, et il lui sourit en disant: “Maman! Elle est revenue… Maman! Parle! Ta voix… Tu sais… le secret… de Dieu… Ai-je servi… le Seigneur?…”Marie, d'une voix rendue blanche par la peine, murmure: “Le Seigneur te dit: "Viens avec Moi, serviteur bon et fidèle, car tu as écouté toutes mes paroles et aimé le Verbe que j'ai envoyé".”“Je n'entends pas! Plus fort!”Marie répète plus fort…“C'est vraiment maman!…” dit Lazare satisfait et il abandonne sa tête sur l'épaule de sa sœur…Il ne parle plus. Seulement des gémissements et des tremblements spasmodiques, seulement la sueur et le râle. Insensible désormais à la Terre, aux affections, il sombre dans le noir toujours plus absolu de la mort. Les paupières descendent sur les yeux devenus vitreux où brille une dernière larme.“Nicomède! Il se laisse aller! Il se refroidit!…” dit Marie.“Domina, la mort est un soulagement pour lui.”“Garde-le en vie! Demain Jésus est certainement ici. Il sera parti tout de suite. Peut-être il a pris le cheval du serviteur ou une autre monture” dit Marthe. Et s'adressant à sa sœur: “Oh! si tu m'avais laissée l'appeler plus tôt!” Puis au médecin: “Fais-le vivre!” lui impose-t-elle convulsée.Le médecin ouvre les bras. Il essaie des cordiaux, mais Lazare n'avale plus.Le râle augmente… augmente… Il est déchirant…“Oh! on ne peut plus l'entendre!” gémit Noémi…“Oui. Il a une longue agonie…” dit le médecin.Mais il n'a pas encore fini de le dire que, avec une convulsion de toute sa personne qui se cambre et puis s'abandonne, Lazare exhale le dernier soupir.Les sœurs crient… en voyant ce spasme, en voyant cet abandon. Marie appelle son frère, en le baisant. Marthe s'accroche au médecin qui se penche sur le mort et dit: “Il a expiré. Désormais il est trop tard pour attendre le miracle. Il n'y a plus à attendre. Trop tard!… Je me retire, dominae. Je n'ai plus de raison de rester. Ne tardez pas pour les funérailles car il est déjà décomposé.” Il abaisse les paupières sur les yeux du mort et dit encore en le regardant: “Malheur! C'était un homme vertueux et intelligent. Il ne devait pas mourir!” Il s'incline vers les deux sœurs, qu'il salue. “Dominae! Salve!” et il s'en va.Les pleurs emplissent la pièce. Marie désormais n'a plus de force et elle se renverse sur le corps de son frère en criant ses remords, en demandant son pardon. Marthe pleure dans les bras de Noémi.Puis Marie s'écrie: “Tu n'as pas eu foi, ni obéissance. Je l'ai tué une première fois; toi, tu le tues maintenant; moi, par mon péché, toi, par ta désobéissance.” Elle est comme folle. Marthe la soulève, l'embrasse, s'excuse. Maximin, Noémi, Marcelle essaient de les ramener toutes les deux à la raison et à la résignation. Ils y parviennent en rappelant Jésus… La douleur devient plus ordonnée et, pendant que la pièce se remplit de serviteurs en larmes et que pénètrent ceux qui sont chargés de l'ensevelissement, on conduit les deux sœurs autre part pour qu'elles pleurent leur douleur.Maximin qui les conduit dit: “Il a expiré à la fin du second temps de la nuit.”Et Noémi: “Il faudra l'ensevelir dans la journée de demain, avant le coucher du soleil, car le sabbat arrive. Vous avez dit que le Maître veut de grands honneurs…”“Oui. Maximin, à toi de t'en occuper. Moi je suis sotte” dit Marthe.“Je vais envoyer les serviteurs à ceux qui sont loin et à ceux qui sont proches, et donner des ordres” dit Maximin qui se retire.Les deux sœurs pleurent embrassées. Elles ne se font plus de reproches mutuels. Elles pleurent. Elles essaient de se réconforter…Les heures passent. Le mort est préparé dans sa pièce. Une longue forme enveloppée dans des bandes sous le suaire.“Pourquoi déjà recouvert ainsi?” s'écrie Marthe, qui en fait des reproches.“Maîtresse… Son nez était une puanteur et quand on l'a remué, il a rejeté du sang corrompu” dit en s'excusant un vieux serviteur.Les sœurs pleurent plus fort. Lazare est déjà plus loin sous ces bandes… Un autre pas dans l'éloignement de la mort. Elles le veillent en pleurant jusqu'à l'aube, jusqu'au retour du serviteur d'au-delà du Jourdain. Du serviteur qui reste abasourdi mais qui rapporte de la course qu'il a faite pour apporter la réponse que Jésus vient.“Il a dit qu'il vient? Il n'a pas fait de reproches?” demande Marthe.“Non, maîtresse. Il a dit: "Je viendrai. Dis-leur que je viendrai, et qu'elles aient foi". Et auparavant il avait dit: "Dis-leur de rester tranquilles. Ce n'est pas une maladie mortelle, mais c'est la gloire de Dieu, pour que sa puissance soit glorifiée en son Fils".”“C'est vraiment ce qu'il a dit? En es-tu sûr?” demande Marie.“Maîtresse, tout le long d e la route, j'ai répété les paroles!”“Va, va. Tu es fatigué. Tu as tout bien fait. Mais il est trop tard, désormais!…” soupire Marthe. Et dès qu'elle reste avec sa sœur, elle éclate bruyamment en sanglots.“Marthe, pourquoi?…”“Oh! en plus de la mort, c'est la désillusion! Marie! Marie! Tu ne réfléchis pas que cette fois le Maître s'est trompé? Regarde Lazare. Il est bien mort! Nous avons espéré au-delà de ce qui est croyable, et cela n'a pas servi. Quand je l'ai fait appeler, j'ai certainement mal fait, Lazare était déjà plus mort que vif. Et notre foi n'a pas eu de résultat et de récompense. Et le Maître nous fait dire que ce n'est pas une maladie mortelle! Le Maître, alors, n'est plus la Vérité? Il ne l'est plus… Oh! Tout! Tout! Tout est fini!”Marie se tord les mains. Elle ne sait que dire. La réalité est la réalité… Mais elle ne parle pas. Elle ne dit pas un mot contre son Jésus. Elle pleure. Elle est vraiment à bout.Marthe a une idée fixe dans le cœur: celui d'avoir trop tardé: “C'est ta faute” reproche-t-elle. “Il voulait éprouver ainsi notre foi. Obéir, oui. Mais désobéir aussi à cause de notre foi, et Lui montrer que nous croyons que Lui seul pouvait et devait faire le miracle. Mon pauvre frère! Et il l'a tant désiré! Au moins cela: le voir! Notre pauvre Lazare! Pauvre! Pauvre!” Et les pleurs se changent en un cri lugubre auquel font écho de l'autre côté de la porte les cris des servantes et des serviteurs, selon les coutumes de l'orient…La nuit commence déjà à tomber. Le serviteur, remontant les bosquets du fleuve, éperonne son cheval qui fume de sueur pour lui faire franchir la dénivellation qui existe en ce point entre le fleuve et le chemin du village. Les flancs de la pauvre bête palpitent à cause de la course rapide et longue. La sueur moire sa robe noire, et l'écume du mors éclabousse son poitrail de taches blanches. Il halète en cambrant son cou et en secouant sa tête.Le voilà sur le sentier. Il a vite fait de rejoindre la maison. Le serviteur saute à terre, attache le cheval à la haie, et appelle.De derrière la maison se présente la tête de Pierre et, de sa voix un peu rauque, il demande: “Qui appelle? Le Maître est fatigué. Cela fait des heures qu'il n'est pas tranquille. Il fait presque nuit. Revenez demain.”“Je ne veux rien du Maître, moi. Je suis en bonne santé et je n'ai qu'un mot à dire.”Pierre s'avance en disant: “Et de la part de qui, si on peut le demander? Si je ne puis reconnaître à coup sûr, je ne fais passer personne, et surtout quelqu'un qui pue Jérusalem comme toi.” Il s'est avancé lentement, rendu plus soupçonneux par la beauté du cheval maure richement harnaché, que par l'homme. Mais quand ils sont en face l'un de l'autre, il fait un geste étonné: “Toi? Mais n'es-tu pas un serviteur de Lazare, toi?”Le serviteur ne sait que dire. Sa maîtresse lui a dit de ne parler qu'à Jésus, mais l'apôtre semble bien décidé à ne pas le faire passer. Le nom de Lazare, il le sait, est puissant auprès des apôtres. Il se décide à dire: “Oui, je suis Jonas, serviteur de Lazare. Je dois parler au Maître.”“Lazare est-il mal? Est-ce lui qui t'envoie?”“Il est mal, oui. Mais ne me fais pas perdre de temps. Je dois retourner au plus tôt.” Et pour décider Pierre, il dit: “Il y a eu les synhédristes à Béthanie…”“Les synhédristes!!! Passe! Passe!” et il ouvre le portail en disant: “Détache le cheval. Nous allons lui donner à boire et de l'herbe, si tu veux.”“J'ai de l'avoine, mais un peu d'herbe ne lui fera pas de mal. De l'eau après; tout de suite, cela lui ferait du mal.”Ils entrent dans la pièce où se trouvent les couchettes et attachent la bête dans un coin pour la garder à l'abri de l'air; le serviteur la couvre avec la couverture qui était attachée à la selle, lui donne de l'avoine et de l'herbe que Pierre a prise je ne sais où. Puis ils reviennent dehors et Pierre conduit le serviteur dans la cuisine et lui donne une tasse de lait chaud qu'il prend dans un petit chaudron qui est près du feu allumé, au lieu de l'eau que le serviteur avait demandée. Pendant que le serviteur boit et se réchauffe auprès du feu, Pierre, qui s'abstient héroïquement de poser des questions, dit: “Le lait vaut mieux que l'eau que tu voulais. Et puisque nous en avons! Tu as tout fait en une étape?”“En une étape et je ferai ainsi au retour.”“Tu vas être fatigué. Et le cheval va tenir le coup?”“Je l'espère. Et puis, au retour, je ne galoperai pas comme à l'aller.”“Mais il va faire nuit bientôt. La lune commence déjà à se lever… Comment vas-tu faire au fleuve?”“J'espère y arriver avant qu'elle se couche, autrement je resterai dans le bois jusqu'à l'aube. Mais j'arriverai avant.”“Et après? La route est longue du fleuve à Béthanie, et la lune se couche de bonne heure. Elle est à ses premiers jours.”“J'ai une bonne lanterne, je l'allumerai et j'irai doucement. Si doucement que j'aille, je m'approcherai toujours de la maison.”“Veux-tu du pain et du fromage? Nous en avons et aussi du poisson. C'est moi qui l'ai pêché. Parce qu'aujourd'hui je suis resté ici avec Thomas. Mais maintenant Thomas est allé prendre du pain chez une femme qui nous rend service.”“Non, ne te prive de rien. J'ai mangé en route, mais j'avais soif et besoin aussi de quelque chose de chaud. Maintenant, je suis bien. Mais veux-tu aller voir le Maître? Est-il ici?”“Oui, oui. S'il n'y avait pas été, je te l'aurais dit tout de suite. Il est à côté qui se repose, car il vient tant de gens ici… J'ai même peur que la chose fasse du bruit et vienne à alarmer les pharisiens. Prends encore un peu de lait. D'ailleurs tu devras laisser manger le cheval… et le faire reposer. Ses flancs battaient comme une voile mal tendue…”“Non. Le lait, vous en avez besoin. Vous êtes si nombreux.”“Oui, mais sauf Jésus qui parle tant qu'il en a la poitrine fatiguée, et les plus âgés, nous qui sommes robustes, nous mangeons des choses qui font travailler les dents. Prends. C'est celui des brebis laissées par le vieillard. Quand nous sommes ici, la femme nous l'apporte, mais si nous en voulons davantage, tous nous en donnent. Ils nous aiment bien ici et ils nous "aident. Et… dis-moi un peu: ils étaient si nombreux les synhédristes?”“Oh! presque tous et d'autres avec eux: sadducéens, scribes, pharisiens, juifs de grande fortune, et aussi quelques hérodiens…”“Et qu'étaient-ils venus faire ces gens à Béthanie? Est-ce que Joseph et Nicodème y étaient?”“Non. Ils étaient venus les jours d'avant, et Manaën aussi était venu. Ceux-ci n'étaient pas de ceux qui aiment le Seigneur.”“Eh! je le crois! Il y en a tellement peu au Sanhédrin qui l'aiment! Mais que voulaient-ils exactement?”“Saluer Lazare, ont-ils dit en entrant…”“Hum! Quel amour étrange! Ils l'ont toujours écarté pour tant de raisons!… Bien!… Croyons-le aussi… Ils y sont restés longtemps?”“Assez. Et ils sont partis fâchés. Moi je ne sers pas à la maison et donc je ne servais pas aux tables, mais ceux qui étaient à l'intérieur pour servir disent qu'ils ont parlé avec les maîtresses et qu'ils ont voulu voir Lazare. C'est Elchias qui est allé voir Lazare et…”“La bonne peau!…” murmure Pierre entre ses dents.“Qu'as-tu dit?”“Rien, rien! Continue. Et il a parlé avec Lazare?”“Je crois. Il y est allé avec Marie. Mais ensuite, je ne sais pourquoi… Marie s'est agitée et les serviteurs, prêts à accourir des pièces voisines, disent qu'elle les a chassés comme des chiens…”“Vive elle! Ce qu'il faut! Et elles t'ont envoyé le dire?”“Ne me fais pas perdre plus de temps, Simon de Jonas.”“Tu as raison, viens.”Il le conduit à une porte, il frappe. Il dit: “Maître, il y a un serviteur de Lazare. Il veut te parler.”“Entre” dit Jésus.Pierre ouvre la porte, fait entrer le serviteur, ferme et se retire, méritoirement, près du feu pour mortifier sa curiosité.Jésus est assis sur le bord de sa couchette dans la petite pièce où il y a à peine de la place pour la couchette et la personne qui l'habite. Ce devait être auparavant un abri pour les vivres car il y a encore des crochets aux murs et des planches sur des chevilles. Jésus regarde en souriant le serviteur qui s'est agenouillé, et il le salue: “La paix soit avec toi.” Puis il ajoute: “Quelles nouvelles m'apportes-tu? Lève-toi et parle.”“Mes maîtresses m'envoient te dire d'y aller tout de suite, car Lazare est très malade et le médecin dit qu'il va mourir. Marthe et Marie t'en supplient et elles m'ont envoyé te dire: "Viens, car Toi seul peux le guérir".”“Dis-leur de rester tranquilles, ce n'est pas une maladie mortelle, mais c'est la gloire de Dieu pour que sa puissance soit glorifiée en son Fils.”“Mais il est très grave, Maître! Sa chair est gangrenée, et il ne se nourrit plus. J'ai éreinté le cheval pour arriver plus tôt…”“Peu importe. C'est comme je dis.”“Mais viendras-tu?”“Je viendrai. Dis-leur que je viendrai et qu'elles aient foi. Qu'elles aient foi. Une foi absolue. Tu as compris? Va. Paix à toi et à celles qui t'envoient. Je te répète: "Qu'elles aient foi. Absolue." Va.”Le serviteur salue et se retire. Pierre court à sa rencontre: “Tu as eu vite fait de le dire. Je pensais à un long discours…” Il le regarde, le regarde… Le désir de savoir transsude par tous les pores de son visage, mais il se retient…“Je pars. Veux-tu me donner de l'eau pour le cheval? Après, je partirai.”“Viens. De l'eau!… Nous avons tout un fleuve pour t'en donner, en plus du puits pour nous” et Pierre, muni d'une lampe, le précède et donne l'eau demandée.Ils font boire le cheval. Le serviteur soulève la couverture, examine les fers, la sous-ventrière, les rênes, les étriers. Il explique: “Il a tant couru! Mais tout est en bon état. Adieu, Simon Pierre, et prie pour nous.”Il conduit le cheval dehors, il sort sur la route en le tenant par la bride, met un pied dans l'étrier, va monter en selle. Pierre le retient en lui mettant une main sur le bras et en disant: “La seule chose que je veux savoir: y a-t-il danger pour Lui à rester ici? Ont-ils fait cette menace? Voulaient-ils savoir des deux sœurs où nous étions? Dis-le, au nom de Dieu!”“Non, Simon, non. On n'en a pas parlé. C'est pour Lazare qu'ils sont venus… Entre nous on soupçonne que c'était pour voir si le Maître était là et si Lazare était lépreux, car Marthe criait très fort qu'il n'est pas lépreux et elle pleurait… Adieu, Simon, paix à toi.”“Et à toi et à tes maîtresses. Que Dieu t'accompagne dans ton retour à la maison…” Il le regarde partir… disparaître bientôt au bout de la rue, car le serviteur préfère prendre la grande route éclairée par la lumière de la lune plutôt que le sentier obscur du bois le long du fleuve. Il reste pensif, puis il ferme la grille et revient à la maison.Il va trouver Jésus qui est toujours assis sur sa couchette, les mains appuyées sur le bord et pensif. Mais il se secoue en sentant près de Lui Pierre qui le regarde comme pour l'interroger. Il sourit.“Tu souris, Maître?”“Je te souris, Simon de Jonas. Assieds-toi près de Moi. Les autres sont-ils revenus?”“Non, pas même Thomas. Il aura trouvé à parler.”“C'est bien.”“Bien qu'il parle? Bien que les autres tardent? Lui ne parle que trop. Lui est toujours gai! Et les autres? Je suis toujours inquiet tant qu'ils ne sont pas de retour. J'ai toujours peur, moi.”“Et de quoi, mon Simon? Il n'arrive rien de mal pour le moment, crois-le. Mets-toi en paix et imite Thomas qui est toujours gai. Toi, au contraire, tu es très triste depuis quelque temps.”“Je défie quiconque t'aime de ne pas l'être! Je suis vieux désormais, et je réfléchis plus que les jeunes. Car eux aussi t'aiment, mais ils sont jeunes et réfléchissent moins… Mais s'il te plaît que je sois plus gai, je le serai, je m'efforcerai de l'être. Mais pour pouvoir l'être, donne-moi au moins une raison de l'être. Dis-moi la vérité, mon Seigneur. Je te le demande à genoux (et il glisse en fait à genoux). Que t'a dit le serviteur de Lazare? Qu'ils te cherchent? Qu'ils veulent te nuire? Que…”Jésus met sa main sur la tête de Pierre: “Mais non, Simon! Rien de cela. Il est venu me dire que l'état de Lazare s'est beaucoup aggravé, et on n'a parlé que de Lazare.”“Vraiment, vraiment?”“Vraiment, Simon. Et j'ai répondu qu'elles aient foi.”“Mais à Béthanie y sont allés ceux du Sanhédrin, tu le sais?”“Chose naturelle! La maison de Lazare est une grande maison, et nos usages comportent que l'on donne ces honneurs à un homme puissant qui meurt. Ne t'agite pas, Simon.”“Mais tu crois vraiment qu'ils n'ont pas profité de cette excuse pour…”“Pour voir si j'étais là. Eh bien, ils ne m'ont pas trouvé. Allons, ne t'effraie pas ainsi, comme si déjà ils m'avaient pris. Reviens ici, pauvre Simon, qui ne veut absolument pas se persuader que rien ne peut m'arriver de mal jusqu'au moment décrété par Dieu, et que alors… rien ne pourra me défendre du Mal…”Pierre s'accroche à son cou et Lui ferme la bouche en y posant un baiser et en disant: “Tais-toi! Tais-toi! Ne me dis pas ces choses! Je ne veux pas les entendre!”Jésus réussit à se dégager assez pour pouvoir parler et il murmure: “Tu ne veux pas les entendre et c'est une erreur! Mais je t'excuse… Écoute, Simon. Puisque tu étais seul ici, toi et Moi seuls nous devons savoir ce qui est arrivé. Tu m'as compris?”“Oui, Maître, je ne parlerai avec aucun des compagnons.”“Que de sacrifices, n'est-ce pas, Simon?”“Sacrifices? Lesquels? Ici on est bien. Nous avons le nécessaire.”“Sacrifices de ne pas questionner, de ne pas parler, de supporter Judas… d'être loin de ton lac… Mais Dieu te donnera une compensation pour tout.”“Oh! si c'est de cela que tu veux parler!… Au lieu du lac, j'ai le fleuve et… je m'en contente. Pour Judas… j'ai Toi qui es une large compensation… Et pour les autres choses!… Bagatelles! Et elles me servent à devenir moins rustre et plus semblable à Toi. Comme je suis heureux d'être ici avec Toi! Dans tes bras! Le palais de César ne me paraîtrait pas plus beau que cette maison, si je pouvais rester toujours ainsi, dans tes bras.”“Qu'en sais-tu du palais de César? L'as-tu vu peut-être?”“Non, et je ne le verrai jamais. Mais je n'y tiens pas. Pourtant j'imagine qu'il est grand, beau, rempli de belles choses… et d'ordures, comme Rome toute entière, j'imagine. Je n'y resterais pas même si on me couvrait d'or!”“Où? Au palais de César, ou à Rome?”“Aux deux endroits. Anathème!”“Mais c'est justement parce qu'ils sont tels qu'il faut les évangéliser.”“Et que veux-tu faire à Rome?! Ce n'est qu'un lupanar! Rien à faire, là-bas, à moins que tu y viennes, Toi. Alors!…”“J'y irai. Rome est la capitale du monde. Rome une fois conquise, c'est le monde qui est conquis.”“Nous allons à Rome? Tu te proclames roi, là-bas! Miséricorde et puissance de Dieu! Cela c'est un miracle!”Pierre s'est levé et il reste les bras tendus devant Jésus qui sourit et lui répond: “J'y irai dans la personne de mes apôtres. Vous me la conquerrez et je serai avec vous. Mais à côté il y a quelqu'un. Allons, Pierre.”La nouvelle de la mort de Lazare doit avoir produit l'effet d'un bâton que l'on remue à l'intérieur d'une ruche. Jérusalem toute entière en parle. Notables, marchands, menu peuple, pauvres, gens de la ville, des campagnes voisines, étrangers de passage mais pas tout à fait ignorants de l'endroit, étrangers qui s'y trouvent pour la première fois et qui demandent quel est celui dont la mort occasionne un tel remue-ménage, romains, légionnaires, employés du Temple, lévites et prêtres qui se rassemblent et se quittent continuellement en courant çà et là… Groupes de gens qui en des termes et expressions différents parlent du fait. Certains louent, d'autres pleurent, d'autres se sentent plus mendiants qu'à l'ordinaire maintenant que leur bienfaiteur est mort, quelqu'un gémit: “Je n'aurai plus, jamais plus un maître comme lui”, certains énumèrent ses mérites et d'autres mettent en lumière sa richesse et sa parenté, les fonctions et les charges de son père, la beauté et la richesse de sa mère et sa naissance “royale”. D'autres, malheureusement, rappellent aussi des souvenirs familiaux sur lesquels il serait beau de laisser tomber un voile surtout quand il s'agit d'un mort qui en a souffert…Les nouvelles les plus disparates sur la cause de la mort, sur l'emplacement du tombeau, sur l'absence du Christ de la maison de son grand ami et protecteur, justement en cette circonstance, font parler les petits groupes. Et il y a deux opinions qui prévalent: l'une c'est que cela est arrivé, ou plutôt a été provoqué par l'attitude hostile des juifs, synhédristes, pharisiens, et gens de même acabit à l'égard du Maître; l'autre c'est que le Maître, se trouvant en face d'une vraie maladie mortelle, s'est dérobé parce que dans ce cas ses procédés frauduleux n'auraient pas réussi. Même sans être astucieux il est facile de comprendre de quelle source vient cette dernière opinion. Elle heurte un grand nombre de gens qui répliquent: “Es-tu pharisien, toi aussi? Si oui, attention à toi, car avec nous on ne blasphème pas le Saint! Vipères maudites, engendrées par des hyènes mariées au Léviathan! Qui vous paie pour blasphémer le Messie?” Prises de becs, insultes, quelques coups de poing aussi, et des invectives mordantes aux pharisiens couverts de riches manteaux et aux scribes qui passent avec des airs de dieux sans daigner regarder la plèbe qui vocifère pour et contre eux, pour et contre le Maître, résonnent dans les rues. Et des accusations! Combien!“Tel dit que Jésus est un faux Maître! C'est certainement un de ceux qui ont été achetés avec les deniers de ces serpents qui viennent de passer.”“Avec leurs deniers? Avec les nôtres, dois-tu dire! C'est pour cela qu'ils nous plument! Mais où est-il que je veux voir si c'est un de ceux qui hier sont venus me parler…”“Il s'est enfui, mais vive Dieu! Ici il faut s'unir et agir. Ils sont trop impudents.”Autre conversation: “Je t'ai entendu et je te connais. Je dirai à qui de droit comment tu parles du Tribunal suprême!”“J'appartiens au Christ et la bave de démon ne me nuit pas. Dis-le même à Anna et Caïphe, si tu veux, et que cela serve à les rendre plus justes.”Et plus loin: “C'est moi, moi que tu traites de parjure et de blasphémateur parce que je suis le Dieu vivant? C'est toi le parjure et le blasphémateur qui l'offenses et le persécutes. Je te connais, sais-tu? Je t'ai vu et entendu. Espion! Vendu! Saisissez-vous de lui…” et en attendant, il se met à lui appliquer sur la figure de ces gifles qui font rougir le visage osseux et verdâtre d'un juif.“Cornélius, Siméon, regardez! Ils me bousculent” dit un autre plus loin en s'adressant à un groupe de synhédristes.“Supporte cela pour la foi et ne te souille pas les lèvres et les mains la veille d'un sabbat” répond un de ceux qui sont appelés, sans même se détourner pour regarder le malheureux sur lequel un groupe de gens du peuple exerce une justice sommaire…Les femmes crient pour rappeler leurs maris, en les suppliant de ne pas se compromettre.Les légionnaires de patrouille font dégager les rues à coups de hampes et menacent de faire des arrestations et de prendre des sanctions.La mort de Lazare, le fait principal, donne l'occasion de passer à des faits secondaires qui défoulent la longue tension des cœurs…Les synhédristes, les anciens, les scribes, les sadducéens, les notables juifs, passent indifférents, sournois, comme si toute cette explosion de petites colères, de vengeances personnelles, de nervosité, ne s'enracinaient pas en eux. Plus les heures passent et plus les passions fermentent et plus les cœurs s'enflamment.“Eux disent, écoutez un peu, que le Christ ne peut guérir les malades. Moi, j'étais lépreux et maintenant je suis en bonne santé. Les connaissez-vous? Je ne suis pas de Jérusalem, mais jamais je ne les ai vus parmi les disciples du Christ depuis deux ans.”“Eux? Fais-moi voir celui du milieu! Ah! le scélérat! C'est lui qui à la dernière lune est venu m'offrir de l'argent au nom du Christ, en disant que Lui prend des hommes en solde pour s'emparer de la Palestine. Et maintenant il dit… mais pourquoi l'as-tu laissé échapper?”“Vous avez compris, hein! Quels malandrins! Et pour un peu je me laissais prendre! Il avait raison mon beau-père! Voilà Joseph l'Ancien avec Jean et Josué. Allons leur demander s'il est vrai que le Maître veut rassembler des armées. Ils sont justes et sont au courant.” Ils courent en masse vers les trois synhédristes et leur posent la question.“Rentrez chez vous, hommes. Dans les rues on pèche et l'on se nuit. Ne vous disputez pas. Ne vous alarmez pas. Occupez-vous de vos affaires et de vos familles. N'écoutez pas ceux qui agitent des illusionnés et ne vous laissez pas illusionner. Le Maître est un maître et non un guerrier. Vous le connaissez et il dit ce qu'il pense. Il ne vous aurait pas envoyé d'autres pour vous dire de le suivre comme guerriers, s'il vous avait voulu tels. Ne faites pas de tort à Lui, à vous, et à votre Patrie. Rentrez chez vous, hommes! Rentrez chez vous! Ne faites pas de ce qui est déjà un malheur: la mort d'un juste, une suite de malheurs. Retournez chez vous, et priez pour Lazare qui faisait du bien à tout le monde” dit Joseph d'Arimathie qui doit être très aimé et écouté par le peuple qui le connaît comme juste.Jean aussi (celui qui était jaloux) dit: “Lui est un homme de paix, pas de guerre. N'écoutez pas les faux disciples. Rappelez-vous comme ils étaient différents les autres qui se disaient Messie. Rappelez-vous, confrontez, et votre justice vous dira que ces incitations à la violence ne peuvent venir de Lui! À vos maisons! À vos maisons! Auprès de vos femmes qui pleurent et de vos enfants apeurés. Il est dit: "Malheurs aux violents et à ceux qui favorisent les rixes".”Un groupe de femmes en larmes aborde les trois synhédristes et l'une d'elles dit: “Les scribes ont menacé mon homme. J'ai peur! Joseph, parle-leur.”“Je le ferai, mais que ton mari sache se taire. Croyez-vous par ces agitations rendre service au Maître et honorer le mort? Vous vous trompez. Vous nuisez à l'un et à l'autre” répond Joseph et il les laisse pour aller à la rencontre de Nicodème qui arrive par une rue, suivi de ses serviteurs- “Je n'espérais pas te voir, Nicodème. Moi-même, je ne sais comment j'ai pu. Le serviteur de Lazare est venu après le chant du coq me dire le malheur.”“Et à moi, plus tard. Je suis parti tout de suite. Sais-tu si le Maître est à Béthanie?”“Non. Il n'y est pas. Mon intendant de Bézéta y était à l'heure de tierce et il m'a dit qu'il n'y est pas.”“Moi, je ne comprends pas comment… Pour tous le miracle et pas pour lui!” s’écrie Jean.“C'est peut-être qu'à la maison il a donné déjà plus qu'une guérison: il a racheté Marie et leur a rendu paix et honneur…” dit Joseph.“Paix et honneur! Des bons pour les bons, car beaucoup… n'ont pas rendu et ne rendent pas honneur même maintenant que Marie… Vous ne savez pas… Il y a trois jours, Elchias y est allé avec beaucoup d'autres… et ils n'ont pas rendu honneur. Et Marie les a chassés. Ils me l'ont dit, furieux, et je les ai laissés dire pour ne pas dévoiler mon cœur…” dit Josué.“Et maintenant ils vont aux funérailles?” demande Nicodème.“Ils ont eu l'avis et se sont réunis au Temple pour discuter. Oh! les serviteurs ont dû beaucoup courir ce matin à l'aurore!”“Pourquoi précipite-t-on ainsi les funérailles? Tout de suite après sexte!…”“Parce que Lazare était déjà décomposé quand il est mort. Mon intendant m'a dit que, malgré les résines qui brûlent dans les pièces, et les aromates répandus sur le mort, la puanteur du cadavre se sent dès le portique de la maison. Et puis au couchant le sabbat commence. Il n'était pas possible de faire autrement.”“Et tu dis qu'ils se sont réunis au Temple? Pourquoi?”“Voilà… en réalité, la réunion était déjà fixée pour discuter sur Lazare. Ils veulent dire qu'il était lépreux…” dit Josué.“Cela non. Lui, tout le premier, se serait isolé pour obéir à la Loi” dit Joseph pour le défendre. Et il ajoute: “J'ai parlé avec le médecin. Il a absolument exclu la lèpre. Il était malade d'une consomption putride.”“Et alors de quoi ont-ils discuté puisque Lazare était déjà mort?” demande Nicodème.“Sur la question d'aller ou non aux funérailles après que Marie les ait chassés. Les uns le voulaient, les autres non. Mais ceux qui voulaient y aller étaient les plus nombreux et cela pour trois motifs. Voir si le Maître y est, première raison, commune à tous. Voir s'il fait le miracle, deuxième raison. La troisième: le souvenir des paroles récentes du Maître aux scribes, près du Jourdain, non loin de Jéricho” explique encore Josué.“Le miracle! Quel miracle s'il est mort?” demande Jean avec un haussement d'épaules et il termine en disant: “Toujours les mêmes qui cherchent l'impossible!”“Le Maître a ressuscité d'autres morts” fait remarquer Joseph.“C'est vrai. Mais s'il avait voulu le garder vivant, il ne l'aurait pas laissé mourir. La raison que tu as donnée avant est juste. Ils ,ont déjà eu un miracle.”“Oui. Mais Uziel s'est souvenu, et avec lui Sadoc, d'un défi exprimé il y a plusieurs lunes. Le Christ a dit qu'il prouvera qu'il sait recomposer un corps en décomposition. Et Lazare est tel. Et Sadoc le scribe dit encore que, près du Jourdain, le Rabbi lui a dit, de Lui-même, qu'à la nouvelle lune il verrait s'accomplir la moitié du défi. Celui-ci: d'un corps décomposé qui revit et sans plus de tares ni de maladie. Et ils ont gagné, eux. Si cela arrive, il est certain que c'est parce qu'il y a le Maître. Et aussi si cela arrive, il n'y a plus de doutes à son sujet.”“Pourvu que ce ne soit pas un mal…” murmure Joseph.“Un mal? Pourquoi? Les scribes et les pharisiens se persuaderont…”“Oh! Jean! Mais es-tu donc un étranger pour pouvoir dire cela? Tu ne connais pas tes concitoyens? Quand donc la vérité les a-t-elle rendus saints? Cela ne te dit rien que l'on n'a pas apporté chez moi l'invitation à la réunion?”“Ni chez moi non plus. Ils doutent de nous et nous laissent souvent en dehors” dit Nicodème. Et il demande: “Gamaliel y était-il?”“Il y avait son fils. Et il viendra pour remplacer son père qui est souffrant à Gamala de Judée.”“Et que disait Siméon?”“Rien, absolument rien. Il a écouté et s'en est allé. Il y a un moment, il est passé avec des disciples de son père, en allant à Béthanie.”Ils sont presque à la porte qui ouvre sur le chemin de Béthanie et Jean s'écrie: “Regarde! Elle est gardée. Pourquoi donc? Et ils arrêtent ceux qui sortent.”“Il y a de l'agitation dans la ville…”“Oh! Elle n'est pas pourtant des plus fortes…”Ils arrivent à la porte et sont arrêtés comme tous les autres.“Pour quelle raison, soldat? Je suis connu de toute l'Antonia, et vous ne pouvez dire du mal de moi. Je vous respecte et je respecte vos lois” dit Joseph d'Arimathie.“Ordre du Centurion. Le Chef va entrer dans la ville et nous voulons savoir qui sort par les portes et spécialement par celle-ci qui donne sur la route de Jéricho. Nous te connaissons, mais nous connaissons vos sentiments pour nous. Toi et les tiens passez, et si vous avez de l'influence sur le peuple, dites-leur qu'il est bien pour eux de rester tranquilles. Ponce n'aime pas changer ses habitudes pour des sujets qui lui portent ombrage… et il pourrait être trop sévère. Un conseil loyal pour toi qui es loyal.” Ils passent…“Tu entends? Je prévois de lourdes journées… Il faudra le conseiller aux autres plutôt qu'au peuple…” dit Joseph.La route pour Béthanie est remplie de gens qui vont tous dans la même direction, à Béthanie. Tous se rendent aux funérailles. On voit des synhédristes et des pharisiens mêlés à des sadducéens et des scribes, et ceux-ci à des paysans, des serviteurs, des intendants des différentes maisons et des domaines que Lazare possède dans la ville et dans les campagnes, et plus on approche de Béthanie, plus il y a de gens qui débouchent des sentiers et des chemins dans la route principale.Voici Béthanie. Béthanie en deuil de son plus grand citoyen. Tous les habitants avec leurs meilleurs habits sont déjà en dehors des maisons qui sont fermées comme s'il n'y avait personne à l'intérieur. Mais ils ne sont pas encore dans la maison du mort. La curiosité les retient près de la grille, le long du chemin. Ils observent ceux qui passent parmi les invités et ils échangent les noms et les impressions.“Voici Nathanaël ben Faba. Oh! le vieux Mathatias, parent de Jacob! Le fils d'Anna! Regarde-le avec Doras, Callascebona et Archélaüs. Oh! comment ont-ils fait pour venir ceux de Galilée? Ils y sont tous. Regarde: Éli, Giocana, Ismaël, Urie, Joachim, Élie, Joseph… Le vieux Canania avec Sadoc, Zacharie et Giocana sadducéens. Il y a aussi Siméon de Gamaliel, seul. Le rabbi n'est pas avec lui. Voilà Elchias avec Nahum, Félix, Anna le scribe, Zacharie, Jonathas d'Uriel! Saül avec Eléazar, Trifon et Joazar. Bons ces derniers! Un autre des fils d'Anna, le plus jeune. Il parle avec Simon Camit. Philippe avec Jean l'Antipatrides. Alexandre, Isaac et Jonas de Babaon. Sadoc. Jude, descendant des Assidéens, le dernier, je crois de cette classe. Voici les intendants des divers palais. Je ne vois pas les amis fidèles. Que de gens!”Vraiment! Que de gens. Tous importants, une partie avec un visage de circonstance, ou avec sur le visage les marques d'une vraie douleur. Le portail tout grand ouvert engloutit tout le monde, et je vois passer tous ceux qu'à diverses reprises j'ai vus bienveillants ou hostiles autour du Maître. Tous, sauf Gamaliel et le synhédriste Simon. Et j'en vois d'autres encore que je n'ai jamais vus ou que j'aurai vus sans savoir leurs noms dans les discussions autour de Jésus… Il passe des rabbins avec leurs disciples, et des scribes en groupes compacts. Il passe des juifs dont j'entends énumérer les richesses… Le jardin est plein de gens. Ils vont exprimer leurs condoléances aux sœurs - qui selon l'usage, sans doute, sont assises sous le portique et donc en dehors de la maison - et se répandent ensuite dans le jardin en un continuel bariolage de couleurs et en de continuelles inclinaisons.Marthe et Marie sont bouleversées. Elles se tiennent par la main comme deux fillettes effrayées du vide qui s'est fait dans leur maison, du rien qui emplit leur journée maintenant qu'elles n'ont plus Lazare à soigner. Elles écoutent les paroles des visiteurs, pleurent avec les vrais amis, leurs employés fidèles, s'inclinent devant les synhédristes à l'air glacial, imposants, rigides, venus plutôt pour se faire voir que pour honorer le défunt. Elles répondent, lasses de répéter les mêmes choses des centaines de fois, à ceux qui les interrogent sur les derniers moments de Lazare.Joseph, Nicodème, les amis les plus sûrs, se mettent à côté d'elles, sobres en paroles, mais manifestant une amitié plus réconfortante que de longs discours.Elchias revient avec les plus intransigeants avec lesquels il a parlé longuement et il demande: “Ne pourrions-nous pas voir le mort?”Marthe, avec tristesse, se passe la main sur le front et demande: “Quand donc cela se fait-il en Israël? Il est déjà préparé…” et des larmes descendent lentement de ses yeux.“Ce n'est pas l'usage, c'est vrai, mais nous le désirerions. Les amis les plus fidèles ont bien le droit de voir une dernière fois l'ami.”“Même nous, ses sœurs, nous aurions eu ce droit. Mais il a été nécessaire de l'embaumer tout de suite… Et quand nous sommes revenues dans la chambre de Lazare nous n'avons plus vu que sa forme enveloppée par les bandelettes…”“Vous deviez donner des ordres clairs. Ne pouviez-vous pas, ne pourriez-vous pas enlever le suaire de son le visage?”“Oh! il est déjà décomposé… Et l'heure des funérailles est arrivée.”Joseph intervient: “Elchias, il me semble que nous… par excès d'amour, nous leur faisons de la peine. Laissons les sœurs en paix…”Siméon, fils de Gamaliel, s'avance, empêchant la réponse d'Elchias: “Mon père viendra dès qu'il le pourra. Je le représente. Il appréciait Lazare, et moi de même.”Marthe s'incline en répondant: “Que l'honneur du rabbi pour notre frère soit récompensé par Dieu.”Elchias, à cause du fils de Gamaliel, s'écarte sans insister davantage et il discute avec les autres qui lui font observer: “Mais tu ne sens pas la puanteur? Tu veux douter? Du reste, nous verrons s'ils murent le tombeau. On ne vit pas sans air.”Un autre groupe de pharisiens s'approche des sœurs. Ce sont presque tous ceux de Galilée. Marthe, après avoir reçu leurs hommages, ne peut s'empêcher de dire son étonnement de leur présence.“Femme, le Sanhédrin siège en des délibérations d'une extrême importance et c'est pour cela que nous sommes dans la ville” explique Simon de Capharnaüm et il regarde Marie dont il se rappelle certainement la conversion, mais il se borne à la regarder.Voici que s'avancent Giocana, Doras fils de Doras et Ismaël avec Canania et Sadoc et d'autres que je ne connais pas. Ils parlent, bien avant de parler, par leurs visages de vipères. Mais ils attendent que Joseph s'éloigne avec Nicodème pour parler à trois juifs, pour pouvoir blesser. C'est le vieux Canania qui de sa voix éraillée de vieillard croulant commence l'attaque: “Qu'en dis-tu, Marie? Votre Maître est le seul absent des nombreux amis de ton frère. Singulière amitié! Tant d'amour tant que Lazare se portait bien! Et de l'indifférence quand c'était le moment de l'aimer! Tous ont des miracles de Lui, mais ici, il n'y a pas de miracle. Qu'en dis-tu, femme, de pareille chose? Il t'a trompée beaucoup, beaucoup, le beau Rabbi galiléen. Eh! Eh! Ne disais-tu pas qu'il t'avait dit d'espérer au-delà de ce que l'on peut espérer? Tu n'as donc pas espéré, ou bien il ne sert à rien d'espérer en Lui? Tu espérais dans la Vie, as-tu dit. C'est vrai! Lui se dit "la Vie" eh! eh! Mais là-dedans se trouve ton frère mort, et là-bas est déjà ouverte la bouche du tombeau. Et pas de Rabbi! Eh! Eh!”“Lui sait donner la mort, pas la vie” dit Doras avec un sourire.Marthe incline son visage dans ses mains et pleure. C'est bien la réalité. Son espérance est bien déçue. Le Rabbi n'est pas là. Il n'est même pas venu les réconforter. Et pourtant il aurait pu être là maintenant. Marthe pleure, elle ne sait plus que pleurer.Marie aussi pleure. Elle aussi est en face de la réalité. Elle a cru, elle a espéré au-delà de ce qui est croyable… mais rien n'est arrivé et déjà les serviteurs enlèvent la pierre de l'entrée du tombeau car le soleil commence à descendre, et le soleil descend vite en hiver, et c'est vendredi, et tout doit être fait à temps de façon que les hôtes ne doivent pas transgresser les lois du sabbat qui va bientôt commencer. Elle a tant espéré, toujours, trop espéré. Elle a consumé ses puissances dans cette espérance. Et elle est déçue.Canania insiste: “Tu ne me réponds pas? Es-tu convaincue à présent que Lui est un imposteur qui vous a exploitées et méprisées? Pauvres femmes!” et il hoche la tête parmi ses comparses qui l'imitent, en disant eux aussi: “Pauvres femmes!”Maximin s'approche: “C'est l'heure. Donnez l'ordre. C'est à vous de le faire.”Marthe s'écroule. On la secourt et on l'emporte à bras au milieu des cris des serviteurs qui comprennent que l'heure est venue de la descente dans le tombeau et qui entonnent les lamentations.Marie se tord convulsivement les mains. Elle supplie: “Encore un peu! Encore un peu! Envoyez des serviteurs sur la route vers Ensémès et la fontaine, sur toutes les routes. Des serviteurs à cheval. Qu'ils voient s'il vient…”“Mais, tu espères encore, ô malheureuse? Mais que te faut-il pour te persuader qu'il vous a trahies et trompées? Il vous a haïes et méprisées…”C'en est trop! Le visage baigné de larmes, torturée et pourtant fidèle, dans le demi-cercle de tous les hôtes rassemblés pour voir sortir la dépouille, Marie proclame: “Si Jésus de Nazareth a ainsi agi, c'est bien, et c'est un grand amour que le sien pour nous tous de Béthanie. Tout pour la gloire de Dieu et la sienne! Il a dit que de cela il en viendra de la gloire pour le Seigneur parce que la puissance de son Verbe resplendira complètement. Exécute, Maximin. Le tombeau n'est pas un obstacle au pouvoir de Dieu…”Elle s'écarte, soutenue par Noémi qui est accourue, et elle fait un signe… La dépouille, dans ses bandelettes, sort de la maison, traverse le jardin entre deux haies de gens, au milieu des cris de deuil. Marie voudrait la suivre, mais elle chancelle. Elle se joint quand déjà tous sont vers le tombeau. Elle arrive juste pour voir disparaître la longue forme immobile dans la nuit du tombeau où rougissent les torches que tiennent haut les serviteurs pour éclairer les marches pour ceux qui descendent avec le mort. En effet le tombeau de Lazare est plutôt enterré, peut-être pour utiliser des couches de roches souterraines.Marie crie… Elle est déchirée… Elle crie… Et avec le nom de son frère il y a celui de Jésus. Ils semblent lui arracher le cœur. Mais elle ne dit que ces deux noms, et elle les répète jusqu'au moment où la lourde rumeur de la fermeture, remise à l'entrée de la tombe, lui dit que Lazare n'est plus sur la terre même avec son corps. Alors elle cède et perd complètement connaissance. Elle s'abat sur celle qui la soutient et soupire encore, pendant qu'elle s'abîme et s'anéantit dans son évanouissement: “Jésus! Jésus!” On l'éloigne.Maximin reste pour congédier les hôtes et les remercier au nom de toute la parenté. Il reste pour s'entendre dire par tous qu'ils reviendront chaque jour pour le deuil…La foule s'écoule lentement. Les derniers à partir sont Joseph, Nicodème, Eléazar, Jean, Joachim, Josué. Au portail ils trouvent Sadoc avec Uriel qui rient méchamment en disant: “Son défi! Et nous l'avons craint!”“Oh! Il est bien mort. Comme il puait malgré les aromates! Il n'y a pas de doute, non! Il n'y avait pas besoin d'enlever le suaire. Je crois qu'il y avait déjà les vers.” Ils sont heureux.Joseph les regarde. Un regard si sévère qu'il leur coupe la parole et les rires. Tout le monde se hâte de repartir pour être dans la ville avant la fin du crépuscule.La lumière, ce n'est déjà plus de la lumière dans le petit jardin de la maison de Salomon. Les arbres, les contours des maisons au-delà de la route, et surtout le bout de la route elle-même, là où le petit chemin disparaît dans les bois qui bordent le fleuve, perdent de plus en plus la netteté de leurs contours pour s'unir dans une seule ligne d'ombres plus ou moins claires, plus ou moins sombres, dans l'ombre qui s'épaissit de plus en plus. Plutôt que des couleurs les choses répandues sur la terre sont désormais des sons. Voix d'enfants dans les maisons, appels des mères, cris des hommes pour faire rentrer les brebis ou l'âne, quelques derniers grincements de poulies aux puits, bruissement des feuilles dans le vent du soir, bruits secs comme de petites branches qui se heurtent entre elles, des broussins répandus dans les bosquets. Là-haut la première palpitation des étoiles, encore indécise parce qu'il reste un semblant de lumière et que les premiers rayons phosphorescents de la lune commencent à se répandre dans le ciel.“Le reste, vous le direz demain. Pour l'instant cela suffit. Il fait nuit. Et que chacun aille à la maison. La paix à vous. La paix à vous. Oui… Oui… Demain. Eh? Que dis-tu? Tu as un scrupule? La nuit porte conseil, et puis s'il ne passe pas, tu viendras. Il ne manquerait plus que cela! Les scrupules aussi pour le fatiguer davantage! Et ceux qui ne rêvent que de profit! Et les belles-mères qui veulent rendre sages les épouses, et les épouses qui veulent rendre les belles-mères moins acariâtres, et des unes et des autres, toutes les deux mériteraient d'avoir la langue coupée. Et à part cela? Toi? Que dis-tu? Oh! oui, ce pauvre petit! Jean, conduis-le au Maître. Il a sa mère malade et elle l'envoie dire à Jésus qu'il prie pour elle. Pauvre petit! Il est resté en arrière à cause de sa petite taille, et il vient de loin. Comment va-t-il faire pour retourner à la maison? Hé! vous tous! Au lieu de rester ici pour jouir de Lui, ne pourriez vous pas mettre en pratique ce que le Maître vous a dit: de vous aider mutuellement et que les plus forts aident les plus faibles? Allons! Qui accompagne l'enfant à la maison? Il pourrait, que Dieu ne le veuille pas, trouver morte sa mère… Qu'au moins il la voie. Vous avez des ânes… Il fait nuit? Et quoi de plus beau que la nuit? Moi, j'ai travaillé pendant des lustres à la lueur des étoiles, et je suis sain et robuste. Tu le conduis à la maison? Dieu te bénisse, Ruben. Voici l'enfant. Le Maître t'a-t-il consolé? Oui. Alors va et sois heureux. Mais il faudra lui donner à manger. C'est peut-être depuis ce matin qu'il ne mange pas.”“Le Maître lui a donné du lait chaud, du pain et des fruits. Il les a dans sa tunicelle” dit Jean.“Alors, va avec cet homme. Il va te conduire à la maison avec l'âne.”Finalement les gens sont tous partis, et Pierre peut se reposer avec Jacques, Jude, l'autre Jacques et Thomas, qui l'ont aidé à renvoyer chez eux les plus obstinés.“Fermons. Pourvu qu'il n'y ait pas quelqu'un qui regrette et revienne sur ses pas, comme ces deux-là. Ouf! Mais le lendemain du sabbat est bien fatigant!” dit encore Pierre en entrant dans la cuisine et en fermant la porte. “Oh! maintenant, nous allons être tranquilles.” Il regarde Jésus qui est assis près de la table, sur laquelle il appuie son coude et de sa main il soutient sa tête, pensif, absorbé. Il va près de Lui, Lui met la main sur l'épaule et Lui dit: “Tu es fatigué, hein! Tant de gens! Ils viennent de tous les endroits malgré la saison.”“Ils semblent avoir peur de nous perdre bientôt” remarque André qui est en train d'éventrer des poissons. Les autres aussi s'emploient à faire du feu et à le préparer pour griller les poissons, ou à remuer des chicorées dans un chaudron qui bout. Leurs ombres se projettent sur les murs sombres, éclairés plutôt par le feu que par la lampe.Pierre cherche une tasse pour donner du lait à jésus qui semble très fatigué. Mais il ne trouve pas le lait et en demande aux autres la raison.“C'est l'enfant qui a bu le dernier lait que nous avions. Le reste a été donné à ce vieux mendiant et à la femme du mari infirme” explique Barthélemy.“Et le Maître est resté sans rien! Vous ne deviez pas tout donner.”“C'est Lui qui l'a voulu…”“Oh! Lui veut toujours ainsi, mais on ne doit pas le laisser faire. Lui donne ses vêtements, Lui donne son lait, il se donne Lui-même et se consume…” Pierre est mécontent.“Du calme, Pierre! Il vaut mieux donner que recevoir” dit Jésus tranquillement en sortant de son abstraction.“Oui! Et tu donnes, tu donnes et tu te consumes. Et plus tu te fais voir disposé à toutes les générosités et plus les hommes en profitent.” Et, tout en parlant, avec des feuilles rêches qui dégagent une odeur mélangée d'amandes amères et de chrysanthèmes, il frotte la table, la rend bien nette pour y déposer le pain, l'eau, et il met une coupe devant Jésus.Jésus se verse tout de suite à boire comme s'il avait grand soif. Pierre met une autre coupe de l'autre côté de la table près d'un plat qui contient des olives et des tiges de fenouil sauvage. Il ajoute le plateau de chicorées que Philippe a déjà assaisonnées et, avec ses compagnons, il apporte des tabourets très primitifs pour les ajouter aux quatre sièges qui sont dans la cuisine, qui ne suffisent pas pour treize personnes. André, qui a surveillé la cuisson du poisson grillé sur la braise, met le poisson sur un autre plat et va vers la table avec d'autres pains. Jean enlève la lampe de l'endroit où elle était et la place au milieu de la table.Jésus se lève alors que tous s'approchent de la table pour le souper et il prie à haute voix pour offrir le pain et puis il bénit la table. Il s'assoit, imité par les autres, et distribue le pain et les poissons,ou plutôt il dépose les poissons sur les tranches épaisses et larges de pain, en partie frais, en partie rassis, que chacun a placé devant soi. Puis les apôtres se servent de la chicorée avec la grande fourchette de bois qui sert à la piquer. Même pour les légumes, le pain sert de plat. Seul Jésus a devant Lui un plat de métal, large et en assez mauvais état, et il s'en sert pour partager le poisson, en donnant tantôt à l'un tantôt à l'autre un excellent morceau. On dirait un père parmi ses enfants, toujours père même si Nathanaël, Simon le Zélote et Philippe semblent un père pour Lui, tandis que Mathieu et Pierre peuvent paraître ses frères aînés.Ils mangent et parlent des événements du jour. Jean rit de bon cœur à cause de l'indignation de Pierre pour ce berger des monts de Galaad, qui prétendait que Jésus aille là-haut où était son troupeau pour le bénir et lui faire gagner beaucoup d'argent pour faire une dot à sa fille.“Il n'y a pas de quoi rire. Tant qu'il a dit: "J'ai des brebis malades et si elles meurent, je suis ruiné" j'ai eu pitié de lui. C'est comme si pour nous pêcheurs, la barque devenait vermoulue. On ne peutpêcher ni manger, et tout le monde a le droit de manger. Mais quand il a dit: "Et je les veux saines car je veux devenir riche et étonner le village avec la dot que je ferai à Esther et la maison que je me construirai", alors je suis devenu mauvais. Je lui ai dit: "Et c'est pour cela que tu as fait une si longue route? Tu ne penses qu'à la dot et à la richesse et à tes brebis? Tu n'as pas une âme?" Il m'a répondu: "Pour elle, j'ai le temps. Pour l'instant je me préoccupe davantage des brebis et des noces car c'est un bon parti pour Esther, et elle commence à vieillir". Alors, voilà, si ce n'était que je me rappelais que Jésus dit que l'on doit être miséricordieux avec tout le monde, il était frais! Je lui ai parlé vraiment entre tramontane et sirocco…”“Et il semblait que tu n'allais plus en finir. Tu ne prenais pas le temps de souffler. Les veines de ton cou s'étaient gonflées et tendues comme deux baguettes” dit Jacques de Zébédée.“Le berger était parti depuis un bon moment et toi, tu continuais de prêcher. Heureusement que tu dis que tu ne sais pas parler aux gens!” ajoute Thomas, et il l'embrasse en disant: “Pauvre Simon! Quelle grosse colère tu as prise”.“Mais n'avais-je pas raison, peut-être? Qu'est-il le Maître? Le faiseur de fortunes de tous les sots d'Israël? Le paranymphe des mariages d'autrui, peut-être?”“Ne te fâche pas, Simon. Le poisson va te faire mal si tu le manges avec ce poison” plaisante Mathieu, débonnaire.“Tu as raison. Je sens en tout la saveur qu'ont les banquets dans les maisons des pharisiens quand je mange mon pain avec crainte et la viande avec colère.”Tout le monde rit. Jésus sourit et se tait.Ils sont à la fin du repas. Repus de nourriture et contents de la chaleur, ils restent un peu somnolents autour de la table. Ils parlent moins aussi, quelques-uns sommeillent. Thomas s'amuse à dessiner avec son couteau une branche fleurie sur le bois de la table.Ils sont réveillés par la voix de Jésus qui desserrant les bras qu'il tenait croisés sur le bord de la table et présentant les mains comme fait le prêtre quand il dit: “Dominus vobiscum”, dit: “Et pourtant, il faut partir!”“Où, Maître? Chez l'homme aux brebis?” demande Pierre.“Non, Simon. Chez Lazare. Nous retournons en Judée.”“Maître, rappelle-toi que les juifs te haïssent!” s'écrie Pierre.“Ils voulaient te lapider, il n'y a pas si longtemps” dit Jacques d'Alphée.“Mais, Maître, c'est une imprudence!” s'écrie Mathieu.“Tu ne te soucies pas de nous?” demande l'Iscariote.“Oh! mon Maître et frère, je t'en conjure au nom de ta Mère, et au nom aussi de la Divinité qui est en Toi: ne permets pas que les satans mettent la main sur ta personne pour étouffer ta parole. Tu es seul, trop seul, contre tout un monde qui te hait et qui sur la Terre est puissant” dit le Thaddée.“Maître, protège ta vie! Qu'adviendrait-il de nous, de tous, si nous ne t'avions plus?” Jean, bouleversé, le regarde avec les yeux dilatés d'un enfant effrayé et affligé.Pierre, après sa première exclamation, s'est tourné pour parler avec animation avec les plus âgés et avec Thomas et Jacques de Zébédée. Ils sont tous de l'avis que Jésus ne doit pas retourner près de Jérusalem, au moins tant que le temps pascal ne rend pas plus sûr son séjour là-bas car, disent-ils, la présence d'un très grand nombre de fidèles du Maître, venus pour les fêtes pascales de tous les points de la Palestine, sera une défense pour le Maître. Personne de ceux qui le haïssent n'osera le toucher quand tout un peuple sera serré affectueusement autour de Lui… Et ils le Lui disent, avec angoisse, le Lui imposant presque… L'amour les fait parler.“Paix! Paix! La journée n'est-elle pas peut-être de douze heures? Si quelqu'un marche de jour, il ne trébuche pas car il voit la lumière de ce monde; mais s'il marche de nuit, il trébuche, car il n'y voit pas. Je sais ce que je me fais car j'ai la Lumière en Moi. Vous, laissez-vous guider par celui qui voit. Et puis sachez que tant que ce n'est pas l'heure des ténèbres, rien de ténébreux ne pourra arriver. Quand ensuite ce sera cette heure, aucun éloignement ni aucune force, même pas les armées de César, ne pourront me sauver des juifs. Car ce qui est écrit doit arriver et les forces du mal travaillent déjà en secret pour accomplir leur œuvre. Laissez-moi donc faire, et faire du bien tant que je suis libre de le faire. L'heure viendra où je ne pourrai remuer un doigt ni dire une parole pour opérer le miracle. Le monde sera vide de ma force. Heure redoutable de châtiment pour l'homme. Pas pour Moi. Pour l'homme qui n'aura pas voulu m'aimer. Heure qui se répétera, par la volonté de l'homme qui aura repoussé la Divinité jusqu'à faire de lui-même un sans Dieu, un disciple de Satan et de son fils maudit. Heure qui viendra quand sera proche la fin de ce monde. La non-foi devenue maîtresse souveraine rendra nulle ma puissance de miracle. Ce n'est pas que je puisse la perdre, mais c'est que le miracle ne peut être accordé là où il n'y a pas de foi ni de désir de l'obtenir, là où on ferait du miracle un objet de mépris et un instrument au service du mal, en se servant du bien obtenu pour faire un plus grand mal. Maintenant je puis encore faire le miracle, et le faire pour donner gloire à Dieu. Allons donc chez notre ami Lazare qui dort. Allons l'éveiller de ce sommeil afin qu'il soit frais et dispos pour servir son Maître.”“Mais, s'il dort, c'est bien. Il va finir de guérir. Le sommeil est déjà un remède. Pourquoi l'éveiller?” Lui fait-on remarquer.“Lazare est mort. J'ai attendu qu'il soit mort pour aller là-bas, pas à cause de ses sœurs ni de lui, mais à cause de vous pour que vous croyez, pour que votre foi grandisse. Allons chez Lazare.”“Bon. Allons-y! Nous mourrons comme il est mort et comme tu veux mourir” dit Thomas en fataliste résigné.“Thomas, Thomas, et vous tous qui intérieurement critiquez et grommelez, sachez que celui qui veut me suivre doit avoir pour sa vie le même souci qu'a l'oiseau pour la nuée qui passe. La laisser passer comme le vent l'entraîne. Le vent, c'est la volonté de Dieu qui peut vous donner ou vous enlever la vie comme il Lui plaît, sans que vous ayez à vous en plaindre, comme l'oiseau ne se plaint pas de la nuée qui passe, mais chante quand même, sûr qu'ensuite reviendra le beau temps. Car la nuée c'est l'incident. Le ciel c'est la réalité. Le ciel reste toujours bleu même si les nuées semblent le rendre gris. Il est et reste bleu au-delà des nuages. Il en est ainsi de la Vie véritable. Elle est et demeure, même si tombe la vie humaine. Celui qui veut me suivre ne doit pas connaître l'angoisse de la vie ni la peur pour sa vie. Je vous montrerai comment on conquiert le Ciel. Mais comment pourrez-vous m'imiter si vous avez peur de venir en Judée, vous à qui il ne sera rien fait de mal présentement? Avez-vous peur de vous montrer avec Moi? Vous êtes libres de m'abandonner. Mais si vous voulez rester, vous devez apprendre à défier le monde avec ses critiques, ses embûches, ses moqueries, ses tourments, pour conquérir mon Royaume. Allons donc tirer de la mort Lazare qui dort depuis deux jours au tombeau, puisqu'il est mort le soir qu'est venu ici le serviteur de Béthanie. Demain, à l'heure de sexte, quand j'aurai congédié ceux qui attendent demain pour avoir de Moi un réconfort et une récompense pour leur foi, nous partirons d'ici et passerons le fleuve. Nous passerons la nuit dans la maison de Nique puis, à l'aurore, nous partirons pour Béthanie en prenant la route qui passe par Ensémès. Nous serons à Béthanie avant sexte. Il y aura beaucoup de gens et les cœurs seront ébranlés. J'en ai fait la promesse et je la tiendrai…”“A qui, Seigneur?” demande Jacques d'Alphée presque craintif.“A ceux qui me haïssent et à ceux qui m'aiment, aux deux d'une manière absolue. Ne vous rappelez-vous pas la discussion à Cédès avec les scribes? Ils pouvaient encore me traiter de menteur parce que j'avais ressuscité une fillette qui venait de mourir et un mort d'un jour. Ils ont dit: "Tu n'as pas encore su refaire quelqu'un qui était décomposé". En effet, Dieu seul peut tirer un homme de la fange et de la pourriture refaire un corps intact et vivant. Eh bien, je vais le faire. À la lune de Casleu, sur les rives du Jourdain, j'ai rappelé Moi-même aux scribes ce défi et j'ai dit: "A la nouvelle lune, cela s'accomplira". Cela pour ceux qui me haïssent. Aux sœurs ensuite, qui m'aiment d'une manière absolue, j'ai promis de récompenser leur foi si elles avaient continué d'espérer au-delà de ce qui est croyable. Je les ai beaucoup éprouvées et beaucoup affligées, et Moi seul connais les souffrances de leurs cœurs en ces jours et leur parfait amour. En vérité je vous dis qu'elles méritent une grande récompense car, plus que de ne pas voir leur frère ressuscité, elles sont angoissées que je puisse être méprisé. Je vous paraissais absorbé, las et triste. J'étais près d'elles par mon esprit, j'entendais leurs gémissements et je comptais leurs larmes. Pauvres sœurs! Maintenant je brûle de ramener un juste sur la Terre, un frère dans les bras de ses sœurs, un disciple parmi mes disciples. Tu pleures, Simon? Oui. Toi et Moi, nous sommes les plus grands amis de Lazare, et dans tes pleurs il y a la douleur pour la douleur de Marthe et Marie et l'agonie de l'ami, mais il y a aussi déjà la joie de le savoir bientôt rendu à notre amour. Levons-nous pour préparer les sacs et aller nous reposer pour nous lever à l'aube et mettre tout en ordre ici où… il n'est pas sûr que nous reviendrons. Il faudra distribuer aux pauvres ce que nous avons et dire aux plus actifs d'empêcher les pèlerins de me chercher tant que je ne serai pas dans un autre lieu sûr. Il faudra encore leur dire de prévenir les disciples qu'ils me cherchent chez Lazare. Tant de choses à faire. Elles seront toutes faites avant que les pèlerins arrivent… Allons, éteignez le feu et allumez les lampes, et que chacun aille faire ce qui lui incombe et puis se reposer. Paix à vous tous.” Il se lève, les bénit et se retire dans sa petite pièce…“Il est mort depuis plusieurs jours!” dit le Zélote.“Cela c'est un miracle!” s'écrie Thomas.“Je veux voir ce qu'ils vont trouver ensuite pour douter!” dit André.“Mais quand le serviteur est-il venu?” demande Judas Iscariote.“Le soir d'avant le vendredi” répond Pierre.“Oui? Et pourquoi ne l'as-tu pas dit?” demande encore l'Iscariote.“Parce que le Maître m'avait dit de me taire” réplique Pierre.“Donc… quand nous arrivons là-bas… il sera depuis quatre jours au tombeau?”“Certainement! Le soir du vendredi un jour, le soir du sabbat deux jours, ce soir trois jours, demain quatre… Donc quatre jours et demi… Puissance éternelle! Mais il sera déjà en morceaux!” dit Mathieu.“Il sera déjà en morceaux… Je veux voir aussi cela et puis…”“Quoi, Simon Pierre?” demande Jacques d'Alphée.“Et puis si Israël ne se convertit pas, Jéovah Lui-même, au milieu des foudres, ne peut le convertir.”Ils s'en vont en parlant ainsi. Jésus vient à Béthanie par Ensémès. Ils doivent avoir fait une marche vraiment fatigante par les sentiers casse-cou des monts Adamin. Les apôtres, essoufflés, ont du mal à suivre Jésus qui va rapidement, comme si l'amour l'emportait sur ses ailes de feu. Jésus sourit radieux alors qu'il marche en avant de tous, la tête droite sous les rayons tièdes du soleil de midi.Avant qu'ils arrivent aux premières maisons de Béthanie, les voit un jeune garçon déchaussé qui va vers la fontaine près du village avec un broc de cuivre vide. Il pousse un cri, met le broc par terre et s'en va en courant, de toute la vitesse de ses petites jambes, vers le village.“Certainement il va prévenir que tu arrives” observe Jude Thaddée après avoir souri comme tous de la résolution… énergique du jeune garçon qui a même abandonné son broc à la merci du premier passant.La petite ville, vue ainsi d'auprès de la fontaine, qui est un peu en haut, paraît tranquille, comme déserte. Seule la fumée grise qui s'élève des cheminées indique que dans les maisons les femmes sont occupées à préparer le repas de midi. Quelque grosse voix d'homme parmi les oliviers et les vergers vastes et silencieux avertit que les hommes sont au travail. Malgré cela Jésus préfère prendre un petit chemin qui passe en arrière du village pour pouvoir arriver chez Lazare sans attirer l'attention des habitants.Ils sont presque à moitié route quand ils entendent derrière eux le jeune garçon de tout à l'heure qui les dépasse en courant et puis s'arrête au milieu de la route pour, pensif, regarder Jésus…“Paix à toi, petit Marc, tu as eu peur de Moi que tu t'es enfui?” demande Jésus en le caressant.“Moi, non, Seigneur, je n'ai pas eu peur. Mais comme pendant plusieurs jours Marthe et Marie ont envoyé des serviteurs sur les routes qui viennent ici pour voir si tu venais, maintenant que je t'ai vu, je suis accouru pour dire que tu venais…”“Tu as bien fait. Les sœurs vont préparer leurs cœurs à me voir.”“Non, Seigneur. Les sœurs ne vont rien se préparer car elles ne savent rien. Ils n'ont pas voulu que je le dise. Ils m'ont pris quand j'ai dit, en entrant dans le jardin: "Il y a le Rabbi", et ils m'ont chassé dehors en disant: "Tu es un menteur ou un sot. Lui désormais ne vient plus car il est certain désormais qu'il ne peut pas faire le miracle". Et comme je disais que c'était bien Toi, ils m'ont donné deux gifles comme je n'en avais encore jamais reçues… Regarde ici mes joues rouges. Elles me brûlent! Et ils m'ont poussé dehors en disant: "Cela pour te purifier d'avoir regardé un démon". Et je te regardais pour voir si tu étais devenu un démon.Mais je ne le vois pas. Tu es toujours mon Jésus beau comme les anges dont parle maman.”Jésus se penche pour baiser ses petites joues souffletées en disant: “Ainsi va passer la démangeaison. Je suis peiné que tu aies souffert pour Moi…”“Moi, non, Seigneur, car ces gifles m'ont valu deux baisers de Toi” et il s'attache en en espérant d'autres.“Dis un peu, Marc, qui t'a chassé? Ceux de Lazare?” demande le Thaddée.“Non. Les juifs. Ils viennent pour le deuil tous les jours. Il y en a tant! Ils sont dans la maison et dans le jardin. Ils viennent tôt, et s'en vont tard. Ils semblent les maîtres. Ils maltraitent tout le monde. Tu vois qu'il n'y a personne dans les rues? Les premiers jours, on venait pourvoir… mais ensuite… Maintenant il n'y a que nous les enfants qui tourniquons pour… Oh! mon broc! Maman qui attend l'eau… Elle va me battre elle aussi!…”Tous sourient de sa désolation devant la perspective d'autres claques et Jésus lui dit: “Va vite alors…”“C'est que… je voulais entrer avec Toi et te voir faire le miracle…” et il termine. “… et voir leurs figures… pour me venger des gifles…”“Cela non. Tu ne dois pas désirer la vengeance. Tu dois être bon et pardonner… Mais ta mère attend l'eau…”“Moi, j'y vais, Maître. Je sais où habite Marc. J'expliquerai à la femme et je te rejoindrai…” dit Jacques de Zébédée. Et il s'en va en courant.Ils se remettent en marche lentement et Jésus tient par la main l'enfant ravi…Les voilà à la grille du jardin. Ils la suivent. De nombreuses montures y sont attachées, surveillées par les serviteurs de chaque propriétaire. Le chuchotement qui vient d'eux attire l'attention de quelques juifs qui se tournent vers le portail ouvert, juste au moment où Jésus pose le pied à la limite du jardin.“Le Maître!” disent les premiers qui le voient, et ce mot court comme le bruissement du vent d'un groupe à l'autre, se propage, s'en va, comme une vague venue de loin et qui se brise sur la rive, jusque contre les murs de la maison et y pénètre, apporté certainement par de nombreux juifs présents ou par quelques pharisiens, rabbi ou scribe ou sadducéen, répandus çà et là.Jésus y entre très lentement alors que tous, tout en accourant de tous côtés, s'écartent du sentier où il marche. Et comme personne ne le salue, Lui ne salue personne comme s'il ne connaissait même pas un grand nombre de ceux qui sont rassemblés là pour le regarder la colère et la haine dans les yeux, sauf un petit nombre qui sont secrètement ses disciples ou qui du moins ont le cœur droit et qui, s'ils ne l'aiment pas comme disciples, le respectent comme juste. De ce nombre sont Joseph, Nicodème, Jean, Eléazar, un autre Jean scribe, vu à la multiplication des pains, et encore un autre Jean, qui rassasia les gens à la descente de la montagne des béatitudes, Gamaliel avec son fils, Josué, Joachim, Manaën, le scribe Joël d'Abia, rencontré au Jourdain dans l'épisode de Sabéa, Joseph Barnabé disciple de Gamaliel, Chouza qui regarde Jésus de loin, un peu intimidé de le revoir après sa méprise, ou peut-être retenu par le respect humain et n'osant pas s'avancer comme ami. Il est certain qu'il n'est salué ni par les amis, ni par ceux qui l'observent sans rancœur, ni par ses ennemis, et Jésus ne salue pas. Il a seulement fait une vague inclination en mettant le pied dans l'allée. Puis il a continué tout droit comme s'il était étranger à la foule nombreuse qui l'entoure. Le jeune garçon marche toujours à son côté, dans ses vêtements de petit paysan, avec ses pieds nus d'enfant pauvre, mais le visage lumineux de quelqu'un qui est en fête, avec ses petits yeux noirs, vifs, bien ouverts pour tout voir… et pour défier tout le monde…Marthe sort de la maison au milieu d'un groupe de juifs venus pour rendre visite et parmi lesquels se trouvent Elchias et Sadoc. De sa main elle protège ses yeux las de pleurer, gênés par la lumière, pour voir où est Jésus. Elle le voit. Elle se détache de ceux qui l'accompagnent et court vers Jésus à quelques pas du bassin rendu tout brillant par les rayons du soleil. Elle se jette aux pieds de Jésus après s'être inclinée et elle les baise et, en éclatant en sanglots, elle dit: “Paix à Toi, Maître!”Jésus aussi, dès qu'il l'a vue près de Lui, lui a dit: “Paix à toi!” et il a levé la main pour la bénir, en laissant aller celle de l'enfant que Barthélemy a prise tout en l'attirant un peu en arrière.Marthe poursuit: “Mais il n'y a plus de paix pour ta servante.” Elle lève son visage vers Jésus en restant encore à genoux. Et dans un cri de douleur que l'on entend bien dans le silence qui s'est fait elle s'écrie: “Lazare est mort! Si tu avais été là il ne serait pas mort. Pourquoi n'es-tu pas venu plus tôt, Maître?” Elle a un ton involontaire de reproche en posant cette question. Puis elle revient au ton accablé de quelqu'un qui n'a plus la force de faire des reproches et dont l'unique réconfort est de rappeler les dernières actions et les derniers désirs d'un parent auquel on a cherché à donner ce qu'il désirait et pour qui on n'a pas de remords dans le cœur: “Il t'a tant appelé, Lazare, notre frère!… Maintenant, tu vois! Je suis désolée et Marie pleure sans pouvoir se donner la paix. Et lui n'est plus ici. Tu sais si nous l'aimions! Nous espérions tout de Toi!…”Un murmure de compassion pour la femme et de reproche à l'adresse de Jésus, un assentiment à la pensée sous-entendue: “et tu pouvais nous exaucer car nous. le méritions à cause de l'amour que nous avons pour Toi, et Toi, au contraire, tu nous as déçues” court de groupe en groupe parmi des hochements de tête ou des regards moqueurs. Seuls quelques secrets disciples, disséminés dans la foule ont des regards de compassion pour Jésus qui écoute, très pâle et affligé, la femme désolée qui Lui parle. Gamaliel, les bras croisés dans son ample et riche vêtement de laine très fine, orné de nœuds bleus, un peu à part dans le groupe de jeunes où se trouve son fils et Joseph Barnabé, regarde fixement Jésus, sans haine et sans amour.Marthe, après s'être essuyée le visage, recommence à parler: “Mais même maintenant j'espère car je sais que tout ce que tu demanderas à ton Père, te sera accordé.” Une douloureuse, héroïque profession de foi, dite d'une voix que les larmes font trembler, avec un regard qui tremble d'angoisse, avec l'ultime espérance qui lui tremble dans le cœur.“Ton frère ressuscitera. Lève-toi, Marthe.”Marthe se lève tout en restant courbée en vénération devant Jésus auquel elle répond: “Je le sais, Maître. Il ressuscitera au dernier jour.”“Je suis la Résurrection et la Vie. Quiconque croit en Moi, même s'il est mort, vivra. Et celui qui croit et vit en Moi ne mourra pas éternellement. Crois-tu tout cela?” Jésus, qui d'abord avait parlé d'une voix plutôt basse uniquement à Marthe, élève la voix pour dire ces phrases où il proclame sa puissance de Dieu, et son timbre parfait résonne comme une trompette d'or dans le vaste jardin. Un frémissement presque d'épouvante secoue l'assistance. Mais ensuite certains raillent en secouant la tête.Marthe, à laquelle Jésus semble vouloir transfuser une espérance de plus en plus forte en tenant la main appuyée sur son épaule, lève son visage qu'elle gardait penché. Elle le lève vers Jésus, en fixant ses yeux affligés dans les lumineuses pupilles du Christ et serrant ses mains sur sa poitrine, elle répond avec une angoisse différente: “Oui, Seigneur. Je crois cela. Je crois que tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant, venu dans le monde. Et que tu peux tout ce que tu veux. Je crois. Maintenant, je vais prévenir Marie” et elle s'éloigne rapidement en disparaissant dans la maison.Jésus reste où il était, ou plutôt il fait quelques pas en avant et s'approche du parterre qui entoure le bassin. Le parterre est tout éclairé de ce côté par la fine poussière du jet d'eau qu'un vent léger pousse de ce côté comme un plumet d'argent, et il paraît se perdre, Jésus, dans la contemplation du frétillement des poissons sous le voile de l'eau limpide, dans leurs jeux qui mettent des virgules d'argent et des reflets d'or dans le cristal des eaux frappées par le soleil.Les juifs l'observent. Ils se sont involontairement séparés en groupes bien distincts. D'un côté, en face de Jésus, tous ceux qui Lui sont hostiles, habituellement divisés entre eux par esprit sectaire, maintenant d'accord pour s'opposer à Jésus. À côté de Lui, derrière les apôtres, auxquels s'est réuni Jacques de Zébédée, Joseph, Nicodème et les autres d'esprit bienveillant. Plus loin, Gamaliel, toujours à sa place et avec la même attitude, est seul, car son fils et ses disciples se sont séparés de lui pour se répartir entre les deux groupes principaux pour être plus près de Jésus.Avec son cri habituel: “Rabboni!” Marie sort de la maison en courant, les bras tendus vers Jésus. Elle se jette à ses pieds qu'elle baise en sanglotant. Divers juifs, qui étaient dans la maison avec elle et qui l'ont suivie, unissent à ses pleurs leurs pleurs d'une sincérité douteuse. Maximin aussi, Marcelle, Sara, Noémi ont suivi Marie ainsi que tous ses serviteurs et de fortes lamentations s'élèvent. Je crois que dans la maison il n'est resté personne. Marthe, en voyant pleurer ainsi Marie, redouble elle aussi ses pleurs.“Paix à toi, Marie. Lève-toi! Regarde-moi! Pourquoi ces pleurs semblables à ceux des gens qui n'ont pas d'espérance?” Jésus se penche pour dire doucement ces paroles, ses yeux dans les yeux de Marie qui, restant à genoux, reposant sur ses talons, tend vers Lui ses mains dans un geste d'invocation et ne peut parler tant elle sanglote: “Ne t'ai-je pas dit d'espérer au-delà de ce qui est croyable pour voir la gloire de Dieu? Est-ce que par hasard ton Maître est changé pour que tu aies raison d'être ainsi angoissée?”Mais Marie ne recueille pas les mots qui veulent déjà la préparer à une joie trop forte après tant d'angoisse, et elle crie, finalement maîtresse de sa voix: “Oh! Seigneur! Pourquoi n'es-tu pas venu plus tôt? Pourquoi t'es-tu tellement éloigné de nous? Tu le savais que Lazare était malade! Si tu avais été ici, il ne serait pas mort, mon frère. Pourquoi n'es-tu pas venu? Je devais lui montrer encore que je l'aimais. Il devait vivre. Je devais lui montrer que je persévérais dans le bien. Je l'ai tant angoissé, mon frère! Et maintenant! Maintenant que je pouvais le rendre heureux, il m'a été enlevé! Tu pouvais me le laisser, donner à la pauvre Marie la joie de le consoler après lui avoir donné tant de douleur. Oh! Jésus! Jésus! Mon Maître! Mon Sauveur! Mon espérance!” et elle s'abat de nouveau, le front sur les pieds de Jésus qui se trouvent de nouveau lavés par les pleurs de Marie, et elle gémit: “Pourquoi as-tu fait cela, ô Seigneur?! Même à cause de ceux qui te haïssent et se réjouissent de ce qui arrive… Pourquoi as-tu fait cela, Jésus?!” Mais il n'y a pas de reproche dans le ton de la voix de Marie comme dans celui de Marthe, il y a seulement l'angoisse de quelqu'une, qui outre sa douleur de sœur, a aussi celle d'une disciple qui sent amoindrie dans le cœur d'un grand nombre l'opinion de son Maître.Jésus, très penché pour entendre ces paroles qu'elle murmure la face contre terre, se redresse et dit à haute voix: “Marie, ne pleure pas! Ton Maître aussi souffre de la mort de l'ami fidèle… car il a dû le laisser mourir…”Oh! quelles railleries et quels regards de joie livide il y a sur les visages des ennemis du Christ! Ils le voient vaincu, et s'en réjouissent, alors que les amis deviennent de plus en plus tristes.Jésus dit encore plus fort: “Mais, je te le dis: ne pleure pas. Lève-toi! Regarde-moi! Crois-tu que Moi qui t'ai tant aimée j'ai fait cela sans motif? Peux-tu croire que je t'ai donné cette douleur inutilement? Viens. Allons vers Lazare. Où l'avez-vous mis?”Jésus, plutôt que Marie et Marthe, qui ne parlent pas prises comme elles le sont par des pleurs plus forts, interroge tous les autres, surtout ceux qui, sortis avec Marie de la maison, semblent les plus troublés. Ce sont peut-être des parents plus âgés, je ne sais pas. Et ceux-ci répondent à Jésus, visiblement affligé: “Viens et vois” et ils se dirigent vers l'endroit où se trouve le tombeau à l'extrémité du verger, là où le sol a des ondulations et des veines de roche calcaire qui affleurent à la surface du sol.Marthe, à côté de Jésus qui a forcé Marie à se lever et il la conduit, car elle est aveuglée par ses larmes, montre de la main à Jésus où se trouve Lazare et quand ils sont près de l'endroit elle dit aussi: “C'est ici, Maître, que ton ami est enseveli” et elle indique la pierre posée obliquement à l'entrée du tombeau.Jésus pour s'y rendre, suivi de tout le monde, a dû passer devant Gamaliel. Mais ils ne se sont pas salués. Ensuite Gamaliel s'est uni aux autres en s'arrêtant comme tous les pharisiens les plus rigides à quelques mètres du tombeau, alors que Jésus s'avance tout près avec les sœurs, Maximin et ceux qui sont peut-être des parents. Jésus contemple la lourde pierre qui sert de porte au tombeau et forme un lourd obstacle entre Lui et l'ami éteint, et il pleure. Les larmes des sœurs redoublent et de même celles des intimes et familiers.“Enlevez cette pierre” crie Jésus tout d'un coup, après avoir essuyé ses larmes.Tous ont un geste d'étonnement et un murmure court dans le rassemblement qui a grossi de quelques habitants de Béthanie qui sont entrés dans le jardin et se sont mis à la suite des hôtes. Je vois certains pharisiens qui se touchent le front en secouant la tête comme pour dire: “Il est fou!”Personne n'exécute l'ordre. Même chez les plus fidèles, on éprouve de l'hésitation, de la répugnance à le faire.Jésus répète plus fort son ordre, effrayant encore davantage les gens pris par deux sentiments opposés et qui, après avoir pensé à fuir, s'approchent tout à coup davantage pour voir, défiant la puanteur toute proche du tombeau que Jésus veut faire ouvrir.“Maître, ce n'est pas possible” dit Marthe en s'efforçant de retenir ses pleurs pour parler: “Il y a déjà quatre jours qu'il est là dessous. Et tu sais de quel mal il est mort! Seul notre amour pouvait le soigner… Maintenant la puanteur est certainement plus forte malgré les onguents… Que veux-tu voir? Sa pourriture?… On ne peut pas… même à cause de l'impureté de la corruption et…”“Ne t'ai-je pas dit que si tu crois tu verras la gloire de Dieu? Enlevez cette pierre, je le veux!”C'est un cri de volonté divine… Un “oh!” étouffé sort de toutes les poitrines. Les visages deviennent blêmes, certains tremblent comme s'il était passé sur tous un vent glacial de mort.Marthe fait un signe à Maximin et celui-ci ordonne aux serviteurs de prendre les outils pouvant servir à remuer la lourde pierre.Les serviteurs s'en vont rapidement pour revenir avec des pics et des leviers robustes. Ils travaillent en faisant entrer la pointe brillante des pics entre la roche et la pierre, et ensuite ils remplacent les pics par des leviers robustes et enfin ils soulèvent avec attention la pierre en la faisant glisser d'un côté et en la traînant ensuite avec précaution contre la paroi rocheuse. Une puanteur infecte sort du sombre trou et fait reculer tout le monde.Marthe demande tout bas: “Maître, tu veux y descendre? Si oui, il faut des torches…” mais elle est livide à la pensée qu'il doit le faire.Jésus ne lui répond pas. Il lève les yeux vers le ciel, met ses bras en croix et prie d'une voix très forte, en scandant les mots: “Père! Je te remercie de m'avoir exaucé. Je le savais que Tu m'exauces toujours, mais je le dis pour ceux qui sont présents ici, pour le peuple qui m'entoure, pour qu'ils croient en Toi, en Moi, et que Tu m'as envoyé!”Il reste encore ainsi un moment et il semble ravi en extase tellement il est transfiguré alors que, sans plus émettre aucun son, il dit des paroles secrètes de prière ou d'adoration, je ne sais. Ce que je sais, c'est qu'il a tellement outrepassé l'humain, qu'on ne peut le regarder sans se sentir le cœur trembler dans la poitrine. Il semble devenir lumière en perdant son aspect corporel, se spiritualiser, grandir et même s'élever de terre. Tout en gardant la couleur de ses cheveux, de ses yeux, de sa peau, de ses vêtements, au contraire de ce qui se passa à la transfiguration du Thabor durant laquelle tout devint lumière et éclat éblouissant, il paraît dégager de la lumière et que tout ce qui est de Lui devient lumière. La lumière semble l'entourer d'un halo, en particulier son visage levé vers le ciel, certainement ravi dans la contemplation du Père.Il reste ainsi quelque temps, puis redevient Lui: l'Homme, mais d'une majesté puissante. Il s'avance jusqu'au seuil du tombeau. Il déplace ses bras - que jusqu'à ce moment il avait gardés ouverts en croix, les paumes tournées vers le ciel - en avant, les paumes vers la terre, et par conséquent les mains se trouvent déjà à l'intérieur du tunnel du tombeau, toutes blanches dans ce tunnel obscur. Il plonge le feu bleu de ses yeux, dont l'éclat miraculeux est aujourd'hui insoutenable, dans cette obscurité muette, et d'une voix puissante, avec un cri plus fort que celui par lequel il commanda sur le lac aux vents de tomber, d'une voix que je ne Lui ai jamais entendue dans aucun miracle, il crie: “Lazare! Viens dehors!” L'écho répercute sa voix dans la cavité du tombeau et se répand ensuite à travers tout le jardin, se répercute contre les ondulations du terrain de Béthanie, je crois qu'il s'en va jusqu'aux premiers escarpements au-delà des champs et revient de là, répété et amorti, comme un ordre qui ne peut faillir. Il est certain que de tous les côtés, on entend à nouveau: “dehors! dehors! dehors!”Tous éprouvent un frisson plus intense, et si la curiosité les cloue tous à leurs places, les visages pâlissent et les yeux s'écarquillent alors que les bouches s'entrouvrent involontairement avec déjà dans la gorge le cri de stupeur.Marthe, un peu en arrière et de côté, est comme fascinée en regardant Jésus. Marie tombe à genoux, elle qui ne s'est jamais écartée de son Maître, elle tombe à genoux au bord du tombeau, une main sur sa poitrine pour calmer les palpitations de son cœur, l'autre qui inconsciemment et convulsivement tient un pan du manteau de Jésus, et on se rend compte qu'elle tremble car le manteau a de légères secousses imprimées par la main qui le tient.Quelque chose de blanc semble émerger du plus profond du souterrain. C'est d'abord une petite ligne convexe, puis elle fait place à une forme ovale, puis à l'ovale se substituent des lignes plus amples, plus longues, de plus en plus longues. Et celui qui était mort, serré dans ses bandes, avance lentement, toujours plus visible, fantomatique, impressionnant.Jésus recule, recule, insensiblement, mais continuellement à mesure que Lazare avance. La distance entre les deux reste donc la même.Marie est contrainte de lâcher le pan du manteau, mais elle ne bouge pas de l'endroit où elle est. La joie, l'émotion, tout, la cloue à l'endroit où elle était.Un “oh!” de plus en plus net sort des gorges d'abord fermées par la douleur de l'attente. C'est d'abord un murmure à peine distinct qui se change en voix, et la voix devient un cri puissant.Lazare est désormais au bord du tombeau et il s'arrête là, raide, muet, semblable à une statue de plâtre à peine ébauchée et donc informe, une longue chose, mince à la tête, mince aux jambes, plus large au tronc, macabre comme la mort elle-même, spectrale, dans la blancheur des bandes contre le fond sombre du tombeau. Au soleil qui l'enveloppe, les bandes paraissent çà et là laisser couler la pourriture…Jésus crie d'une voix forte: “Débarrassez-le et laissez-le aller. Donnez-lui des vêtements et de la nourriture.”“Maître!…” dit Marthe, et elle voudrait peut-être en dire davantage, mais Jésus la regarde fixement, la subjuguant de son regard étincelant, et il dit: “Ici! Tout de suite! Tout de suite, apportez un vêtement. Habillez-le en présence de tout le monde et donnez-lui à manger.” Il commande et ne se retourne jamais pour regarder ceux qui sont derrière et autour de Lui. Son œil regarde seulement Lazare, Marie qui est près du ressuscité sans souci de la répulsion que donnent à tous les bandes souillées, et Marthe qui halète comme si son cœur allait éclater et qui ne sait si elle doit crier sa joie ou pleurer…Les serviteurs se hâtent d'exécuter les ordres. Noémi s'en va en courant la première et la première revient avec les vêtements qu'elle tient pliés sur son bras. Quelques-uns délient les lacets des bandelettes après avoir retroussé leurs manches et relevé leurs vêtements pour qu'ils ne touchent pas la pourriture qui coule. Marcelle et Sara reviennent avec des amphores de parfums, suivies de serviteurs les uns avec des bassins et des brocs fumants d'eau chaude, les autres avec des plateaux, des bols pleins de lait, du vin, des fruits, des fouaces recouvertes de miel.Les bandelettes étroites et très longues, de lin, me semble-t-il, avec des lisières des deux côtés, certainement tissées pour cet usage, se déroulent comme des rouleaux de ganse d'une grande bobine et s'entassent sur le sol, alourdies par les aromates et la pourriture. Les serviteurs les écartent en se servant de bâtons. Ils ont commencé par la tête, et là aussi il y a la pourriture qui s'est écoulée du nez, des oreilles, de la bouche. Le suaire placé sur le visage est tout trempé de ces souillures et le visage de Lazare que l'on voit très pâle, squelettique, avec les yeux tenus fermés par des pommades mises dans les orbites, avec les cheveux collés et de même la barbiche du menton, en est tout souillé. Le drap descend lentement, le suaire mis autour du corps, à mesure que les bandelettes descendent, descendent, descendent, libérant le tronc qu'elles avaient comprimé pendant de nombreux jours, et rendant une forme humaine à ce qu'elles avaient d'abord rendu semblable à une grande chrysalide. Les épaules osseuses, les bras squelettiques, les côtes à peine couvertes de peau, le ventre creusé, apparaissent lentement. À mesure que les bandes tombent, les sœurs, Maximin, les serviteurs, s'empressent d'enlever la première couche de crasse et de baume, et s'y appliquent en changeant continuellement l'eau rendue détergente par les aromates qu'on y a mis jusqu'à ce que la peau apparaisse nette.Lorsqu'on a dégagé le visage de Lazare et qu'il peut regarder, il dirige son regard vers Jésus avant même de regarder ses sœurs. Il oublie tout et s'abstrait de tout ce qui arrive pour regarder, avec un sourire d'amour sur ses lèvres pâles et une larme lumineuse au fond des yeux, son Jésus. Jésus aussi lui sourit et a une lueur de larme dans le coin de l'œil, mais sans parler il dirige le regard de Lazare vers le ciel. Lazare comprend et remue les lèvres dans une prière silencieuse.Marthe croit qu'il veut dire quelque chose sans avoir encore de voix et elle demande: “Que me dis-tu, mon Lazare?”“Rien, Marthe. Je remerciais le Très-Haut.” La prononciation est assurée, la voix forte.Les gens poussent de nouveau un “oh!” étonné.Désormais ils l'ont dégagé jusqu'aux hanches, libéré et propre, et ils peuvent le revêtir de la tunique courte, une sorte de chemisette qui dépasse l'aine pour retomber sur les cuisses.On le fait asseoir pour dégager ses jambes et les laver. Quand elles apparaissent, Marthe à Marie poussent un grand cri en montrant les jambes et les bandelettes. Sur les bandelettes qui serraient les jambes, et sur le suaire posé par dessous, les écoulements purulents sont si abondants qu'ils forment des grosses gouttes sur les toiles, mais les jambes visiblement sont tout à fait cicatrisées. Seules les cicatrices rouges-bleuâtres indiquent où elles étaient gangrenées.Tous les gens crient plus fort leur étonnement. Jésus sourit et aussi Lazare qui regarde un instant ses jambes guéries, puis s'abstrait de nouveau pour regarder Jésus. Il semble ne pouvoir se rassasier de le voir. Les juifs, pharisiens, sadducéens, scribes, rabbis, s'approchent avec précaution pour ne pas souiller leurs vêtements. Ils regardent de tout près Lazare, ils regardent de tout près Jésus. Mais ni Lazare ni Jésus ne s'occupent d'eux: ils se regardent et tout le reste est inexistant.Voilà que l'on met les sandales à Lazare. Il se lève, agile, sûr de lui. Il prend le vêtement que Marthe lui présente et l'enfile tout seul, lie sa ceinture, ajuste les plis. Le voilà, maigre et pâle, mais semblable à tout le monde. Il se lave encore les mains et les bras jusqu'aux coudes après avoir retroussé ses manches. Et puis avec une nouvelle eau il se lave de nouveau le visage et la tête, jusqu'à ce qu'il se sente tout à fait net. Il essuie ses cheveux et son visage, rend la serviette au serviteur et va tout droit vers Jésus. Il se prosterne, Lui baise les pieds.Jésus se penche, le relève, le serre contre son cœur en lui disant: “Bien revenu, mon ami. Que la paix soit avec toi et la joie. Vis pour accomplir ton heureuse destinée. Lève ton visage pour que je te donne le baiser de salutation.” Il dépose un baiser sur les joues et Lazare Lui rend son baiser.C'est seulement après avoir vénéré et embrassé le Maître que Lazare parle à ses sœurs et les embrasse, puis il embrasse Maximin et Noémi qui pleurent de joie, et certains autres dont je crois qu'ils lui sont apparentés ou amis très intimes. Puis il embrasse Joseph, Nicodème, Simon le Zélote et quelques autres.Jésus va personnellement trouver un serviteur qui a sur les bras un plateau avec de la nourriture et il prend une fouace avec du miel, une pomme, une coupe de vin et il offre le tout à Lazare, après les avoir offerts et bénits, pour qu'il se restaure. Et Lazare mange avec l'appétit de quelqu'un qui se porte bien. Tout le monde pousse encore un “oh!” d'étonnement.Jésus semble ne voir que Lazare, mais en réalité il observe tout et tout le monde. Voyant qu'avec des gestes de colère Sadoc avec Elchias, Canania, Félix, Doras et Cornelius et d'autres sont sur le point de s'éloigner, il dit à haute voix: “Attends un moment, Sadoc. J'ai un mot à te dire, à toi et aux tiens.”Ils s'arrêtent avec une figure de criminels.Joseph d'Arimathie fait un geste effaré et fait signe au Zélote de retenir Jésus. Mais Lui est déjà en train d'aller vers le groupe haineux, et il dit à haute voix: “Est-ce que cela te suffit, Sadoc, ce que tu as vu? Tu m'as dit un jour que pour croire tu avais besoin, toi et tes pareils, de voir recomposé, en bonne santé, un homme décomposé. Es-tu rassasié de la putréfaction que tu as vue? Es-tu capable de reconnaître que Lazare était mort et que maintenant il est vivant et sain comme il ne l'était pas depuis des années? Je le sais. Vous êtes venus ici pour les tenter, pour mettre en eux plus de douleur et le doute. Vous êtes venus ici pour me chercher, espérant me trouver caché dans la pièce du mourant. Vous êtes venus ici, non par un sentiment d'amour et le désir d'honorer celui qui s'était éteint mais pour vous assurer que Lazare était réellement mort, et vous avez continué de venir, vous réjouissant toujours plus à mesure que le temps passait. Si les choses étaient allées comme vous l'espériez, comme désormais vous croyiez qu'elles iraient, vous auriez eu raison de vous réjouir. L'Ami qui guérit tout le monde, mais ne guérit pas l'ami. Le Maître qui récompense la foi de tout le monde, mais pas celle de ses amis de Béthanie. Le Messie impuissant devant la réalité de la mort. Voilà ce qui vous donnait raison de vous réjouir. Mais voilà: Dieu vous a répondu. Nul prophète n'a jamais pu rassembler ce qui était décomposé, en plus que mort. Dieu l'a fait. Voilà le témoignage vivant de ce que je suis. Il y eut un jour où Dieu prit de la boue, lui donna une forme et y insuffla l'esprit de vie et ce fut l'homme. J'y étais pour dire: "Que l'on fasse l'homme à notre image et à notre ressemblance", car je suis le Verbe du Père. Aujourd'hui, Moi, le Verbe, j'ai dit à ce qui était encore moins que de la boue: à la corruption: "Vis" et la corruption s'est faite de nouveau chair, une chair intègre, vivante, palpitante. La voici qui vous regarde. Et à la chair j'ai réuni l'esprit qui gisait depuis des jours dans le sein d'Abraham. Je l'ai rappelé par ma volonté car je puis tout, Moi, le Vivant, Moi, le Roi des rois auquel sont soumises toutes les créatures et toutes les choses. Maintenant, que me répondez-vous?”Il est devant eux, grand, fulgurant de majesté, vraiment Juge et Dieu. Ils ne répondent pas.Lui insiste: “Ce n'est pas encore assez pour croire, pour accepter l'inéluctable?”“Tu n'as tenu qu'une partie de la promesse. Ce n'est pas le signe de Jonas…” dit brutalement Sadoc.“Vous aurez aussi celui-là. J'ai promis et je tiendrai ma promesse” dit le Seigneur. “Un autre présent ici, attend un autre signe, et il l'aura. Et comme c'est un juste, il l'acceptera. Vous non. Vous resterez ce que vous êtes.”Il fait un demi-tour sur Lui-même et il voit Simon, le synhédriste, fils d'Éli-Anna. Il le fixe, le fixe. Il laisse de côté ceux de tout à l'heure et, arrivé en face de lui, il lui dit, à voix basse mais nette: “C'est heureux pour toi que Lazare ne se rappelle pas son séjour parmi les morts! Qu'as-tu fait de ton père, Caïn?”Simon s'enfuit en poussant un cri de peur qui se change en un hurlement de malédiction: “Sois maudit, Nazaréen!” à laquelle Jésus répond: “Ta malédiction monte vers le Ciel et du Ciel le Très-Haut te la renvoie. Tu es marqué du signe, ô malheureux!”Il revient en arrière, parmi les groupes étonnés, presque effrayés. Il rencontre Gamaliel qui se dirige vers la route. Il le regarde et Gamaliel le regarde. Jésus lui dit sans s'arrêter: “Tiens-toi prêt, ô rabbi. Le signe viendra bientôt. Je ne mens jamais.”Le jardin se vide lentement. Les juifs sont abasourdis, mais la plupart giclent de la colère par tous leurs pores. Si leurs regards pouvaient le réduire en cendres, Jésus serait complètement pulvérisé. Ils parlent, discutent entre eux en s'en allant, si bouleversés maintenant par leur défaite qui ne peuvent plus cacher sous une apparence hypocrite d'amitié le but de leur présence à cet endroit. Ils s'en vont sans saluer ni Lazare ni ses sœurs.Il reste en arrière certains qui ont été conquis au Seigneur par le miracle. Parmi eux se trouve Joseph Barnabé qui se jette à genoux devant Jésus et l'adore. Un autre est le scribe Joël d'Abia qui fait la même chose avant de partir à son tour, et d'autres encore que je ne connais pas mais qui doivent être influents. Pendant ce temps, Lazare, entouré de ses plus intimes, s'est retiré dans la maison. Joseph, Nicodème et les autres bons saluent Jésus et s'en vont. Partent avec de profondes salutations les juifs qui étaient restés auprès de Marthe et Marie. Les serviteurs ferment la grille. La maison redevient tranquille.Jésus regarde autour de Lui. Il voit de la fumée et des flammes au fond du jardin, dans la direction du tombeau. Jésus, seul, debout au milieu d'un sentier, dit: “La putréfaction qui va être annulée par le feu… La putréfaction de la mort… Mais celle des cœurs… de ces cœurs, aucun feu ne l'annulera… Pas même le feu de l'Enfer. Elle sera éternelle… Quelle horreur!… Plus que la mort… Plus que la corruption… Et… Mais qui te sauvera, ô Humanité, si tu aimes tant d'être corrompue! Tu veux être corrompue. Et Moi… Moi j'ai arraché au tombeau un homme par une seule parole… Et avec un flot de paroles… et de douleurs, je ne pourrai arracher au péché l'homme, les hommes, des millions d'hommes.” Il s'assoit et avec ses mains se couvre le visage, accablé…Un serviteur qui passe le voit. Il va à la maison. Peu après Marie sort de la maison. Elle va trouver Jésus, légère comme si elle ne touchait pas le sol. Elle s'approche, Lui dit doucement: “Rabboni, tu es las… Viens, ô mon Seigneur. Tes apôtres fatigués sont allés dans l'autre maison, tous, sauf Simon le Zélote… Tu pleures, Maître? Pourquoi?…”Elle s'agenouille aux pieds de Jésus… l'observe… Jésus la regarde. Il ne répond pas. Il se lève et se dirige vers la maison, suivi de Marie.Ils entrent dans une salle. Lazare n'y est pas, ni non plus le Zélote, mais il y a Marthe, heureuse, transfigurée par la joie. Elle s'adresse à Jésus pour expliquer: “Lazare est allé au bain pour se purifier encore. Oh! Maître! Maître! Que te dire!” Elle l'adore de toute elle-même. Elle remarque la tristesse de Jésus et elle dit: “Tu es triste, Seigneur? Tu n'es pas heureux que Lazare…” Il lui vient un soupçon: “Oh! Tu es réservé avec moi. J'ai péché. C'est vrai.”“Nous avons péché, ma sœur” dit Marie.“Non, pas toi… Oh! Maître. Marie n'a pas péché. Marie a su obéir, moi seule ai désobéi. Je t'ai envoyé appeler, parce que… parce que je ne pouvais plus les entendre insinuer que tu n'étais pas le Messie, le Seigneur… et je pouvais plus le voir souffrir… Lazare te désirait tant. Il t'appelait tant… Pardonne-moi, Jésus.”“Et toi, tu ne parles pas, Marie?” demande Jésus.“Maître… moi… Je n'ai souffert alors que comme femme. Je souffrais parce que… Marthe, jure, jure ici, devant le Maître que jamais, jamais tu ne parleras à Lazare de son délire… Mon Maître… je t'ai connu tout à fait, ô Divine Miséricorde, dans les dernières heures de Lazare. Oh! mon Dieu! Mais comme tu m'as aimée, Toi, Toi qui m'as pardonnée, Toi, Dieu, Toi, Pur, Toi… si mon frère, qui pourtant m'aime, mais qui est homme, seulement homme, au fond de son cœur ne m'a pas tout pardonné?! Non, je m'exprime mal. Il n'a pas oublié mon passé et quand la faiblesse de la mort a émoussé en lui sa bonté que je croyais oublieuse du passé, il a crié sa douleur, son indignation pour moi… Oh!…” Marie pleure…“Ne pleure pas, Marie. Dieu t'a pardonnée et a oublié. L'âme de Lazare aussi a pardonné et a oublié, a voulu oublier. L'homme n'a pas pu tout oublier, et quand la chair a dominé par son dernier spasme la volonté affaiblie, l'homme a parlé.”“Je n'en éprouve pas d'indignation, Seigneur. Cela m'a servi à t'aimer davantage et à aimer encore plus Lazare. Dès lors moi aussi je t'ai désiré, car j'étais trop angoissée de penser que Lazare était mort sans paix à cause de moi… et ensuite, ensuite, quand je t'ai vu méprisé par les juifs… quand j'ai vu que tu ne venais pas même après la mort, pas même après que je t'avais obéi en espérant au-delà de ce qui est croyable, en espérant jusqu'à ce que le tombeau s'ouvre, alors mon esprit aussi a souffert. Seigneur, si j'avais à expier, et certainement je l'avais, j'ai expié, Seigneur…”“Pauvre Marie! Je connais ton cœur. Tu as mérité le miracle et que cela t'affermisse dans ton espérance et ta foi.”“Mon Maître, j'espérerai et je croirai toujours désormais. Je ne douterai plus, jamais plus, Seigneur. Je vivrai de foi. Tu m'as donné la capacité de croire ce qui est incroyable.”“Et toi, Marthe, as-tu appris? Non, pas encore. Tu es ma Marthe mais tu n'es pas encore ma parfaite adoratrice. Pourquoi agis-tu au lieu de contempler? C'est plus saint. Tu vois? Ta force, parce qu'elle était trop tournée vers les choses terrestres, a cédé à la constatation de faits terrestres qui semblent parfois sans remède. En vérité les choses humaines n'ont pas de remède, si Dieu n'intervient pas. La créature, à cause de cela, a besoin de savoir croire et contempler, d'aimer jusqu'au bout des forces de l'homme tout entier, avec sa pensée, son âme, sa chair, son sang, avec toutes les forces de l'homme, je le répète. Je te veux forte, Marthe. Je te veux parfaite. Tu n'as pas su obéir parce que tu n'as pas su croire et espérer complètement, et tu n'as pas su croire et espérer parce que tu n'as pas su aimer totalement. Mais Moi, je t'en absous. Je te pardonne, Marthe. J'ai ressuscité Lazare aujourd'hui. Maintenant je te donne un cœur plus fort. À lui j'ai rendu la vie. À toi, j'infuse la force d'aimer, croire et espérer parfaitement. Maintenant soyez heureuses et en paix. Pardonnez à ceux qui vous ont offensé ces jours-ci…”“Seigneur, en cela j'ai péché. Il y a un instant j'ai dit au vieux Canania qui t'avait méprisé les autres jours: "Qui a triomphé? Toi ou Dieu? Ton mépris ou ma foi? Le Christ est le Vivant et il est la Vérité. Moi, je savais que sa gloire aurait resplendi plus grande, et toi, vieillard, refais ton âme si tu ne veux pas connaître la mort".”“Tu as bien parlé. Mais ne discute pas avec les méchants, Marie. Et pardonne. Pardonne si tu veux m'imiter… Voici Lazare. J'entends sa voix.”En effet Lazare rentre, vêtu à neuf et bien rasé, bien peigné et la chevelure parfumée. Avec lui se trouvent Maximin et le Zélote.“Maître!” Lazare s'agenouille encore pour l'adorer.Jésus lui met la main sur la tête et sourit en disant: “L'épreuve est surmontée, mon ami. Pour toi et pour tes sœurs. Maintenant soyez heureux et forts pour servir le Seigneur. Que te rappelles-tu, ami, du passé? Je veux parler de tes derniers moments?”“Un grand désir de te voir et une grande paix au milieu de l'amour des sœurs.”“Et qu'est-ce qui t'affligeait le plus de quitter en mourant?”“Toi, Seigneur, et mes sœurs. Toi parce que je ne pouvais plus te servir, elles parce qu'elles m'ont donné toute joie…”“Oh! moi, frère!” soupire Marie.“Toi, plus que Marthe. Tu m'as donné Jésus et la mesure de ce qu'est Jésus. Et Jésus t'a donnée à moi. Tu es le don de Dieu, Marie.”“Tu le disais aussi en mourant…” dit Marie et elle étudie le visage de son frère.“Parce que c'est ma constante pensée.”“Mais moi, je t'ai donné tant de douleur…”“La maladie aussi m'a donné de la douleur. Mais, par elle, j'espère avoir expié les fautes du vieux Lazare et d'être ressuscité, purifié pour être digne de Dieu. Toi et moi: tous deux ressuscités pour servir le Seigneur, et Marthe au milieu de nous, elle qui fut toujours la paix de la maison.”“Tu l'entends, Marie? Lazare dit des paroles de sagesse et de vérité. Maintenant je me retire et vous laisse à votre joie…”“Non, Seigneur, reste avec nous. Ici. Reste à Béthanie et dans ma maison. Ce sera beau…”“Je resterai. Je veux te récompenser de tout ce que tu as souffert. Marthe, ne sois pas triste. Marthe pense m'avoir affligé. Mais ma peine n'est pas autant pour vous que pour ceux qui ne veulent pas se racheter. Eux haïssent de plus en plus. Ils ont le venin dans le cœur… Eh bien… pardonnons.”“Pardonnons, Seigneur” dit Lazare avec son doux sourire… et sur cette parole tout prend fin. Jésus dit-On peut mettre ici la dictée du 23-3-44 pour le commentaire de la résurrection de Lazare.” En marge de la résurrection de Lazare et en rapport avec une phrase de Saint Jean.Jésus dit: “Dans l'Évangile de Jean, comme on le lit désormais depuis des siècles, il est écrit: "Jésus n'était pas encore entré dans le village de Béthanie"(Jn 9,30). Pour prévenir toutes objections possibles, je fais remarquer que entre cette phrase et celle de l'Œuvre, que je rencontrai Marthe à quelques pas du bassin dans le jardin de Lazare, il n'y a pas de contradictions de faits mais seulement de traduction et de description.Béthanie appartenait pour les trois quarts à Lazare, de même que Jérusalem lui appartenait en grande partie. Mais parlons de Béthanie. Comme elle appartenait pour les trois quarts à Lazare, on pouvait dire: Béthanie de Lazare. Par conséquent le texte ne serait pas erroné même si j'avais rencontré Marthe dans le village ou à la fontaine, comme certains veulent dire. Mais en réalité je n'étais pas entré dans le village pour éviter qu'accourent les béthanites, tous hostiles aux gens du Sanhédrin. J'étais passé en arrière de Béthanie pour rejoindre la maison de Lazare, qui était à l'extrémité opposée pour qui entrait à Béthanie par Ensémès.Justement pour cela Jean dit que Jésus n'était pas encore entré dans le village. Et avec autant de justesse le petit Jean dit que je m'étais arrêté près du bassin (fontaine pour les hébreux) déjà dans le jardin de Lazare, mais encore très loin de la maison.Que l'on considère en outre que, durant le temps du deuil et de l'impureté (ce n'était pas encore le septième jour après la mort), les sœurs ne sortaient pas de la maison. C'est donc dans l'enceinte de leur propriété qu'est arrivée la rencontre.Noter que le petit Jean parle de la venue des béthanites dans le jardin seulement quand déjà j'ordonne d'enlever la pierre. Auparavant Béthanie ne savait pas que j'étais à Béthanie et c'est seulement quand le bruit s'en est répandu qu'ils sont accourus chez Lazare.” Jésus dit:“J'aurais pu intervenir à temps pour empêcher la mort de Lazare, mais je n'ai pas voulu le faire. Je savais que cette résurrection aurait été une arme à double tranchant car j'aurais converti les juifs dont la pensée était droite et rendu plus haineux ceux dont la pensée n'était pas droite. De ceux-ci, et après ce dernier coup de ma puissance, serait venue ma sentence de mort. Mais j'étais venu pour cela et désormais l'heure était mûre pour que cela s'accomplisse. J'aurais pu aussi accourir tout de suite, mais j'avais besoin de persuader par la résurrection d'une putréfaction déjà avancée les incrédules plus obstinés. Et mes apôtres aussi qui, destinés à porter ma Foi dans le monde, avaient besoin de posséder une foi soutenue par des miracles de première grandeur.Chez les apôtres il y avait tant d'humanité, je l'ai déjà dit. Ce n'était pas un obstacle insurmontable. C'était au contraire une conséquence logique de leur condition d'hommes appelés à m'appartenir à un âge déjà adulte. On ne change pas une mentalité, une tournure d'esprit du jour au lendemain. Et Moi, dans ma sagesse, je n'ai pas voulu choisir et éduquer des enfants et les faire grandir selon ma pensée pour en faire mes apôtres. J'aurais pu le faire, mais je n'ai pas voulu le faire pour que les âmes ne me reprochent pas d'avoir méprisé ceux qui ne sont pas innocents et qu'elles ne portent à leur décharge et à leur excuse que Moi aussi j'aurais signifié par mon choix que ceux qui sont déjà formés ne peuvent changer.Non. Tout peut se changer quand on le veut. Et Moi, en effet, avec des pusillanimes, des querelleurs, des usuriers, des sensuels, des incrédules, j'ai fait des martyrs et des saints, des évangélisateurs du monde. Seul celui qui ne voulut pas ne changea pas. J'ai aimé et j'aime les petitesses et les faiblesses - tu en es un exemple - pourvu que se trouve en elles la volonté de m'aimer et de me suivre, et de ces "riens" je fais mes privilégiés, mes amis, mes ministres. Je m'en sers toujours, et c'est un miracle continuel que j'opère, pour amener les autres à croire en Moi, à ne pas tuer les possibilités de miracle. Comme elle est languissante, maintenant, cette possibilité! Comme une lampe à laquelle l'huile manque, elle agonise et meurt, tuée par le manque ou l'absence de foi dans le Dieu du miracle. Il y a deux formes d'exigence dans la demande du miracle. À l'une Dieu se soumet avec amour. À l'autre, Il tourne le dos avec indignation. La première est celle qui demande, comme j'ai enseigné à demander, sans défiance et sans découragement, et qui ne pense pas que Dieu ne puisse pas l'écouter parce que Dieu est bon, et que celui qui est bon exauce, parce que Dieu est puissant et peut tout. Cela c'est de l'amour et Dieu exauce celui qui aime. L'autre forme, c'est l'exigence des révoltés qui veulent que Dieu soit leur serviteur et se plie à leurs méchancetés et leur donne ce qu'eux ne Lui donnent pas: l'amour et l'obéissance. Cette forme est une offense que Dieu punit par le refus de ses grâces.Vous vous plaignez que je n'accomplisse plus des miracles collectifs. Comment pourrais-je les accomplir? Où sont les collectivités qui croient en Moi? Où sont les vrais croyants? Combien y a-t-il de vrais croyants dans une collectivité? Comme des fleurs qui survivent dans un bois brûlé par un incendie, je vois de temps à autre un esprit croyant. Le reste, Satan l'a brûlé par ses doctrines, et il les brûlera de plus en plus.Je vous prie, pour vous conduire surnaturellement, de garder présente à vos esprits ma réponse à Thomas. On ne peut être mes vrais disciples si on ne sait pas donner à la vie humaine le poids qu'elle mérite en tant que moyen pour conquérir la vraie Vie et non en tant que fin. Celui qui voudra sauver sa vie en ce monde perdra la vie éternelle. Je l'ai dit et je le répète. Que sont les épreuves? La nuée qui passe. Le Ciel reste et vous attend au-delà de l'épreuve.Moi, j'ai conquis le Ciel pour vous par mon héroïsme. Vous devez m'imiter. L'héroïsme n'est pas réservé seulement à ceux qui doivent connaître le martyre. La vie chrétienne est un perpétuel héroïsme car c'est une lutte perpétuelle contre le monde, le démon et la chair. Je ne vous force pas à me suivre, je vous laisse libres, mais je ne veux pas d'hypocrites. Ou bien avec Moi et comme Moi, ou bien contre Moi. Bien sûr vous ne pouvez me tromper. Moï, vous ne pouvez pas me tromper. Et Moi, je ne fais pas d'alliances avec l'Ennemi. Si vous le préférez à Moi, vous ne pouvez penser m'avoir en même temps pour ami. Ou lui ou Moi. Choisissez.La douleur de Marthe est différente de celle de Marie à cause de l'esprit différent des deux sœurs et de la conduite différente qu'elles ont eue. Heureux ceux qui se conduisent de manière à n'avoir pas le remords d'avoir affligé quelqu'un qui maintenant est mort. et qui ne peut plus se consoler des douleurs qu'on lui a données. Mais encore plus heureux celui qui n'a pas le remords d'avoir affligé son Dieu, Moi, Jésus, et qui ne craint pas de me rencontrer, mais au contraire soupire après ma rencontre comme le rêve anxieux de toute sa vie et enfin atteint.Je suis pour vous Père, Frère, Ami. Pourquoi donc me blessez-vous si souvent? Savez-vous combien de temps il vous reste à vivre? À vivre pour réparer? Vous ne le savez pas. Et alors, heure par heure, jour après jour, conduisez-vous bien, toujours bien. Vous me rendrez toujours heureux. Et même si la douleur vient à vous, car la douleur c'est la sanctification, c'est la myrrhe qui préserve de la putréfaction de la chair, vous aurez toujours en vous la certitude que je vous aime, et que je vous aime même dans cette douleur, et la paix qui vient de mon amour. Toi, petit Jean, tu le sais si Moi je sais consoler même dans la douleur.Dans ma prière au Père se trouve répété ce que j'ai dit au début: il était nécessaire de secouer par un miracle de première grandeur l'opacité des juifs et du monde en général. La résurrection d'un homme enseveli depuis quatre jours et descendu au tombeau après une maladie bien connue, longue, chronique, répugnante, n'était pas une chose qui pût laisser indifférent ni non plus incertain. Si je l'avais guéri alors qu'il vivait, ou si je lui avais infusé le souffle sitôt qu'il avait expiré, l'âcreté des ennemis aurait pu créer des doutes sur la réalité du miracle. Mais la puanteur du cadavre, la pourriture des bandelettes, le long séjour au tombeau, ne laissaient pas de doute. Et, miracle dans le miracle, j'ai voulu que Lazare fût dégagé et purifié en présence de tout le monde pour que l'on vît que non seulement la vie, mais l'intégrité des membres était revenue là où auparavant l'ulcération de la chair avait répandu dans le sang les germes de mort. Quand je fais grâce, je donne toujours plus que vous ne demandez.J'ai pleuré devant la tombe de Lazare et on a donné à ces pleurs tant de noms. Pourtant sachez que les grâces s'obtiennent par la douleur mêlée à une foi assurée dans l'Éternel. J'ai pleuré non pas tant à cause de la perte de l'ami et de la douleur de ses sœurs, que parce que, comme un fond qui se soulève, ont affleuré à cette heure, plus vives que jamais, trois idées qui, comme trois clous, m'avaient toujours enfoncé leur pointe dans le cœur.La constatation de la ruine que Satan avait apportée à l'homme en l'amenant au Mal. Ruine dont la condamnation humaine était la douleur et la mort. La mort physique, emblème et image vivante de la mort spirituelle, que la faute donne à l'âme en la plongeant, elle reine destinée à vivre dans le royaume de la Lumière, dans les ténèbres infernales.La persuasion que même ce miracle, mis pour ainsi dire comme le corollaire sublime de trois années d'évangélisation, n'aurait pas convaincu le monde judaïque de la Vérité que je lui avais apportée, et qu'aucun miracle n'aurait fait du monde à venir un converti au Christ. Oh! douleur d'être près de mourir pour un si petit nombre!La vision mentale de ma mort prochaine. J'étais Dieu, mais j'étais homme aussi. Et pour être Rédempteur je devais sentir le poids de l'expiation, donc aussi l'horreur de la mort et d'une telle mort. J'étais un homme vivant, en bonne santé qui se disait: "Bientôt, je serai mort, je serai dans un tombeau comme Lazare. Bientôt l'agonie la plus atroce sera ma compagne. Je dois mourir". La bonté de Dieu vous épargne la connaissance de l'avenir, mais à Moi elle n'a pas été épargnée.Oh! croyez-le, vous qui vous plaignez de votre sort. Aucun n'a été plus triste que le mien, de Moi qui ai eu la constante prescience de tout ce qui devait m'arriver, jointe à la pauvreté, aux privations, aux aigreurs qui m'ont accompagné de ma naissance à ma mort. Ne vous plaignez donc pas et espérez en Moi. Je vous donne ma paix.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta - ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie.
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