"Lisez cette œuvre et faites-la lire"
Jésus (Chapitre 38, Volume 10 ) à propos de
l’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

L'Évangile de la Messe Paul VI
et l’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta.
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Dimanche 21 juillet 2019, Seizième dimanche du temps ordinaire

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,38-42.
Alors qu'il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit :
« Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider. » 
Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 6, Ch 377, p 139
  • Ancienne traduction : Tome 5, Ch 67, p 493     (CD 5, piste 180)
Je comprends tout de suite que l'on est encore autour de la figure de Marie-Magdeleine car c'est elle que je vois tout d'abord en un simple vêtement de couleur lilas comme la fleur de la mauve. Aucun ornement précieux. Les cheveux sont simplement rassemblés en tresses sur la nuque. Elle paraît plus jeune qu'à l'époque où elle était un vrai chef-d'œuvre de toilette. Elle n'a plus le regard effronté du temps où elle était la “pécheresse”, ni le regard humilié du moment où elle écoutait la parabole de la brebis perdue, ni celui honteux et mouillé de larmes du soir où elle était dans la salle du pharisien… Maintenant elle a l'œil paisible, redevenu limpide comme celui d'un enfant, et où brille un sourire plein de paix. Elle est appuyée contre un arbre à la limite de la propriété de Béthanie et elle regarde vers le chemin. Elle attend. Et puis elle pousse un cri de joie. Elle se tourne vers la maison et puis elle crie très fort pour qu'on l'entende, elle crie de sa voix splendide veloutée et passionnée, unique: “Il arrive!… Marthe, ils nous l'ont bien dit. Le Rabbi est ici!” et elle court pour ouvrir le lourd portail qui grince. Elle ne donne pas le temps aux serviteurs de le faire, et elle sort sur la route, les bras tendus comme un enfant qui va vers sa maman et avec un cri de joie affectueuse, elle s'écrie: “O mon Rabbouni!” et elle se prosterne aux pieds de Jésus, qu'elle baise dans la poussière de la route. “Paix à toi, Marie. Je viens me reposer sous ton toit.” “O mon Maître!” répète Marie en levant son visage avec une expression de respect et d'amour qui dit tant de choses… C'est remerciement, c'est bénédiction, c'est joie et invitation à entrer et jubilation parce qu'il entre… Jésus lui a mis la main sur la tête et il semble encore l'absoudre. Marie se lève et à côté de Jésus elle entre dans l'enceinte de la propriété. Pendant ce temps, les serviteurs et Marthe sont accourus. Les serviteurs avec des amphores et des coupes, Marthe avec son seul amour. Mais il est si grand. Les apôtres, échauffés boivent les rafraîchissements que les serviteurs leur servent. Ils voudraient les offrir tout d'abord à Jésus, mais Marthe les a devancés. Elle a pris une coupe de lait et l'a offerte à Jésus. Elle doit savoir que cela Lui plaît beaucoup. Quand les disciples se sont désaltérés, Jésus leur dit: “Allez prévenir les fidèles. Ce soir je leur parlerai.” Les apôtres, sitôt hors du jardin, s'éparpillent en diverses directions. Jésus avance entre Marthe et Marie. “Viens, Maître” dit Marthe. “En attendant Lazare, restaure-toi et prends du repos.” Pendant qu'ils pénètrent dans une pièce fraîche qui donne sur le portique ombragé, Marie, qui s'était éloignée rapidement, revient avec un broc d'eau, suivie d'un serviteur qui porte un bassin. Mais c'est Marie qui veut laver les pieds de Jésus. Elle délace ses sandales poussiéreuses et les donne à un serviteur pour qu'il les rapporte nettoyées en même temps que son manteau pour qu'il en secoue la poussière. Puis elle plonge les pieds dans l'eau que des aromates rendent légèrement rose, les essuie, les baise. Ensuite elle change l'eau et en apporte de la propre pour les mains. Pendant qu'elle attend le serviteur avec les sandales, accroupie sur le tapis aux pieds de Jésus, elle les caresse, et avant de Lui mettre les sandales, elle les baise encore en disant: “Pieds saints qui avez tant marché pour me chercher!” Marthe, plus pratique dans son amour, pense à ce qui est humainement utile et demande: “Maître, qui viendra en plus de tes disciples?” Et Jésus répond: “Je ne sais pas encore au juste, mais tu peux préparer pour cinq autres, en plus des apôtres.” Marthe s'en va. Jésus sort dans le jardin ombragé et frais. Il a simplement son habit bleu foncé. Le manteau, replié avec soin par Marie, reste sur un banc de la pièce. Marie sort avec Jésus. Ils vont par des allées bien entretenues, entre des parterres de fleurs, jusqu'à un vivier qui semble un miroir tombé dans la verdure. L'eau très limpide est à peine remuée çà et là par le frétillement d'un poisson ou la pluie très fine du jet d'eau qui est au centre. Il y a des sièges près de la large vasque qui semble un petit lac d'où partent des petits canaux d'irrigation. Je crois même que l'un d'eux alimente le vivier et que les autres, plus petits, servent à l'écoulement pour l'irrigation. Jésus s'assoit sur un siège placé exactement sur le bord de la vasque. Marie s'assoit à ses pieds sur l'herbe verte et bien entretenue. Au début, ils ne parlent pas. Jésus jouit visiblement du silence et du repos dans la fraîcheur du jardin. Marie se délecte de le regarder. Jésus joue avec l'eau limpide de la vasque. Il y plonge les doigts. Il la peigne en la séparant en petits sillages et puis il laisse la main s'y plonger toute entière dans sa fraîcheur. “Comme elle est belle cette eau limpide!” dit-il. “Maître, elle te plaît tellement?” dit Marie. “Oui, Marie, parce qu'elle est si limpide. Regarde. Pas une trace de boue. C'est de l'eau, mais elle est si pure qu'il semble qu'il n'y ait rien, comme si elle n'était pas un élément mais esprit. Nous pourrions lire sur le fond les paroles que se disent les petits poissons…” “Comme on lit au fond des âmes pures, n'est-ce pas, Maître?” et Marie soupire avec un regret caché. Jésus remarque le soupir qu'elle étouffe, et il lit le regret que voile un sourire. Il guérit tout de suite la peine de Marie. “Les âmes pures, où y en a-t-il, Marie? Il est plus facile à une montagne de se déplacer qu'à une créature de savoir se maintenir pure des trois impuretés. Trop de choses s'agitent et fermentent autour d'un adulte. Et il ne peut toujours empêcher qu'elles pénètrent à l'intérieur. Il n'y a que les enfants qui ont l'âme angélique, l'âme préservée par leur innocence des connaissances qui peuvent se changer en fange. C'est pour cela que je les aime tant. Je vois en eux un reflet de la Pureté infinie. Ce sont les seuls qui portent avec eux ce souvenir du Ciel. Ma Mère est la femme à l'âme d'enfant. Plus encore. Elle est la Femme à l'âme angélique. Telle Eve sortie des mains du Père. Imagines-tu, Marie, ce qu'aura été le premier lys fleuri dans le jardin terrestre? Ils sont si beaux aussi ceux qui conduisent à cette eau. Mais le premier sorti des mains du Créateur! Était-ce une fleur ou un diamant? Était-ce des pétales ou des feuilles d'argent très pur? Eh bien, ma Mère est plus pure que ce premier lys qui a parfumé les vents. Et son parfum de Vierge inviolée emplit le Ciel et la Terre, et c'est derrière elle que marcheront ceux qui seront bons dans les siècles des siècles. Le Paradis est lumière, parfum et harmonie. Mais si en lui le Père ne se délectait pas dans la contemplation de la Toute Belle qui fait de la Terre un paradis, mais si le Paradis devait dans l'avenir ne pas posséder le Lys vivant dans lequel se trouvent les trois pistils de feu de la Divine Trinité, lumière, parfum et harmonie, la joie du Paradis seraient amoindris de moitié. La pureté de la Mère sera la gemme du Paradis. Mais le Paradis est sans limites! Que dirais-tu d'un roi qui n'aurait qu'une gemme dans son trésor? Même si c'était la gemme par excellence? Quand j'aurai ouvert les portes du Royaume des Cieux… - ne soupire pas, Marie, c'est pour cela que je suis venu - beaucoup de justes et de petits entreront, troupe candide derrière la pourpre du Rédempteur. Mais ce sera encore peu pour peupler les Cieux de gemmes et former les citoyens de la Jérusalem éternelle. Et ensuite… lorsque la Doctrine de Vérité et de Sanctification sera connue par les hommes, lorsque ma Mort aura redonné la Grâce aux hommes, comment les adultes pourraient-ils conquérir les Cieux, si la pauvre vie humaine est une fange continuelle qui rend impur? Alors donc est-ce que mon Paradis appartiendra aux seuls petits? Oh! non! Il faut savoir devenir des enfants, mais c'est aussi aux adultes qu'est ouvert le Royaume. Comme des petits… Voilà la pureté. Tu vois cette eau? Elle paraît si limpide, mais observe: il suffit qu'avec un jonc j'en remue le fond pour qu'elle se trouble. Des détritus et de la boue affleurent. Son cristal devient jaunâtre et personne n'en boirait plus. Mais si j'enlève le jonc, la paix revient et l'eau revient peu à peu à sa limpidité et à sa beauté. Le jonc c'est le péché. Il en est ainsi des âmes. Le repentir, crois-le, est ce qui purifie les âmes…” Marthe survient toute essoufflée: “Tu es encore ici, Marie? Et moi, je me fais tant de soucis!… L'heure avance. Les invités seront bientôt là, et il y a tant à faire. Les servantes sont au pain, les serviteurs découpent et font cuire les viandes. Moi je prépare les nappes, les tables et les boissons. Mais il y a encore les fruits à cueillir et l'eau de menthe et de miel à préparer…” Marie écoute tant soit peu les lamentations de sa sœur. Avec un sourire bienheureux, elle continue de regarder Jésus sans bouger de place. Marthe réclame l'aide de Jésus: “Maître, regarde comme je suis échauffée. Te paraît-il juste que je sois seule à faire les préparatifs? Dis-lui, Toi, de m'aider.” Marthe est vraiment fâchée. Jésus la regarde avec un sourire qui est à moitié doux, à moitié un peu ironique, ou plutôt moqueur. Marthe s'offense un peu: “Je parle sérieusement, Maître. Regarde-la comment elle est oisive pendant que je travaille. Et elle est ici à regarder…” Jésus prend un air plus sérieux: “Ce n'est pas de l'oisiveté, Marthe. C'est de l'amour. L'oisiveté, c'était avant. Et tu as tant pleuré pour cette oisiveté indigne. Tes larmes ont rendu encore plus agile ma démarche pour la sauver pour Moi et la rendre à ton honnête affection. Voudrais-tu lui disputer l'amour qu'elle a pour son Sauveur? Préférerais-tu alors qu'elle soit loin d'ici pour ne pas te voir travailler, mais aussi loin de Moi? Marthe, Marthe! Dois-je donc te dire qu'elle (et Jésus lui met la main sur la tête), venue de si loin, t'a surpassée en amour? Dois-je donc dire qu'elle, qui ne savait pas une seule parole de bien, est maintenant savante dans la science de l'amour? Laisse-la à sa paix! Elle a été si malade! Maintenant c'est une convalescente qui revient à la santé en buvant les boissons qui la fortifient. Elle a été tellement tourmentée… Maintenant, sortie du cauchemar, elle regarde autour d'elle et en elle, et elle se découvre nouvelle et elle découvre un monde nouveau. Laisse-la s'en donner la sécurité. C'est avec son "nouveau" qu'elle doit oublier le passé et se conquérir l'éternité… Elle ne sera pas seulement conquise par le travail, mais aussi par l'adoration. Il aura une récompense celui qui aura donné un pain à l'apôtre et au prophète, mais double récompense aura celui qui aura oublié même de se nourrir pour m'aimer, parce qu'il aura eu l'esprit plus grand que la chair, un esprit qui aura crié plus fort que les besoins humains, même licites. Tu te préoccupes de trop de choses, Marthe. Pour elle, il n'y en a qu'une seule. Mais c'est celle qui suffit à son esprit et surtout à son Seigneur qui est aussi le tien. Laisse tomber les choses inutiles. Imite ta sœur. Marie a choisi la meilleure part. Celle qui ne lui sera jamais ôtée. Quand toutes les vertus seront dépassées, parce qu'elles ne seront plus nécessaires aux citoyens du Royaume, la seule qui restera sera la Charité. Elle restera toujours. Elle seule, souveraine. Marie, elle l'a choisie, elle l'a prise comme écu et comme bourdon. Avec elle, comme sur des ailes d'anges, elle arrivera dans mon Ciel.” Marthe, mortifiée, baisse la tête et s'en va. “Ma sœur t'aime beaucoup et se donne du mal pour te faire honneur…” dit Marie pour l'excuser. “Je le sais et elle en sera récompensée. Mais elle a besoin d'être purifiée, comme s'est purifiée cette eau, de sa façon de penser humaine. Regarde comme l'eau est redevenue limpide pendant que nous parlions. Marthe se purifiera grâce aux paroles que je lui ai dites. Toi… toi, par la sincérité de ton repentir…” “Non, par ton pardon, Maître. Mon repentir ne suffisait pas pour laver mon grand péché…” “Il suffisait et il suffira pour toutes tes sœurs qui t'imiteront. Pour tous les pauvres infirmes de l'esprit. Le repentir sincère est un filtre qui purifie; l'amour ensuite est la substance qui préserve de toute nouvelle souillure. Voilà la raison pour laquelle ceux que la vie a rendus adultes et pécheurs pourront redevenir innocents comme des enfants et entrer comme eux dans mon Royaume. Allons maintenant à la maison. Que Marthe ne reste pas trop dans sa douleur. Apportons-lui notre sourire d'Ami et de sœur.” Jésus dit: “Il n'est pas besoin de commentaire. La parabole de l'eau est un commentaire pour l'opération du repentir dans les cœurs. Tu as ainsi le cycle complet de Marie-Magdeleine. De la mort à la Vie. C'est la plus grande ressuscitée de mon Évangile. Elle est ressuscitée de sept morts. Elle est revenue à la Vie. Tu l'as vue comme une plante à fleur relever de la fange la tige de sa nouvelle fleur de plus en plus haut, et puis fleurir pour Moi, répandre ses parfums pour Moi, mourir pour Moi. Tu l'as vue pécheresse, puis assoiffée s'approchant de la Source, puis repentie, puis pardonnée, puis aimante, puis penchée avec pitié sur le Corps inerte de son Seigneur, puis servante de la Mère, qu'elle aime parce que c'est ma Mère, enfin pénitente sur le seuil de son Paradis. Âmes qui craignez, apprenez à ne pas craindre de Moi en lisant la vie de Marie de Magdala. Âmes qui aimez, apprenez d'elle à aimer avec une séraphique ardeur. Âmes qui avez erré, apprenez d'elle la Science qui prépare au Ciel. Je vous bénis tous pour vous aider à vous élever. Va en paix.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 14 juillet 2019, Quinzième dimanche du temps ordinaire

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,25-37.
Pour mettre Jésus à l'épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : « Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? » L'autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. » Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus : « Et qui donc est mon prochain ? » Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à l'aubergiste, en lui disant : 'Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. ' Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répond : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi fais de même. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 4, Ch 281, p 416
  • Ancienne traduction : Tome 4, Ch 145, p 393     (CD 4 (2ème cd), piste 161)
Jésus se dirige vers le Temple. Il est précédé par les disciples en groupes, et suivi par les femmes disciples en groupe: sa Mère, Marie de Cléophas, Marie Salomé, Suzanne, Jeanne de Chouza, Élise de Béthsur, Annalia de Jérusalem, Marthe et Marcelle. Marie de Magdala n'est pas là. Autour de Jésus, les douze apôtres et Margziam. Jérusalem est dans la pompe de ses jours de solennité. Des gens sur toutes les routes, et de toutes les régions. Cantiques, discours, murmures de prières, imprécations des âniers, quelques pleurs de bébés et, au-dessus de tout cela, un ciel clair qui se montre entre les maisons et un soleil qui descend joyeux pour raviver les couleurs des vêtements, pour embraser les couleurs mourantes des tonnelles et des arbres que l'on aperçoit ça et là au-delà des murs des jardins clos ou des terrasses. Parfois Jésus croise des personnes de sa connaissance et le salut est plus ou moins respectueux selon l'humeur de celui qu'il croise. C'est ainsi qu'est profond, mais condescendant, celui de Gamaliel. Ce dernier regarde fixement Etienne, qui lui sourit du groupe des disciples, et qu'après s'être incliné devant Jésus, Gamaliel appelle à part et lui dit quelques mots, après quoi Etienne revient dans son groupe. Plein de vénération est le salut du vieux chef de la synagogue Cléophas d'Emmaüs, qui se dirige avec ses concitoyens vers le Temple. Dur comme une malédiction la réponse au salut de Jésus des pharisiens de Capharnaüm. De la part des paysans de Giocana, conduits par l'intendant, c'est un prosternement dans la poussière de la route pendant qu'ils baisent les pieds de Jésus. La foule s'arrête pour observer avec étonnement ce groupe d'hommes qui, à un carrefour se précipitent en criant aux pieds d'un homme jeune qui n'est pas un pharisien ni un scribe renommé, qui n'est pas un satrape ni un courtisan puissant, et quelqu'un demande qui c'est. Et un chuchotement se répand: “C'est le Rabbi de Nazareth, celui dont on dit qu'il est le Messie.” Prosélytes et gentils l'entourent alors avec curiosité, poussant le groupe contre le mur, créant un encombrement dans la toute petite place, jusqu'à ce qu'un groupe d'âniers les disperse en maudissant l'obstruction. Mais la foule, sans tarder, se rassemble de nouveau, séparant les femmes des hommes, exigeante, brutale dans ses manifestations qui sont encore de la foi. Tout le monde veut toucher les vêtements de Jésus, Lui dire un mot, l'interroger. Et c'est un effort inutile parce que leur hâte elle-même, leur anxiété, leur agitation pour passer aux premiers rangs, en se repoussant mutuellement, fait que personne n'y réussit, et même les questions et les réponses se fondent en une rumeur inintelligible. Le seul qui s'arrache à la scène, c'est le grand-père de Margziam, qui a répondu par un cri au cri de son petit-fils et, tout de suite après avoir vénéré le Maître, a serré sur son cœur son enfant et se tenant ainsi, appuyé sur les talons, les genoux à terre, l'a assis sur son sein, l'admire et le caresse avec des larmes et des baisers joyeux, le questionne et l'écoute. Le vieillard est déjà au Paradis, tant il est heureux. Les soldats romains accourent, croyant qu'il y a quelque rixe et se font un passage. Mais, quand ils voient Jésus, ils ont un sourire et se retirent tranquillement, se bornant à conseiller à ceux qui sont là de laisser libre l'important carrefour. Et Jésus obéit de suite, profitant de l'espace libre qu'ont fait les romains qui le précèdent de quelques pas comme pour Lui ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur poste de garde car la garnison romaine est très renforcée, comme si Pilate savait qu'il y a du mécontentement dans la foule et comme s'il craignait un soulèvement dans ces jours où Jérusalem est remplie d'hébreux venus de toute part. Et il est beau de le voir aller précédé du détachement romain comme un roi dont on dégage la route pendant qu'il se rend à ses propriétés. Il a dit, tout en se déplaçant, à l'enfant et au vieillard: “Restez ensemble et suivez-moi” et à l'intendant: “Je te prie de me laisser tes hommes. Ils seront mes hôtes jusqu'au soir.” L'intendant répond avec déférence: “Qu'il en soit en tout comme tu veux” et il s'en va seul après un profond salut. Il est désormais près du Temple, et le fourmillement de la foule, réellement comme des fourmis près de la fourmilière, est encore plus dense, lorsqu'un paysan de Giocana crie: “Voici le maître!” et, imité par les autres, il tombe à genoux pour le saluer. Jésus reste debout au milieu du groupe des paysans parce qu'ils étaient serrés autour de Lui, et il tourne son regard vers le point indiqué. Il rencontre le regard d'un pharisien richement vêtu, qui n'est pas nouveau pour moi, mais je ne sais pas où je l'ai vu. Le pharisien Giocana est avec d'autres de sa caste: un tas d'étoffes précieuses, de franges, de boucles, de ceintures, de phylactères, tout cela plus ample que d'ordinaire. Giocana regarde attentivement Jésus: un regard de pure curiosité mais pourtant pas irrévérencieux. Il a même un salut plutôt empesé: il incline tout juste la tête. Mais c'est toujours un salut auquel Jésus répond avec déférence. Et même deux ou trois autres pharisiens saluent pendant que d'autres regardent avec mépris ou font semblant de regarder ailleurs, et un seul lance une insulte. C'est sûr car je vois que ceux qui entourent Jésus sursautent, et même Giocana se retourne tout d'un coup pour foudroyer du regard l'insulteur, un homme plus jeune que lui, aux traits marqués et durs. Quand on les a dépassés et les paysans osent parler, l'un d'eux dit: “C'est Doras, Maître, celui qui t'a maudit.” “Laisse-le faire. J'ai vous qui me bénissez” dit calmement Jésus. Appuyé, avec d'autres, à une archivolte, se trouve Manaën, et comme il voit Jésus, il lève les bras avec une exclamation de joie: “C'est une agréable journée, puisque je te trouve!” et il vient vers Jésus, suivi de ceux qui l'accompagnent. Il le vénère sous l'archivolte ombragée où les voix résonnent comme sous une coupole. Juste au moment où il le vénère, passent tout près du groupe apostolique les cousins Simon et Joseph avec d'autres nazaréens… et ils ne saluent pas… Jésus les regarde avec tristesse mais ne dit rien. Jude et Jacques, excités, se parlent entre eux. Et Jude s'enflamme d'indignation et puis il part en courant, sans que son frère puisse le retenir. Mais Jésus le rappelle d'un si impérieux: “Jude, viens ici!” que le fils agité d'Alphée revient en arrière… “Laisse-les faire. Ce sont des semences qui n'ont pas encore senti le printemps. Laisse-les dans l'obscurité de la motte rétive. Je les pénétrerai quand même, même si la motte devient de la jaspe qui enveloppe la semence. Je le ferai au moment voulu.” Mais plus forts que la réponse de Jude d'Alphée, résonnent les pleurs de Marie d'Alphée, désolée. La longue plainte d'une personne humiliée… Mais Jésus ne se retourne pas pour la consoler bien que cette plainte résonne nettement sous l'archivolte qui lui fait de multiples échos. Il continue de parler avec Manaën qui lui dit: “Ceux qui sont avec moi, sont des disciples de Jean. Ils veulent, comme moi, t'appartenir.” “La paix soit aux bons disciples. Là, en avant, ce sont Mathias, Jean et Siméon, avec Moi pour toujours. Je vous accueille comme je les ai accueillis parce que m'est cher tout ce qui me vient du saint Précurseur.” Et, après avoir rejoint l'enceinte du Temple, Jésus donne des ordres à l'Iscariote et à Simon le Zélote pour les achats d'usage et les offrandes d'usage. Puis il appelle le prêtre Jean et dit: “Toi qui appartiens à ce lieu, tu t'occuperas d'inviter quelque lévite que tu sais digne de connaître la Vérité. Car vraiment, cette année, je puis célébrer une fête joyeuse. Jamais plus il n'y aura un jour aussi doux…” “Pourquoi, Seigneur?” demande le scribe Jean. “Parce que je vous ai autour de Moi, tous, présents visiblement ou spirituellement.” “Mais toujours nous y serons! Et avec nous beaucoup d'autres” affirme avec véhémence l'apôtre Jean et tous font chorus. Jésus sourit et se tait pendant que le prêtre Jean va en avant avec Etienne dans le Temple pour exécuter l'ordre. Jésus lui crie par derrière: “Rejoignez-nous au Portique des Païens.” Ils entrent et presque aussitôt rencontrent Nicodème qui fait un profond salut, mais ne s'approche pas de Jésus. Pourtant il échange avec Jésus un sourire entendu et paisible. Pendant que les femmes s'arrêtent à l'endroit qui leur est permis, Jésus, avec les hommes, se rend à la prière à l'endroit réservé aux hébreux, et puis il revient, après avoir accompli tous les rites, pour retrouver ceux qui l'attendent au Portique des Païens. Les portiques très vastes et très élevés sont remplis d'une foule qui écoute les instructions des rabbins. Jésus se dirige vers l'endroit où il voit arrêtés les deux apôtres et les deux disciples envoyés en avant. Tout de suite on fait cercle autour de Lui, et aux apôtres et disciples s'unissent aussi d'autres personnes nombreuses qui étaient ça et là dans la cour de marbre remplie de gens. La curiosité est telle que certains élèves des rabbins, je ne sais si c'est spontanément ou envoyés par les maîtres, s'approchent du cercle qui se serre autour de Jésus. Jésus demande à brûle-pourpoint: “Pourquoi vous pressez-vous autour de Moi? Dites-le. Vous avez des rabbis connus et sages, bien vus de tout le monde. Moi, je suis l'Inconnu et le Malvu. Pourquoi alors venez-vous à Moi?” “Parce que nous t'aimons” disent certains, et d'autres: “Parce que tu as des paroles différentes des autres”, et d'autres encore: “Pour voir tes miracles” et “Parce que nous avons entendu parler de Toi” et “Parce que Toi seul as des paroles de vie éternelle et des œuvres qui correspondent aux paroles” et enfin: “Parce que nous voulons nous unir à tes disciples.” Jésus regarde les gens au fur et à mesure qu'ils parlent comme s'il voulait les transpercer par le regard pour lire leurs impressions les plus cachées, et certains, ne résistant pas à ce regard, s'éloignent ou bien se cachent derrière une colonne ou des gens plus grands qu'eux. Jésus reprend: “Mais savez-vous ce que cela veut dire et ce que cela impose de venir derrière Moi? Je vais répondre à ces seules paroles, parce que la curiosité ne mérite pas qu'on lui réponde et parce que celui qui a faim de mes paroles me donne, en conséquence, son amour et désire s'unir à Moi. Car, parmi ceux qui ont parlé, il y a deux groupes: les curieux, dont je ne m'occupe pas, les volontaires que j'instruis, sans feinte, de la sévérité de cette vocation. Venir à Moi comme disciple, cela veut dire renoncer à tous les amours pour un seul amour: le mien. Amour égoïste pour soi-même, amour coupable pour les richesses, pour la sensualité ou la puissance, amour honnête pour l'épouse, amour saint pour la mère, le père, amour affectueux des fils et des frères ou pour les fils et les frères, tout doit céder à mon amour, si on veut être mien. En vérité je vous dis que plus libres que les oiseaux qui planent dans les cieux doivent être mes disciples, plus libres que les vents qui parcourent les espaces sans que personne les retienne, personne ni rien. Libres, sans lourdes chaînes, sans lacets d'amour matériel, sans même les fils d'araignée fins des plus légères barrières. L'esprit est comme un papillon délicat enfermé dans un lourd cocon de chair, et son vol peut s'alourdir ou s'arrêter tout à fait, par l'action d'une iridescente et impalpable toile d'araignée, l'araignée de la sensualité, du manque de générosité dans le sacrifice. Moi, je veux tout, sans réserve. L'esprit a besoin de cette liberté de donner, de cette générosité de donner, pour pouvoir être certain de ne pas rester pris dans la toile d'araignée des affections, des coutumes, des réflexions, des peurs, tendues comme les fils de cette araignée monstrueuse qu'est Satan, voleur des âmes. Si quelqu'un veut venir à Moi et ne hait pas saintement son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et jusqu'à sa vie, il ne peut être mon disciple. J'ai dit: "hait saintement". Vous, dans votre cœur, vous dites: "La haine, Lui l'enseigne, n'est jamais sainte. Lui, donc se contredit". Non. Je ne me contredis pas. Je dis de haïr la pesanteur de l'amour, la passion charnelle de l'amour pour le père et la mère, l'épouse et les enfants, les frères et les sœurs, et la vie elle-même mais, d'autre part, j'ordonne d'aimer avec la liberté légère, qui est le propre des esprits, les parents et la vie. Aimez-les en Dieu et pour Dieu, ne faisant jamais passer Dieu après eux, vous occupant et vous préoccupant de les amener là où le disciple est arrivé, c'est-à-dire à Dieu Vérité. Ainsi vous aimerez saintement les parents et Dieu, en conciliant les deux amours et en faisant des liens du sang non pas un poids mais une aile, non pas une faute, mais la justice. Même votre vie, vous devez être prêts à la haïr pour me suivre. Hait sa vie celui qui, sans peur de la perdre ou de la rendre humainement triste, la consacre à mon service. Mais ce n'est qu'un semblant de haine. Un sentiment qui est appelé de manière incorrecte: "haine", par la pensée de l'homme qui ne sait pas s'élever, de l'homme uniquement terrestre, de peu supérieur à la brute. En réalité cette haine apparente qui est le refus des satisfactions sensuelles à l'existence, pour donner une vie toujours plus grande à l'esprit, c'est de l'amour. C'est de l'amour, le plus élevé qui existe, le plus béni. Ce refus des basses satisfactions, cette interdiction de la sensualité des affections, ce risque des reproches et des commentaires injustes, des punitions, des répudiations, des malédictions et, peut-être des persécutions, est une suite de peines. Mais il faut les embrasser et se les imposer comme une croix, un gibet sur lequel on expie toutes les fautes passées pour aller justifiés vers Dieu, et par lequel on obtient de Dieu toute grâce vraie, puissante, sainte, pour ceux que nous aimons. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, celui qui rie sait pas le faire, ne peut pas être mon disciple. Pensez-y donc beaucoup, beaucoup, vous qui dites: "Nous sommes venus parce que nous voulons nous unir à tes disciples". Ce n'est pas de la honte, mais de la sagesse, de se peser, de se juger, d'avouer à soi-même et aux autres: "Je n'ai pas l'étoffe d'un disciple". Et quoi? Les païens ont, à la base de l'un de leurs enseignements, la nécessité de "se connaître soi-même", et vous, israélites, pour conquérir le Ciel, vous ne sauriez pas le faire? Car, rappelez-le vous toujours, bienheureux ceux qui viendront à Moi. Mais, plutôt que de venir pour me trahir Moi et Celui qui m'a envoyé, il vaut mieux ne pas venir du tout et rester les fils de la Loi comme vous l'avez été jusqu'à présent. Malheur à ceux qui, ayant dit: "Je viens", nuisent au Christ en trahissant l'idée chrétienne, en scandalisant les petits, les gens honnêtes! Malheur à eux! Et pourtant il y en aura et toujours il y en aura! Imitez donc celui qui veut construire une tour. Il commence par calculer attentivement les dépenses nécessaires et il compte son argent pour voir s'il a de quoi la terminer pour qu'après avoir fait les fondations il ne doive pas suspendre les travaux parce qu'il n'a plus d'argent. En ce cas, il perdrait aussi ce qu'il possédait avant, en restant sans tour et sans talents et en échange il s'attirerait les moqueries du peuple qui dirait: "Il a commencé à construire sans pouvoir finir. Maintenant, il peut s'emplir l'estomac avec les ruines de sa construction inachevée". Imitez encore les rois de la terre, en faisant servir les pauvres événements du monde à un enseignement surnaturel. Eux, quand ils veulent faire la guerre à un autre roi, examinent tout avec calme et attention, le pour et le contre, ils réfléchissent pour voir si l'intérêt de la conquête vaut le sacrifice de la vie des sujets, ils étudient s'il est possible de conquérir ce lieu, si leurs troupes, inférieures de moitié en nombre à celles de leur rival, même si elles sont plus combatives, peuvent vaincre, et pensant avec justesse qu'il est improbable que dix mille viennent à bout de vingt mille, avant que se produise la rencontre ils envoient au rival une ambassade avec de riches présents, et apaisant le rival déjà inquiet des mouvements de troupes de l'autre, le désarment par des témoignages d'amitié, font disparaître ses soupçons et font avec lui un traité de paix, en vérité toujours plus avantageux qu'une guerre, aussi bien humainement que spirituellement. Ainsi vous devez agir avant de commencer la nouvelle vie et se mettre contre le monde. Parce que voici ce qu'implique d'être mes disciples: aller contre le tourbillonnement et la violence de l'entraînement du monde, de la chair, de Satan. Et si vous ne vous sentez pas le courage de renoncer à tout par amour pour Moi, ne venez pas à Moi, parce que vous ne pouvez pas être mes disciples.” “C'est bien. Ce que tu dis est vrai” admet un scribe qui s'est mêlé au groupe. “Mais si nous nous dépouillons de tout, avec quoi allons-nous te servir ensuite? La Loi a des commandements qui sont comme de la monnaie que Dieu donne à l'homme pour que, en s'en servant, il se procure la vie éternelle. Tu dis: "Renoncez a tout" et tu indiques le père, la mère, les richesses, les honneurs. Dieu a pourtant donné ces choses et nous a dit, par la bouche de Moïse, de s'en servir saintement pour paraître juste aux yeux de Dieu. Si tu nous enlèves tout, qu'est-ce que tu nous donnes?” “Le véritable amour, je l'ai dit, ô rabbi. Je vous donne ma doctrine qui n'enlève pas un iota à la Loi ancienne, mais au contraire la perfectionne.” “Alors, nous sommes tous des disciples égaux parce que nous avons tous les mêmes choses.” “Nous les avons tous, selon la Loi mosaïque. Pas tous selon la Loi perfectionnée par Moi selon l'Amour. Mais tous n'atteignent pas, dans cette Loi, la même somme de mérites. Même parmi les disciples qui m'appartiennent, tous n'arriveront pas à avoir une égale somme de mérites et certains, parmi eux, non seulement n'auront pas cette somme, mais perdront aussi leur unique monnaie: leur âme.” “Comment? A qui on a donné davantage, il restera davantage. Tes disciples, ou mieux tes apôtres, te suivent dans ta mission et sont au courant de tes façons de faire, ils ont reçu énormément, tes disciples effectifs ont beaucoup reçu, moins ceux qui ne sont disciples que de nom, rien ceux qui, comme moi, ne t'écoutent que par hasard. Il est évident que les apôtres recevront énormément au Ciel, beaucoup les disciples effectifs, moins ceux qui ne le sont que de nom, rien ceux qui sont comme moi.” “Humainement c'est évident, et c'est mal aussi humainement. Car tous ne sont pas capables de faire fructifier les biens qu'ils ont reçus. Écoute cette parabole et pardonne-moi si je développe trop ici mon enseignement. Mais Moi je suis l'hirondelle de passage et je ne séjourne que peu de temps dans la Maison du Père, car je suis venu pour le monde entier et ce petit monde du Temple de Jérusalem ne veut pas que je suspende mon vol et que je reste là où la gloire de Dieu m'appelle.” “Pourquoi dis-tu cela?” “Parce que c'est la vérité.” Le scribe regarde autour de lui, et puis il baisse la tête. Que ce soit la vérité, il le voit écrit sur trop de visages de membres du Sanhédrin, de rabbis et de pharisiens qui ont grossi de plus en plus le groupe qui entoure Jésus. Visages bleus de rage ou rouges de colère, regards qui équivalent à des paroles de malédiction et crachats empoisonnés, rancœur qui fermente de tous côtés, désir de brutaliser le Christ, qui reste seulement un désir par peur de la foule qui entoure le Maître, dévouée et prête à tout pour le défendre, peur aussi peut-être d'être punis par Rome qui est bienveillante envers le doux Maître galiléen. Jésus se remet calmement à exposer sa pensée par la parabole: “Un homme, qui était sur le point de faire un long voyage et de les absenter pour longtemps, appela tous ses serviteurs et leur confia tous ses biens. A l'un il donna cinq talents d'argent, à un autre deux talents d'argent, à un troisième un seul talent d'or. A chacun selon sa situation et son habileté. Et puis il partit. Maintenant le serviteur qui avait reçu cinq talents d'argent s'en alla faire valoir habilement ses talents et, après quelque temps, ceux-ci lui en rapportèrent cinq autres. Celui qui avait reçu deux talents fit la même chose et il doubla la somme qu'il avait reçue. Mais celui auquel le maître avait donné davantage, un talent d'or pur, paralysé par la peur de ne pas savoir faire, par celle des voleurs, de mille choses chimériques et surtout par la paresse, fit un grand trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître. De nombreux mois passèrent, et le maître revint. Il appela tout de suite ses serviteurs pour qu'ils lui rendissent l'argent donné en dépôt. Celui qui avait reçu cinq talents d'argent se présenta et il dit: "Voici, mon seigneur. Tu m'en as donné cinq. Comme il me semblait qu'il était mal de ne pas faire fructifier l'argent que tu m'avais donné, je me suis débrouillé et je t'ai gagné cinq autres talents. Je n'ai pas pu faire davantage…" C'est bien, très bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour le peu, actif et honnête. Je te donnerai de l'autorité sur beaucoup de choses. Entre dans la joie de ton maître". Puis celui qui avait reçu deux talents se présenta et dit: "Je me suis permis d'employer tes biens dans ton intérêt. Voici les comptes qui montrent comment j'ai employé ton argent. Tu vois? Il y avait deux talents d'argent, maintenant il y en a quatre. Es-tu content, mon seigneur?" Et le maître fit au bon serviteur la même réponse qu'au premier. Arriva en dernier celui qui, jouissant de la plus grande confiance de son maître, avait reçu le talent d'or. Il le sortit de sa cachette et il dit: "Tu m'as confié la plus grande valeur parce que tu sais que je suis prudent et fidèle, comme moi je sais que tu es intransigeant et exigeant, et que tu ne supportes pas des pertes pour ton argent mais en cas de perte, tu t'en prends à celui qui est près de toi. Car, en vérité, tu moissonnes où tu n'as pas semé et tu récoltes où tu n'as rien répandu, ne faisant pas cadeau de la moindre pièce de monnaie à ton banquier ou à ton régisseur, pour aucune raison. Il te faut autant d'argent que tu en réclames. Or moi, craignant de diminuer ce trésor, je l'ai pris et l'ai caché. Je ne me suis fié à personne ni non plus à moi-même. Maintenant, je l'ai déterré et je te le rends. Voici ton talent". "O serviteur injuste et paresseux! En vérité, tu ne m'as pas aimé puisque tu ne m'as pas connu et que tu n'as pas aimé mon bien-être, ayant laissé mon argent improductif. Tu as trahi l'estime que j'avais eue pour toi et c'est toi-même qui te contredis, t'accuses et te condamnes. Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, que je récolte où je n'ai rien répandu. Et pourquoi alors n'as-tu pas fait en sorte que je puisse moissonner et récolter? C'est ainsi que tu réponds à ma confiance? C'est ainsi que tu me connais? Pourquoi n'as-tu pas porté mon argent aux banquiers pour qu'à mon retour je le retire avec les intérêts? Je t'avais instruit avec un soin particulier dans ce but et toi, paresseux et imbécile, tu n'en as pas tenu compte. Que te soit donc enlevé le talent et tout autre bien, et qu'on le donne à celui qui a les dix talents". "Mais lui en a déjà dix alors que celui-ci reste sans rien…" lui objecta-t-on. "C'est bien. A celui qui possède et le fait fructifier, il sera donné encore davantage et au point qu'il surabonde. Mais à celui qui n'a pas parce qu'il n'a pas la volonté d'avoir, on enlèvera ce qui lui a été donné. Quant au serviteur inutile qui a trahi ma confiance et a laissé improductifs les dons que je lui avais fait, qu'on l'expulse de ma propriété et qu'il s'en aille pleurer et se ronger le cœur". Voilà la parabole. Comme tu le vois, ô rabbi, à qui avait reçu le plus il est resté le moins, car il n'a pas su mériter de conserver le don de Dieu. Et il n'est pas dit qu'un de ceux dont tu dis qu'ils ne sont disciples que de nom ayant par conséquent peu de chose à faire valoir et même de ceux qui, comme tu dis, m'entendent par hasard et qui n'ont comme unique capital que leur âme, n'arrive pas à avoir le talent d'or et même ce qu'il aura rapporté, qu'on aura enlevé à quelqu'un qui avait davantage reçu. Infinies sont les surprises du Seigneur parce qu'innombrables sont les réactions de l'homme. Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des israélites purs et qui me suivent perdre le Ciel et l'éternelle Vie.” Jésus se tait, et comme s'il voulait couper court à toute discussion, se tourne vers l'enceinte du Temple. Mais un docteur de la Loi, qui s'était assis pour écouter sérieusement sous le portique, se lève et s'avance en demandant: “Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle? Tu as répondu à d'autres, réponds-moi à moi aussi.” “Pourquoi veux-tu me tenter? Pourquoi veux-tu mentir? Espères-tu que je dise des choses qui déforment la Loi parce que je lui ajoute des idées plus lumineuses et plus parfaites? Qu'est-ce qui est écrit dans la Loi? Réponds! Quel est son principal commandement?” “"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de toute ton intelligence. Tu aimeras ton prochain comme toi-même".” “Voilà, tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie éternelle.” “Et, qui est mon prochain? Le monde est plein de gens qui sont bons et mauvais, connus ou inconnus, amis et ennemis d'Israël. Qui est mon prochain?” “Un homme qui allait de Jérusalem à Jéricho, par les défilés des montagnes, tomba aux mains de voleurs. Ceux-ci, après l'avoir cruellement blessé, le dépouillèrent de tout son avoir et même de ses vêtements, le laissant plus mort que vif sur le bord de la route. Par le même chemin, passa un prêtre qui avait terminé son office au Temple. Oh! il était encore parfumé par les encens du Saint! Et il aurait dû avoir l'âme parfumée de bonté surnaturelle et d'amour puisqu'il avait été dans la Maison de Dieu, pour ainsi dire au contact du Très-Haut. Le prêtre avait hâte de revenir à sa maison. Il regarda donc le blessé, mais ne s'arrêta pas. Il passa outre rapidement laissant le malheureux sur le bord du chemin. Un lévite vint à passer. Devait-il se contaminer, lui qui devait servir au Temple? Allons donc! Il releva son vêtement pour ne pas se souiller de sang. Il jeta un regard fuyant sur celui qui gémissait dans son sang et hâta le pas vers Jérusalem, vers le Temple. En troisième lieu, venant de la Samarie, en direction du gué, arriva un samaritain. Il vit le sang, s'arrêta, découvrit le blessé dans le crépuscule qui avançait, descendit de sa monture, s'approcha du blessé, lui donna des forces avec une gorgée d'un vin généreux. Il déchira son manteau pour en faire des bandages, puis il lava les blessures avec du vinaigre et les oignit avec de l'huile, et le banda affectueusement. Après avoir chargé le blessé sur sa monture, il conduisit avec précaution l'animal, soulevant en même temps le blessé, le réconfortant par de bonnes paroles sans se préoccuper de la fatigue et sans dédain pour ce blessé, bien qu'il fût de nationalité juive. Arrivé en ville, il le conduisit à l'auberge, le veilla toute la nuit et à l'aube, voyant qu'il allait mieux, le confia à l'hôtelier lui donnant d'avance des deniers pour le payer et lui dit: "Aies-en soin comme si c'était moi-même. A mon retour, ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai, et bonne mesure si tu as bien fait ce qu'il fallait". Et il s'en alla. Docteur de la Loi, réponds-moi. Lequel de ces trois a été le "prochain" pour l'homme tombé aux mains des voleurs? Le prêtre, peut-être? Peut-être le lévite? Ou non pas plutôt le samaritain? Il ne se demanda pas qui était le blessé, pourquoi il était blessé, s'il agissait mal en le secourant, en perdant son temps, son argent et en risquant d'être accusé de l'avoir blessé?” Le docteur de la Loi répond: “Le prochain c'est ce dernier car il a usé de miséricorde.” “Toi aussi, fais la même chose et tu aimeras le prochain et Dieu dans le prochain, méritant ainsi la vie éternelle.” Personne n'ose plus parler et Jésus en profite pour rejoindre les femmes qui l'attendaient près de l'enceinte et, avec elles, aller de nouveau dans la ville. Maintenant aux disciples se sont unis deux prêtres, ou plutôt un prêtre et un lévite, ce dernier très jeune, l'autre d'âge patriarcal. Mais Jésus maintenant parle avec sa Mère, ayant au milieu, entre Lui et elle, Margziam. Et il lui demande: “Tu m'as entendu, Mère?” “Oui, mon Fils, et à la tristesse de Marie de Cléophas s'est ajoutée la mienne. Elle a pleuré un peu avant d'entrer au Temple…” “Je le sais Mère, et j'en connais le motif. Mais elle ne doit pas pleurer. Seulement prier.” “Oh! Elle prie tant! Ces soirs-ci, dans sa cabane, entre ses fils endormis, elle priait et pleurait. Je l'entendais pleurer à travers la mince paroi de feuillage voisine. De voir à quelques pas Joseph et Simon, tout près mais ainsi séparés!… Et elle n'est pas la seule à pleurer. Avec moi a pleuré Jeanne qui te paraît si sereine…” “Pourquoi, Mère?” “Parce que Chouza… a une conduite… inexplicable. Il la seconde un peu en tout. Il la repousse un peu en tout. S'ils sont seuls et que personne ne les voit, c'est le mari exemplaire de toujours. Mais si avec lui il y a d'autres personnes, de la Cour c'est naturel, voilà alors qu'il devient autoritaire et méprisant pour sa douce épouse. Elle ne comprend pas pourquoi…” “Moi, je te le dis. Chouza est serviteur d'Hérode, comprends-moi, Mère. "Serviteur". Moi, je ne le dis pas à Jeanne pour ne pas lui causer de la douleur. Mais c'est ainsi. Quand il ne craint pas de blâme et de moquerie du souverain, c'est le bon Chouza. Quand il peut les craindre, il n'est plus le même.” “C'est parce que Hérode est très irrité à cause de Manaën et…” “Et parce que Hérode est devenu fou par le remords tardif d'avoir cédé à Hérodiade. Mais Jeanne a déjà tant de bien dans sa vie. Elle doit, sous le diadème, porter son cilice.” “Annalia aussi pleure…” “Pourquoi?” “Parce que le fiancé se retourne contre Toi.” “Qu'elle ne pleure pas. Dis-le-lui. C'est une résolution. Une bonté de Dieu. Son sacrifice amènera de nouveau Samuel au Bien. Pour le moment ce dernier la laissera libre de pressions pour le mariage. Je lui ai promis de la prendre avec Moi. Elle me précédera dans la mort…” “Fils!…” Marie serre la main de Jésus. Son visage devient exsangue. “Maman bien aimée! C'est pour les hommes. Tu le sais. C'est pour l'amour des hommes. Buvons notre calice de bon cœur, n'est-ce pas?” Marie avale ses larmes et répond: “Oui.” Un “oui” tellement déchiré et déchirant. Margziam lève le visage et dit à Jésus: “Pourquoi dis-tu ces choses si dures qui attristent la Mère? Moi, je ne te laisserai pas mourir. Comme j'ai défendu les agneaux, ainsi je te défendrai.” Jésus le caresse et, pour remonter le moral des deux affligés, il demande à l'enfant: “Que vont faire maintenant tes brebis? Tu ne les regrettes pas?” “Oh! je suis avec Toi! Cependant j'y pense toujours, et je me demande: "Est-ce que Porphyrée les aura amenées au pâturage? et aura-t-elle veillé à ce que Spuma n'aille pas dans le lac?" Elle est si vive, Spuma, sais-tu? Sa mère l'appelle, l'appelle… Mais rien à faire! Elle fait ce qu'elle veut. Et Neve, si gloutonne qu'elle mange à s'en rendre malade? Sais-tu, Maître? Moi, je comprends ce que c'est que d'être prêtre en ton Nom. Mieux que les autres je le comprends. Eux (et il montre de la main les apôtres qui viennent derrière) eux, ils disent tant de belles paroles, font tant de projets… pour ensuite. Moi, je dis: "Je ferai le berger pour les hommes comme pour les brebis. Et cela suffira". La Mère, la mienne et la tienne, m'a dit hier un si beau passage des prophètes… et m'a dit: "C'est exactement ainsi qu'est notre Jésus". Et moi, dans mon cœur, j'ai dit: "Et moi aussi, je serai tout à fait ainsi". Puis j'ai dit à . notre Mère: "Pour le moment, je suis agneau, ensuite je serai berger. Au contraire, maintenant Jésus est Berger et puis il est aussi Agneau. Mais toi, tu es toujours l'Agnelle, seulement notre Agnelle blanche, belle, aimée, aux paroles plus douces que le lait. C'est pour cela que Jésus est tellement Agneau: parce qu'il est né de toi, Agnelle du Seigneur".” Jésus se penche vivement et l'embrasse. Puis il demande: “Tu veux donc vraiment être prêtre?” “Certainement, mon Seigneur! C'est pour cela que je m'efforce de devenir bon et de tant savoir. Je vais toujours près de Jean d'Endor. Il me traite toujours en homme et avec tant de bonté. Je veux être berger des brebis dévoyées et non dévoyées, et médecin-berger de celles qui sont blessées et fracturées, comme dit le Prophète. Oh! que c'est beau!” et l'enfant saute en battant des mains. “Qu'est-ce qu'il a, cette petite tête noire, à être si heureux?” demande Pierre en s'approchant. “Il voit sa route. Nettement, jusqu'à la fin… Et Moi, je consacre la vision qu'il en a, avec mon "oui".” Ils s'arrêtent devant une haute maison qui, si je ne me trompe, est du côté du faubourg d'Ophel, mais l'endroit est plus riche. “Est-ce ici que nous nous arrêtons?” “C'est la maison que Lazare m'a offerte pour le banquet de réjouissance. Marie est déjà là.” “Pourquoi n'est-elle pas venue avec nous? Par peur des moqueries?” “Oh! non! Je lui l'ai seulement ordonné.” “Pourquoi, Seigneur?” “Parce que le Temple est plus susceptible qu'une épouse enceinte. Tant que je le peux, et non par lâcheté, je ne veux pas le heurter.” “Cela ne te servira à rien, Maître. Moi, si j'étais Toi, non seulement je le heurterais, mais je le jetterais en bas du Moriah avec tous ceux qui sont dedans.” “Tu es un pécheur, Simon. Il faut prier pour ses propres semblables, non pas les tuer.” “Je suis un pécheur. Mais, Toi, non… et… tu devrais le faire.” “Il y aura quelqu'un pour le faire. Et après qu'on aura atteint la mesure du péché.” “Quelle mesure?” “Une mesure telle qu'elle emplira tout le Temple et débordera sur Jérusalem. Tu ne peux comprendre… Oh! Marthe! Ouvre donc ta maison au Pèlerin!” Marthe se fait reconnaître et ouvrir. Ils entrent tous dans un long atrium qui débouche dans une cour pavée possédant quatre arbres aux quatre coins. Une vaste salle s'ouvre au-dessus du rez-de-chaussée et, par les fenêtres ouvertes, on découvre toute la Cité avec ses montées et descentes. J'en conclus donc que la maison est sur les pentes sud ou sud-est de la ville. La salle est préparée pour un très grand nombre d'hôtes. Des tables, en grand nombre, sont disposées parallèlement. Une centaine de personnes peuvent s'y restaurer commodément. Marie-Magdeleine accourt. Elle était ailleurs, occupée dans les communs, et elle se prosterne devant Jésus. Lazare arrive aussi, avec un sourire bienheureux sur son visage maladif. Les hôtes entrent peu à peu, certains un peu embarrassés, d'autres avec plus d'assurance. Mais la gentillesse des femmes les met vite à l'aise. Le prêtre Jean amène à Jésus les deux qu'il a pris au Temple. “Maître, mon bon ami Jonathas et mon jeune ami Zacharie. Ce sont de vrais israélites, sans malice et sans rancœur.” “Paix à vous. Je suis heureux de vous avoir. Il faut observer le rite, même dans ces douces coutumes. Il est beau que la Foi ancienne donne une main amie à la nouvelle Foi venue de son propre cep. Assoyez-vous à mes côtés en attendant qu'arrive l'heure du repas.” Le patriarcal Jonathas parle, alors que le jeune lévite regarde ça et là, curieux, étonné, et peut-être même intimidé. Je pense qu'il veut se donner un air dégagé, mais qu'en réalité il est comme un poisson hors de l'eau. Heureusement Etienne vient à son secours et lui amène l'un après l'autre les apôtres et les principaux disciples. Le vieux prêtre dit, en caressant sa barbe neigeuse: “Quand Jean est venu me trouver, justement moi, son maître, pour me montrer sa guérison, j'ai voulu te connaître. Mais, Maître, je ne sors pour ainsi dire plus de mon enceinte. Je suis vieux… J'espérais te voir cependant avant de mourir et Jéhovah m'a exaucé. Qu'Il en soit loué! Aujourd'hui je t'ai entendu au Temple. Tu surpasses Hillel, l'ancien, le sage. Je ne veux pas, même je ne peux douter que tu es Celui que mon cœur attend. Mais sais-tu ce que c'est que d'avoir bu pendant près de quatre-vingts ans la foi d'Israël comme elle est devenue pendant des siècles… d'élaboration humaine? Elle est devenue notre sang. Et je suis si vieux! T'entendre, c'est comme boire de l'eau qui sort d'une source fraîche. Oh! Oui! Une eau vierge! Mais moi… mais moi, je suis saturé de l'eau usée qui vient de si loin… que tant de choses ont alourdie. Comment ferai-je pour me débarrasser de cette saturation et te goûter, Toi?” “Croire en Moi et m'aimer. Il ne faut pas autre chose pour le juste Jonathas.” “Mais je mourrai bientôt! Arriverai-j e à temps pour croire tout ce que tu dis? Je n'arriverai même pas à suivre toutes tes paroles ou à les connaître de la bouche d'autrui. Et alors?” “Tu les apprendras au Ciel. Il n'y a que le damné qui meurt à la Sagesse, alors que celui qui meurt dans la grâce de Dieu arrive à la Vie et vit dans la Sagesse. Que crois-tu que je suis?” “Tu ne peux être que l'Attendu qu'a précédé le fils de mon ami Zacharie. L'as-tu connu?” “C'était mon parent.” “Oh! alors, tu es parent du Baptiste?” “Oui, prêtre.” “Lui est mort… et je ne peux dire: "Malheureux!" Car il est mort fidèle à la justice et après avoir accompli sa mission et parce que… Oh! les temps atroces que nous vivons! Ne vaut-il pas mieux revenir vers Abraham?” “Oui, mais il en viendra de plus atroces, prêtre.” “Tu dis? Rome, hein?” “Pas Rome seule. C'est Israël coupable qui en sera la première cause.” “C'est vrai. Dieu nous frappe. Nous le méritons. Mais pourtant même Rome… Tu as entendu parler des galiléens tués par Pilate pendant qu'ils accomplissaient un sacrifice. Leur sang s'est mélangé avec celui de la victime. Tout près de l'autel! Tout près de l'autel!” “Je l'ai appris.” Tous les galiléens sont révoltés par cette injustice. Ils crient: “C'est vrai qu'il s'agissait d'un faux Messie. Mais pourquoi tuer ses partisans, après l'avoir frappé, lui? Et pourquoi à ce moment-là? Ils étaient plus pécheurs, peut-être?” Jésus impose la paix, et puis il dit: “Vous vous demandez s'ils étaient plus pécheurs que tant d'autres galiléens et si c'est pour cela qu'ils ont été tués? Non, ils ne l'étaient pas. En vérité je vous dis qu'ils ont payé et que beaucoup d'autres paieront si vous ne vous convertissez pas au Seigneur. Si vous ne faites pas tous pénitence, vous périrez tous de la même façon, en Galilée et ailleurs. Dieu est indigné contre son peuple. Je vous le dis. Il ne faut pas croire que ceux qui sont frappés sont toujours les plus mauvais. Que chacun s'examine soi-même, qu'il se juge, lui, et pas les autres. Ces dix-huit aussi, sur lesquels est tombée la tour de Siloé qui les a tués, n'étaient pas les plus coupables de Jérusalem. Je vous le dis: faites, faites pénitence si vous ne voulez pas être écrasés comme eux, et même en votre esprit. Viens, prêtre d'Israël. La table est servie. Il t'appartient à toi, car le prêtre est toujours celui qu'il faut honorer pour l'Idée qu'il représente et rappelle, il t'appartient à toi, patriarche parmi nous, tous plus jeunes, d'offrir et de bénir.” “Non. Maître! Non! Je ne puis devant Toi! Tu es le Fils de Dieu!” “Tu offres bien l'encens devant l'autel! Et tu ne crois pas, peut-être, que Dieu est là?” “Oui, je le crois! De toutes mes forces!” “Et alors? Si tu ne crains pas de faire l'offrande devant la Gloire Très Sainte du Très-Haut, pourquoi veux-tu craindre devant la Miséricorde qui s'est revêtue de chair pour t'apporter, à toi aussi, la bénédiction de Dieu avant que vienne à toi la nuit? Oh! vous ne savez pas, vous d'Israël, que c'est justement pour que l'homme puisse approcher Dieu sans en mourir, que j'ai mis sur mon insoutenable Divinité le voile de la chair. Viens et crois, et sois heureux. En toi je vénère tous les prêtres saints, depuis Aaron jusqu'au dernier qui, avec justice, sera prêtre d'Israël, jusqu'à toi peut-être, parce qu'en vérité la sainteté sacerdotale languit parmi nous comme une plante qu'on a délaissée.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 7 juillet 2019, Quatorzième dimanche du temps ordinaire

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,1-12.17-20.
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : 'Paix à cette maison. ' S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l'on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu'on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : 'Le règne de Dieu est tout proche de vous. ' Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites : 'Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche. ' Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville. Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Vous, je vous ai donné pouvoir d'écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l'Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal. Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 4, Ch 278, p 403
  • Ancienne traduction : Tome 4, Ch 142, p 373     (CD 4 (2ème cd), piste 153)
Une fois les pauvres renvoyés après le repas, Jésus reste avec les apôtres et les disciples dans le jardin de Marie de Magdala. Ils vont s'asseoir à sa limite, justement près des eaux tranquilles du lac sur lequel font voile des barques occupées à la pêche. “Ils vont faire une bonne pêche” commente Pierre qui les observe. “Toi aussi, tu feras une bonne pêche, Simon de Jonas.” “Moi, Seigneur, quand? Tu veux que je sorte pour pêcher pour la nourriture de demain? J'y vais de suite et…” “Nous n'avons pas besoin de nourriture dans cette maison. La pêche que tu feras, c'est dans l'avenir, et dans le domaine spirituel. Et avec toi seront d'excellents pêcheurs, la plus grande partie de ceux-ci.” “Pas tous, Maître?” demande Mathieu. “Pas tous. Mais ceux qui en persévérant deviendront mes prêtres, feront bonne pêche.” “Des conversions, hein?” demande Jacques de Zébédée. “Conversions, pardons, retours à Dieu. Oh! tant de choses.” “Écoute, Maître. Tu nous as dit précédemment que si quelqu'un n'écoute pas son frère, pas même en présence de témoins, que la synagogue le reprenne. Maintenant, si j'ai bien compris ce que tu nous as dit, depuis que nous nous connaissons, il me semble que la synagogue sera remplacée par l'Église, cette chose que tu fonderas. Alors, où irons-nous pour conseiller les frères obstinés?” “Vous irez chez vous, parce que c'est vous qui serez mon Église. Par conséquent, les fidèles viendront à vous ou pour avoir un conseil pour eux-mêmes, ou pour donner un conseil à d'autres. Je vous dis davantage: non seulement vous pourrez donner des conseils, mais vous pourrez aussi absoudre en mon Nom. Vous pourrez délier des chaînes du péché et vous pourrez lier deux personnes qui s'aiment en en faisant une seule chair. Et ce que vous aurez fait, sera valide aux yeux de Dieu comme si Dieu Lui-même l'avait f ait. En vérité, je vous dis: ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au Ciel, ce que vous aurez délié sur la terre sera délié au Ciel. Et je vous dis encore, pour vous faire comprendre la puissance de mon Nom, à propos de l'amour fraternel et de la prière: si deux de mes disciples, et je considère maintenant comme tels tous ceux qui croiront au Christ, se réunissent pour demander quelque chose de juste en mon Nom, cela leur sera accordé par mon Père. Car c'est une grande puissance que la prière, une grande puissance que l'union fraternelle, une très grande, une infinie puissance que mon Nom et ma présence parmi vous. Et là où deux ou trois seront réunis en mon Nom, je serai au milieu d'eux et je prierai avec eux, et le Père ne refusera rien à ceux qui prient avec Moi. Car beaucoup n'obtiennent pas parce qu'ils prient seuls, ou pour des motifs illicites, ou par orgueil, ou avec le péché sur leur cœur. Faites-vous un cœur pur pour que je puisse être avec vous et puis priez, et vous serez écoutés.” Pierre est pensif. Jésus le voit et lui en demande la raison. Et Pierre explique: “Je réfléchis à quel grand devoir nous sommes destinés, et j'en ai peur, peur de ne pas savoir bien faire.” “En effet, Simon de Jonas ou Jacques d'Alphée ou Philippe ou d'autres ne sauraient pas bien faire, mais le prêtre Pierre, le prêtre Jacques, le prêtre Philippe ou Thomas, sauront bien faire parce qu'ils agiront en même temps que la Divine Sagesse.” “Et… combien de fois devrons-nous pardonner aux frères? Combien de fois s'ils pèchent contre les prêtres, et combien de fois s'ils pèchent contre Dieu? Parce que si cela se passe comme maintenant, certainement ils pécheront contre nous puisqu'ils pèchent contre Toi, tant et tant de fois. Dis-moi si je dois pardonner toujours ou un certain nombre de fois. Sept fois, ou plus encore, par exemple?” “Je ne te dis pas sept fois mais septante fois sept fois. Un nombre illimité. Car le Père des Cieux vous pardonnera à vous bien des fois, un grand nombre de fois, à vous qui devriez être parfaits. Et comme Il se comporte avec vous, vous devez aussi vous comporter parce que vous représenterez Dieu sur la terre. D'ailleurs, écoutez. Je vais vous raconter une parabole qui sera utile à tous.” Et Jésus, qui était entouré des seuls apôtres en un endroit enclos par des buis, se dirige vers les disciples qui sont, de leur côté, respectueusement groupés sur un emplacement agrémenté d'une vasque pleine d'une eau limpide. Le sourire de Jésus est comme un signal qu'il va parler. Et pendant que Lui va, de son pas lent et allongé, avec lequel il fait beaucoup de chemin en peu de temps, et donc sans hâte, eux se réjouissent tous, et comme des enfants autour de quelqu'un qui leur fait plaisir, ils l'entourent en formant un cercle. Une couronne de visages attentifs jusqu'à ce que Jésus se place contre un grand arbre et commence à parler. “Ce que J'ai d'abord dit au peuple doit être perfectionné pour vous qui êtes choisis parmi eux. Il m'a été demandé par l'apôtre Simon de Jonas: "Combien de fois je dois pardonner? A qui? Pourquoi?" Je lui ai répondu en particulier, et maintenant, je répète pour tous ma réponse parce qu'il est juste que vous le sachiez désormais. Écoutez combien de fois, et comment, et pourquoi il faut pardonner. Il faut pardonner comme Dieu pardonne Lui qui, si on pèche mille fois et si on s'en repent, pardonne mille fois, pourvu qu'Il voie que chez le coupable il n'y a pas la volonté de pécher, la recherche de ce qui fait pécher, mais si au contraire le péché n'est que le fruit d'une faiblesse de l'homme. Dans le cas où l'on persiste volontairement dans le péché, il ne peut y avoir de pardon pour les offenses à la Loi. Mais bien que ces fautes vous affligent vous, individuellement, pardonnez. Pardonnez toujours à qui vous fait du mal. Pardonnez pour être pardonnés, car vous aussi commettez des fautes contre Dieu et vos frères. Le pardon ouvre le Royaume des Cieux, tant à celui qui reçoit le pardon qu'à celui qui l'accorde. Cela ressemble à ce fait survenu entre un roi et ses serviteurs. Un roi voulut faire ses comptes avec ses serviteurs. Il les appela donc l'un après l'autre, en commençant par ceux du plus haut rang. Il en vint un qui lui devait dix mille talents, mais celui-ci n'avait pas de quoi payer les avances que le roi lui avait faites pour pouvoir se construire des maisons et pour des biens de tous genres. C'est qu'en réalité, pour des raisons plus ou moins justes, il n'avait pas employé avec beaucoup de soin la somme reçue pour ces projets. Le roi-maître, indigné de sa paresse et de son manque de parole, commanda qu'il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu'il avait jusqu'à ce qu'il eût payé sa dette. Mais le serviteur se jeta aux pieds du roi et il le priait avec des larmes et des supplications: "Laisse-moi aller. Aie encore un peu de patience et je te rendrai tout ce que je te dois, jusqu'au dernier denier". Le roi ému par tant de douleur - c'était un bon roi - non seulement consentit à sa demande mais, ayant su que parmi les causes de son peu de soin et de l'inobservation des échéances, il y avait aussi les maladies, en arriva à lui faire remise de sa dette. Le sujet s'en alla heureux. En sortant de là pourtant, il trouva sur son chemin un autre sujet, un pauvre sujet auquel il avait prêté cent deniers pris sur les dix mille talents qu'il avait eus du roi. Persuadé de la faveur du souverain, il se crut tout permis et, ayant saisi le malheureux à la gorge, il lui dit: "Rends-moi, tout de suite, ce que tu me dois". Inutilement l'homme se courba en pleurant pour lui baiser les pieds, en gémissant: "Aie pitié de moi qui aie tant de malheurs. Aie encore un peu de patience et je te rendrai tout jusqu'à la dernière piécette". Le serviteur impitoyable appela les soldats et fit conduire le malheureux en prison pour le décider à le payer, sous peine de perdre la liberté ou même la vie. La chose fut connue par les amis du malheureux, qui, tout contristés, allèrent la rapporter au roi et maître. Ce dernier, informé, ordonna de lui amener le serviteur impitoyable, et le regardant sévèrement, il lui dit: "Mauvais serviteur, moi je t'avais aidé précédemment pour que tu deviennes miséricordieux puisque je t’avais rendu riche et que je t'ai aidé encore en te remettant ta dette pour laquelle tu m'avais tant demandé de patienter. Tu n'as pas eu pitié d'un de tes semblables, alors que moi, le roi, j'en avais tant eu pour toi. Pourquoi n'as tu pas fait ce que j'ai fait pour toi?" Et, indigné, il le remit aux gardiens de prison pour qu'ils le gardassent jusqu'à ce qu'il eût tout payé, en disant: "Comme il n'a pas eu pitié de quelqu'un qui lui devait bien peu, alors que moi qui suis roi ai eu tant pitié de lui, de la même façon qu'il ne bénéficie pas de ma pitié". De la même façon mon Père agira avec vous si vous êtes impitoyables pour vos frères, si vous, ayant tant reçu de Dieu, devenez coupables plus que ne l'est un fidèle. Rappelez-vous que vous avez l'obligation d'être plus que tous les autres sans faute. Rappelez-vous que Dieu vous avance un grand trésor mais Il veut que vous Lui en rendiez compte. Rappelez-vous que personne comme vous ne doit savoir pratiquer l'amour et le pardon. Ne soyez pas des serviteurs qui, pour vous, exigez beaucoup et puis ne donnez rien à ceux qui vous demandent. Comme vous faites, ainsi on vous fera. Et il vous sera demandé compte aussi de la conduite des autres entraînés au bien ou au mal par votre exemple. Oh! en vérité, si vous êtes des sanctificateurs, vous posséderez une gloire immense dans les Cieux! Mais de la même façon, si vous êtes causes de la perversion ou même seulement paresseux dans le travail de sanctification, vous serez durement punis. Je vous le dis encore une fois: si quelqu'un de vous ne se sent pas le courage d'être victime de sa propre mission, qu'il s'en aille. Mais qu'il n'y manque pas. Et je dis qu'il n'y manque pas dans les choses vraiment ruineuses pour sa propre formation et celle d'autrui. Et qu'il sache avoir Dieu pour ami, en ayant toujours au cœur le pardon pour les faibles. Alors voilà qu'à chacun de vous qui sait pardonner, il sera, par le Dieu Père, donné le pardon. Le séjour est terminé. Le temps des Tabernacles est proche. Ceux auxquels j'ai parlé en particulier ce matin, à partir de demain iront en me précédant et en m'annonçant aux populations. Que ceux qui restent ne se découragent pas. J'ai gardé certains d'entre eux pour une raison de prudence, non par mépris à leur égard. Ils vont rester avec Moi, et bientôt je les enverrai comme j'envoie les septante-deux premiers. La moisson est abondante, et les ouvriers sont toujours peu nombreux pour le travail à faire. Il y aura donc du travail pour tous. Et ils n'y suffiront pas encore. Donc, sans jalousie, priez le Maître de la moisson qu'Il envoie toujours de nouveaux ouvriers pour sa moisson. Pour le moment, allez. Les apôtres et Moi, en ces jours de repos, nous avons complété votre instruction pour le travail que vous avez à faire, en répétant ce que j'ai dit avant d'envoyer les douze. L'un de vous m'a demandé: "Mais comment je guérirai en ton nom?" Guérissez d'abord l'esprit. Promettez aux infirmes le Royaume de Dieu s'ils savent croire en Moi et, après avoir vu en eux la foi, commandez à la maladie de s'en aller, et elle s'en ira. Et agissez ainsi pour ceux qui ont l'esprit malade. Allumez tout d'abord la Foi. Par une parole assurée communiquez l'Espérance. Je viendrai à mon tour mettre en eux la divine Charité, comme je l'ai mise dans votre cœur après que vous avez cru en Moi et espéré en ma Miséricorde. Et n'ayez peur ni des hommes ni du démon. Ils ne vous feront pas de mal. Les seules choses que vous devez craindre, ce sont la sensualité, l'orgueil, la cupidité. Par elles, vous pourriez vous livrer à Satan et aux hommes-satans, qui existent aussi. Allez donc en me précédant sur les routes du Jourdain. Arrivés à Jérusalem, allez rejoindre les bergers dans la vallée de Bethléem, et venez me trouver avec eux à l'endroit que vous savez. Ensemble, nous célébrerons la fête sainte en revenant ensuite plus affermis que jamais à notre ministère. Allez avec la paix. Je vous bénis au Nom Saint du Seigneur.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 30 juin 2019, Treizième dimanche du temps ordinaire

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,51-62.
Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem. Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Mais Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village. En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 9, Ch 575, p 207
  • Ancienne traduction : Tome 8, Ch 36, p 312     (CD 8, piste 114)
Tersa est tellement environnée d'oliveraies luxuriantes qu'il faut en être bien proche pour remarquer que la ville est là. Une enceinte de jardins potagers d'une fertilité merveilleuse fait pour les maisons un dernier abri contre le vent. Dans les jardins, la chicorée, les salades, les légumes, les jeunes plantes de cucurbitacées, les arbres fruitiers, les tonnelles, fondent et entrelacent leurs verts de nuances variées. Les fleurs apportent la promesse des fruits et les petits fruits promettent leurs délices. Les petites fleurs de la vigne et celles des oliviers plus précoces pleuvent, au passage d'un petit vent plutôt énergique, et saupoudrent le sol d'une neige blanche verte. De derrière un rideau de roseaux et de saules qui ont poussé près d'un canal desséché mais au fond encore humide, en entendant le bruit des pas de ceux qui arrivent, émergent les huit apôtres envoyés en avant précédemment. Ils sont visiblement inquiets et affligés et font signe de s'arrêter. Ils courent en avant. Quand ils sont assez proches pour qu'on puisse les entendre sans qu'ils aient besoin de crier, ils disent: “En allez-vous! En allez-vous! En arrière, dans la campagne. On ne peut entrer dans la ville. Pour un peu ils nous lapideraient. Écartez-vous, là, dans ce bosquet et nous allons parler…” Ils poussent en arrière dans le fond du canal desséché Jésus, les trois apôtres, le garçon, les femmes, impatients de s'éloigner sans être vus, et ils disent: “Qu'on ne nous voie pas ici. Partons! Partons!” Inutilement Jésus, Jude et les deux fils de Zébédée cherchent à savoir ce qui est arrivé. Inutilement ils disent: “Mais Judas de Simon? Mais Élise?” Les huit ne veulent rien entendre. Marchant dans le fouillis des tiges et des plantes aquatiques, les pieds lacérés par les joncs, frappés au visage par les saules et les roseaux, glissant sur la vase du fond, s'accrochant aux herbes, s'appuyant aux bords, se couvrant de boue, ils s'éloignent ainsi, poussés par derrière par les huit qui marchent avec la tête presque tournée pour voir si de Tersa il sort quelqu'un à leur poursuite. Mais sur la route il n'y a que le soleil qui commence le crépuscule, et un chien maigre qui erre. Finalement ils sont près d'un fourré de ronces qui sert de limite à une propriété. Derrière le fourré, un champ de lin dont le vent fait onduler les hautes tiges qui commencent à sortir leurs fleurs de couleur bleu ciel. “Là, là-dedans. En restant assis, personne ne nous verra, et à la tombée de la nuit nous partirons…” dit Pierre en essuyant sa sueur…” “Où?” demande Jude d'Alphée. “Nous avons les femmes.” “Nous irons n'importe où. Du reste les prés sont pleins de foin coupé, cela fera un lit. Pour les femmes, nous ferons des tentes avec nos manteaux et nous veillerons.” “Oui. Il suffit de ne pas être vus et de descendre à l'aube vers le Jourdain. Tu avais raison, Maître, de ne pas vouloir la route de Samarie. Pour nous qui sommes pauvres, il vaut mieux les voleurs que les samaritains!…” dit Barthélemy encore hors d'haleine. “Mais qu'est-il arrivé en somme? C'est Judas qui a fait quelque…” dit le Thaddée. Thomas l'interrompt: “Judas a reçu certainement des coups. J'en suis fâché pour Élise…” “Tu as vu Judas?” “Moi, non. Mais il est facile d'être prophètes. S'il s'est dit ton apôtre, certainement il a été frappé. Maître, ils ne veulent pas de Toi.” “Oui, ils se sont tous révoltés contre Toi.” “Ce sont de vrais samaritains.” Ils parlent tous ensemble. Jésus impose le silence à tous et il dit: “Qu'un seul parle. Toi, Simon le Zélote, qui es le plus calme.” “Seigneur, c'est vite dit. Nous sommes entrés dans la ville, et personne ne nous a dérangés tant qu'ils n'ont pas su qui nous sommes, tant qu'ils ont cru que nous étions des pèlerins de passage. Mais nous avons demandé - il fallait bien le faire - si un homme jeune, grand, brun, vêtu de rouge et avec un taleth à bandes rouges et blanches, accompagné d'une femme âgée, maigre, avec des cheveux plutôt blancs que noirs et un vêtement gris très foncé, étaient entrés dans la ville et s'ils avaient cherché le Maître galiléen et ses compagnons. Alors ils se sont fâchés tout de suite… Peut-être nous n'aurions pas dû parler de Toi. Nous nous sommes certainement trompés… Mais dans les autres endroits nous avions été accueillis si bien que… Je ne comprends pas ce qui est arrivé!… Ils semblaient des vipères ceux qui, il y a seulement trois jours, étaient respectueux avec Toi!…” Le Thaddée l'interrompt: “Travail de juifs…” “Je ne crois pas. Je ne le crois pas à cause des reproches qu'ils nous ont fait et de leurs menaces. Moi, je crois… Ou plutôt je suis sûr, nous sommes sûrs que la cause de la colère des samaritains c'est que Jésus a repoussé leur offre de protection. Ils criaient: "Partez! Partez! Vous et votre Maître! Il veut aller adorer sur le Moriah. Qu'il y aille, et qu'il meure, Lui et tous les siens. Il n'y a pas de place parmi nous pour ceux qui ne nous considèrent pas comme amis, mais seulement comme des serviteurs. Nous ne voulons pas d'autres ennuis si ce n'est pas compensé par le profit. Des pierres au lieu de pain pour le Galiléen, les chiens pour l'attaquer au lieu de maisons pour l'accueillir". Ainsi parlaient-ils et ils en disaient davantage. Et comme nous insistions pour savoir au moins ce qu'il en était de Judas, ils ont pris des pierres pour nous frapper et ils ont réellement lancés les chiens. Et ils criaient entre eux: "Mettons-nous près de toutes les entrées. Si Lui vient, nous nous vengerons". Nous avons fui. Une femme - il y a toujours quelqu'un de bon, même parmi les mauvais - nous a poussés dans son jardin et de là nous a conduits par un sentier entre les jardins jusqu'au canal qui était sans eau, car on avait irrigué avant le sabbat et elle nous a cachés là. Et puis elle nous a promis de nous donner des nouvelles de Judas. Mais elle n'est plus venue. Mais attendons-la ici, car elle a dit que si elle ne nous trouve pas dans le canal, elle viendra ici.” Il y a de nombreux commentaires. Certains continuent d'accuser les juifs. Certains font à Jésus un léger reproche, un reproche voilé sous les mots: “Tu as parlé trop clairement à Sichem et puis tu t'es éloigné. Pendant ces trois jours, ils ont décidé qu'il est inutile qu'ils s'illusionnent et qu'ils se fassent tort pour quelqu'un qui ne les satisfait pas… et ils te chassent…” Jésus répond: “Je ne me repens pas d'avoir dit la vérité et de faire mon devoir. Maintenant ils ne comprennent pas. D'ici peu, ils comprendront ma justice et me vénéreront plus que si je ne l'avais pas respectée, et qui est plus grande que l'amour que j'ai pour eux.” “Voilà! Voilà la femme sur la route. Elle ose se faire voir…” dit André. “Ne va-t-elle pas nous trahir, hein?” dit Barthélemy soupçonneux. “Elle est seule!” “Elle pourrait être suivie par des gens cachés dans le canal…” Mais la femme, qui avance avec un panier sur la tête, continue sa route et dépasse les champs de lin où attendent Jésus et les apôtres et puis elle prend un sentier et disparaît… pour réapparaître à l'improviste derrière ceux qui l'attendent et qui se retournent presque effrayés en entendant le froissement des herbes. La femme parle aux huit qu'elle connaît: “Voilà! Pardonnez-moi si je vous ai fait beaucoup attendre… Je ne voulais pas qu'on me suive. J'ai dit que j'allais chez ma mère… Je sais… Et j'ai apporté ici de quoi vous restaurer. Le Maître… Qui est-ce? Je veux le vénérer.” “Voici le Maître.” La femme, qui a déposé son panier, se prosterne en disant: “Pardonne la faute de mes concitoyens. S'il n'y avait pas eu des gens pour les exciter… Mais ils en ont influencé un grand nombre à propos de ton refus…” “Je n'ai pas de rancœur, femme. Lève-toi et parle. As-tu des nouvelles de mon apôtre et de la femme qui était avec lui?” “Oui. Chassés comme des chiens, ils sont en dehors de la ville, de l'autre côté, attendant qu'il fasse nuit. Ils voulaient revenir vers Enon pour te chercher. Ils voulaient venir ici, sachant que leurs compagnons y étaient. J'ai dit que non, qu'ils ne le fassent pas. Qu'ils restent tranquilles et que je vous conduirai vers eux et je le ferai dès le crépuscule. Par un heureux hasard, mon époux est absent et je suis libre de quitter la maison. Je vous conduirai chez une de mes sœurs, mariée sur les terres de la plaine. Vous dormirez là sans dire qui vous êtes, pas à cause de Mérod, mais à cause des hommes qui sont avec elle. Ce ne sont pas des samaritains: ils sont de la Décapole, établis ici. Mais il vaut mieux…” “Que Dieu te récompense. Les deux disciples ont-ils été blessés?” “L'homme un peu. La femme pas du tout. Et certainement le Très-Haut l'a protégée car elle, fièrement, a protégé son fils de sa personne quand les habitants ont pris des pierres. Oh! quelle femme courageuse! Elle criait: "C'est ainsi que vous frappez quelqu'un qui ne vous a pas offensés? Et vous ne me respectez pas, moi qui le défends et qui suis mère? N'avez-vous pas de mères, vous tous qui ne respectez pas quelqu'une qui a engendré? Êtes-vous nés d'une louve, ou bien vous êtes vous faits de boue et de fumier?" et elle regardait les agresseurs en tenant son manteau ouvert pour défendre l'homme et, pendant ce temps, elle reculait en le poussant hors de la ville… Et maintenant encore elle le réconforte en disant: "Que le très-Haut veuille, ô mon Judas, faire de ce sang répandu pour le Maître un baume pour ton cœur". Mais il est peu blessé. L'homme a peut-être plus de peur que de mal. Mais maintenant prenez et mangez. Pour les femmes il y a du lait qu'on vient de traire et du pain avec du fromage et des fruits. Je n'ai pas pu cuire de la viande, j'aurais trop tardé. Ici il y a du vin pour les hommes. Mangez, pendant que le soir descend puis, par des chemins sûrs, nous irons trouver les deux, et ensuite chez Mérod.” “Que Dieu te récompense encore” dit Jésus et il offre et distribue la nourriture, en mettant de côté deux parts pour ceux qui sont éloignés. “Non. Non. J'ai pensé à eux et leur ai porté sous mes vêtements des œufs et du pain, avec un peu de vin et d'huile pour les blessures. Mangez, pendant que je surveille la route…” Ils mangent, mais l'indignation dévore les hommes, et les femmes accablées sont nonchalantes. Toutes, sauf Marie de Magdala. Ce qui effraie et humilie les autres a toujours pour elle l'effet d'une liqueur qui excite les nerfs et son courage. Les yeux lancent des éclairs vers la ville hostile. Seule la présence de Jésus qui a déjà dit de ne pas avoir de rancœur, retient des paroles méprisantes. Ne pouvant parler ni agir, elle déverse sa colère sur le pain innocent qu'elle mord d'une manière tellement significative que le Zélote ne peut se retenir de lui dire en souriant: “Heureusement pour les gens de Tersa qu'ils ne peuvent tomber entre tes mains! Tu ressembles à un fauve enchaîné, Marie!” “J'en suis un. Tu as vu juste. Et aux yeux de Dieu j'ai plus de mérite de me retenir d'entrer là-bas, comme ils le méritent, que pour tout ce que j'ai fait jusqu'ici pour expier.” “Brave, Marie! Dieu t'a pardonné des fautes plus grandes que la leur.” “C'est vrai. Eux t'ont offensé, toi, mon Dieu, une fois, et suggestionnés par autrui. Et moi… de nombreuses fois… et par ma propre volonté… et je ne puis être intransigeante ni orgueilleuse…” Elle rebaisse les yeux sur son pain sur lequel tombent deux larmes. Marthe lui met la main sur les genoux en lui disant à voix basse: “Dieu t'a pardonnée. Ne te mortifie plus… Rappelle-toi ce que tu as eu: notre Lazare…” “Je ne me mortifie pas. C'est de la reconnaissance, c'est de l'émotion… Et la constatation que je n'ai pas encore cette miséricorde que j'ai si largement reçue… Pardonne-moi, Rabboni!” dit-elle en levant ses yeux splendides auxquels l'humilité a rendu leur douceur. “On ne refuse jamais le pardon à qui est humble de cœur, Marie.” Le soir descend, en teintant l'air d'une nuance délicate de violet. Les choses un peu éloignées se confondent. Les tiges de lin dont la grâce était si visible, se fondent à présent en une masse sombre. Les oiseaux se taisent dans les feuillages. La première étoile s'allume. La première cigale fait retentir son crissement dans l'air. C'est le soir. “Nous pouvons aller. Ici, dans les champs, on ne nous verra pas. Venez avec assurance. Je ne vous trahis pas. Je ne le fais pas pour en tirer profit. Je demande seulement au ciel la pitié, car de pitié, nous en avons tous besoin” dit la femme en soupirant. Ils se lèvent, ils la suivent. Ils passent au large de Tersa, au milieu des champs et des jardins déjà obscurs, mais pas assez loin pour ne pas voir les hommes autour des feux au point de départ des routes… “Ils nous guettent…” dit Mathieu. “Maudits!” siffle Philippe entre ses dents. Pierre ne parle pas, mais il agite ses bras vers le ciel dans un appel ou une protestation muette. Mais Jacques et Jean de Zébédée qui se sont parlé sans arrêt là-bas, un peu en avant des autres, reviennent sur leurs pas pour dire: “Maître, si Toi, à cause de la perfection de ton amour, tu ne veux pas recourir au châtiment, veux-tu que nous le fassions? Veux-tu que nous disions au feu du ciel de descendre et de consumer ces pécheurs? Tu nous as dit que nous pouvions tout ce que nous demandions avec foi et…” Jésus qui marchait un peu penché, comme s'il était fatigué, se redresse brusquement et les foudroie de deux regards qui étincellent à la lumière de la lune. Les deux reculent en silence, effrayés devant ce regard. Jésus, en les fixant toujours ainsi, leur dit: “Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes mais pour les sauver. Vous ne vous rappelez pas ce que je vous ai dit? J'ai dit dans la parabole du bon grain et de l'ivraie: "Pour l'instant laissez le bon grain et l'ivraie croître ensemble, car à vouloir les séparer maintenant, vous risqueriez d'arracher le bon grain avec l'ivraie. Laissez-les donc jusqu'à la moisson. Au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: ramassez maintenant l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler et rentrez le bon grain dans mon grenier".” Jésus a déjà modéré son indignation envers les deux qui, à cause d'une colère qu'avait suscitée leur amour pour lui, demandaient de punir ceux de Tersa et qui maintenant se tiennent tête basse devant Lui. Il les prend par le coude, l'un à droite, l'autre à gauche, et se remet en route en les conduisant ainsi et en parlant à tous qui s'étaient serrés autour de Lui quand il s'était arrêté. “En vérité, je vous dis que le temps de la moisson est proche, ma première moisson, et pour beaucoup, il n'y en aura pas une seconde. Mais - louons-en le Très-Haut -certains qui dans mon temps n'ont pas su devenir épi de bon grain, après la purification du sacrifice pascal renaîtront avec une âme nouvelle. Jusqu'à ce jour, je ne m'acharnerai contre personne… Après ce sera la justice…” “Après la Pâque?” demande Pierre. “Non. Après le temps. Je ne parle pas de ces hommes, de maintenant. Je regarde les siècles futurs. L'homme ne cesse de se renouveler comme les moissons dans les champs, et les récoltes se suivent. Et Moi, je laisserai ce qu'il faut pour que ceux qui viendront à l'avenir puissent se faire bon grain. S'ils ne le veulent pas, à la fin du monde, mes anges sépareront l'ivraie du bon grain. Alors ce sera le Jour éternel de Dieu seul. Pour l'instant, dans le monde, c'est le jour de Dieu et de Satan. Le Premier semant le Bien, le second jetant parmi les semences de Dieu son ivraie de damnation, ses scandales, ses iniquités, ses semences qui font naître l'iniquité et les scandales. Car toujours il y aura des gens pour exciter contre Dieu, comme ici, avec ceux-ci qui, en vérité, sont moins coupables que ceux qui les poussent au mal.” “Maître, chaque année on se purifie à la Pâque des Azymes, mais toujours on reste ce qu'on était. Est-ce que peut-être ce sera différent cette année?” demande Mathieu. “Très différent.” “Pourquoi? Explique-nous.” “Demain… Demain, ou quand nous serons en route, et que Judas de Simon sera avec nous, je vous le dirai.” “Oh! oui. Tu nous le diras et nous nous rendrons meilleurs… En attendant, pardonne-nous, Jésus” dit Jean. “Je vous ai bien appelé par votre vrai nom. Mais le tonnerre ne fait pas de mal. La foudre, oui, peut tuer. Pourtant souvent le tonnerre annonce la foudre. Ainsi en arrive-t-il à celui qui n'enlève pas de son esprit tout désordre contre l'amour. Aujourd'hui il demande de pouvoir punir. Demain il punit sans demander. Après -demain il punit même sans raison. Il est facile de descendre… Aussi je vous dis de vous dépouiller de toute dureté de cœur envers votre prochain. Faites comme je fais, et vous serez sûrs de ne pas vous tromper. M'avez-vous peut-être jamais vu me venger de quelqu'un qui m'afflige?” “Non, Maître. Tu…” “Maître! Maître! Nous sommes ici, Élise et moi. Oh! Maître, quel souci pour Toi! Et quelle peur de mourir…” dit Judas de Kériot en débouchant de derrière des rangs de vigne et en courant vers Jésus. Une bande lui entoure le front. Élise, plus calme, le suit. “Tu as souffert? Tu as craint de mourir? La vie t'est-elle tellement chère?” demande Jésus en se dégageant de Judas qui l'embrasse et pleure. “Pas la vie. Je craignais Dieu. Mourir sans ton pardon… Je ne cesse pas de t'offenser. J'offense tout le monde. Même elle… Et elle m'a répondu en me servant de mère. Je me suis senti coupable et j'ai craint la mort…” “Oh! crainte salutaire, si elle peut te rendre saint! Mais moi, je te pardonne, toujours, tu le sais. Il suffit que tu aies la volonté de te repentir. Et toi, Élise, as-tu pardonné?” “C'est un grand enfant déchaîné. Je sais être indulgente.” “Tu as été courageuse, Élise. Je le sais.” “Si elle n'avait pas été là! Je ne sais pas si je t'aurais revu, Maître!” “Tu vois donc que ce n'est pas par haine, mais par amour qu'elle était restée près de toi… N'as-tu pas été blessée, Élise?” “Non, Maître. Les pierres tombaient tout autour de moi sans me blesser, mais mon cœur a été très angoissé en pensant à Toi…” “Tout est fini désormais. Suivons la femme qui veut nous conduire dans une maison sûre.” Ils se remettent en route en prenant un petit chemin éclairé par la lune… qui s'en va vers l'orient. Jésus a pris l'Iscariote par le bras et il est en avant avec lui. Il lui parle doucement. Il essaie de travailler son cœur secoué par la peur passée du jugement de Dieu: “Tu vois, Judas, comme il est facile de mourir. La mort est toujours aux aguets autour de nous. Tu vois comme ce qui nous paraît une chose négligeable quand nous sommes pleins de vie devient une chose grande, effroyablement grande, quand la mort nous effleure. Mais pourquoi vouloir avoir ces peurs, se les créer pour les trouver en face de soi au moment de mourir, alors qu'avec une vie sainte, on peut ignorer l'épouvante du proche jugement de Dieu? Ne te semble-t-il pas qu'il vaut la peine de vivre en juste pour avoir une mort tranquille? Judas, mon ami, la divine, paternelle miséricorde a permis cet événement pour qu'il fût un appel à ton cœur. Il est encore temps pour. toi, Judas… Pourquoi ne veux-tu pas donner à ton Maître qui va mourir la grande, la très grande joie de te savoir revenu au Bien?” “Mais peux-tu encore me pardonner, Jésus?” “Et te parlerais-je ainsi, si je ne le pouvais pas? Comme tu me connais peu encore! Moi, je te connais. Je sais que tu es comme quelqu'un qui est saisi par une pieuvre géante. Mais si tu voulais, tu pourrais encore te libérer. Oh! tu souffrirais, certainement. T'arracher à ces chaînes qui te mordent et t'empoisonnent serait douloureux. Mais après quelle joie, Judas! Tu crains de ne pas avoir la force de réagir contre ceux qui te suggestionnent? Moi, je puis t'absoudre à l'avance du péché de transgression du rite pascal… Tu es un malade. Pour les malades, la Pâque n'est pas obligatoire. Personne n'est plus malade que toi. Tu es comme un lépreux. Les lépreux ne montent pas à Jérusalem, tant qu'ils sont tels. Crois, Judas, que de comparaître devant le Seigneur avec un esprit immonde tel que le tien, ce n'est pas l'honorer, mais l'offenser. Il faut d'abord…” “Pourquoi, alors, ne me purifies-tu pas et ne me guéris-tu pas?” demande Judas, déjà dur, récalcitrant. “Je ne te guéris pas! Quand quelqu'un est malade, il cherche à se guérir par lui-même, à moins que ce ne soit un tout petit ou un sot qui ne sait pas vouloir…” “Traite-moi comme de telles personnes. Traite-moi en sot, et pourvois Toi-même, à mon propre insu.” “Ce ne serait pas juste, parce que tu peux vouloir. Tu sais ce qui est bien et ce qui est mal pour toi. Et il ne servirait à rien que je te guérisse sans ta volonté de rester guéri.” “Donne-la-moi aussi.” “Te la donner? T'imposer alors une volonté bonne? Et ton libre arbitre? Que deviendrait-il alors? Que serait ton moi d'homme, de créature libre? Succube?” “Comme je suis succube de Satan, je pourrais l'être de Dieu!” “Comme tu me blesses, Judas! Comme tu transperces mon cœur! Mais pour ce que tu me fais, je te pardonne… Succube de Satan, as-tu dit. Moi, je ne disais pas cette chose redoutable…” “Mais tu la pensais parce qu'elle est vraie et que tu la connais, s'il est vrai que tu lis dans les cœurs des hommes. S'il en est ainsi, tu sais que je ne suis plus libre de moi… Il m'a pris et…” “Non. Il s'est approché de toi, en te tentant, en t'essayant, et tu l'as accueilli. Il n'y a pas de possession s'il n'y a pas au début une adhésion à quelque tentation satanique. Le serpent insinue sa tête entre les barreaux serrés mis pour défendre les cœurs, mais il n'entrerait pas si l'homme ne lui élargissait pas un passage pour admirer son aspect séducteur, pour l'écouter, pour le suivre… Alors seulement l'homme devient succube, possédé, mais parce qu'il le veut. Dieu aussi flèche des cieux les lumières très douces de son paternel amour, et ses lumières pénètrent en nous. Ou plutôt: Dieu, à qui tout est possible, descend dans le cœur des hommes. C'est son droit. Pourquoi alors l'homme qui sait qu'il devient esclave, succube de l'Horrible, ne sait-il pas se rendre serviteur de Dieu, ou plutôt fils de Dieu, et pourquoi chasse-t-il son Père très Saint? Tu ne me réponds pas? Tu ne me dis pas pourquoi tu as préféré Satan à Dieu, pourquoi tu as voulu Satan? Mais il serait encore temps pour te sauver! Tu sais que je vais à la mort. Personne ne le sait comme toi… Je ne refuse pas de mourir… Je vais. Je vais à la mort, parce que ma mort sera la Vie pour tant d'hommes. Pourquoi ne veux-tu pas être de ceux-ci? Est-ce que ce sera pour toi seulement, mon ami, mon pauvre ami malade, que ma mort sera inutile?” “Elle sera inutile pour tant de gens, ne te fais pas d'illusions. Tu ferais mieux de fuir et de vivre loin d'ici, de jouir de la vie, d'enseigner ta doctrine, car elle est bonne, mais ne pas te sacrifier.” “Enseigner ma doctrine! Mais qu'est-ce que j'enseignerais désormais de vrai, si je faisais le contraire de ce que j'enseigne? Quel Maître serais-je si je prêchais l'obéissance à la volonté de Dieu et ne la faisais pas? L'amour des hommes, et qu'ensuite je ne les aimais pas? Le renoncement à la chair et au monde et qu'ensuite j'aimais ma chair et les honneurs du monde, le refus de donner le scandale et qu'ensuite je scandalisais non seulement les hommes, mais les anges? C'est Satan qui parle par toi en ce moment, comme il a parlé à Ephraïm, comme tant de fois il a parlé et agi, par ton intermédiaire, pour me troubler. Je les reconnais toutes ces actions de Satan, accomplies grâce à toi, et je ne t'ai pas haï, je n'ai pas éprouvé de lassitude de toi, mais seulement de la peine, une peine infinie. Comme une mère qui suit les progrès d'un mal qui amène son fils à la mort, j'ai observé la progression du mal en toi. Comme un père qui ne regrette rien pourvu qu'il trouve des remèdes pour son fils malade, Moi je n'ai rien épargné pour te sauver, j'ai surmonté les répugnances, les indignations, les amertumes, les découragements… Comme un père et une mère désolés, désillusionnés de toute puissance terrestre, se tournent vers le Ciel pour obtenir la vie d'un fils, ainsi j'ai gémi et je gémis pour implorer un miracle qui te sauve, te sauve, te sauve sur le bord de l'abîme qui déjà s'ouvre sous tes pieds. Judas, regarde-moi! Sous peu mon Sang sera répandu pour les péchés des hommes. Il ne m'en restera pas une goutte. Le boiront la terre, les pierres, les herbes, les vêtements de mes persécuteurs et les miens… le bois, le fer, les cordes, les épines du nabacà… et le boiront les esprits qui attendent le salut… Est-ce que toi seul tu ne veux pas le boire? Moi, pour toi seul, je donnerais tout le Sang que j'ai. Tu es mon ami. Comme on meurt volontiers pour l'ami! Pour le sauver! On dit: "Je meurs, mais je continuerai de vivre dans l'ami auquel j'ai donné la vie". Comme une mère, comme un père qui continuent de vivre dans leur descendance même après qu'ils se sont éteints. Judas, Moi, je t'en supplie! Je ne demande rien d'autre en cette veille de ma mort. Au condamné, les juges eux-mêmes, même les ennemis accordent une ultime grâce, exaucent le dernier désir. Moi, je te demande de ne pas te damner. Je ne le demande pas tant au Ciel qu'à toi, à ta volonté… Pense à ta mère, Judas. Que sera ta mère, ensuite? Que sera le nom de ta famille? Je fais appel à ton orgueil, il est plus fier que jamais, pour te défendre contre ton déshonneur. Ne te déshonore pas, Judas. Réfléchis. Les années passeront et les siècles, les royaumes et les empires tomberont, les étoiles perdront leur éclat, la configuration de la Terre changera, et tu seras toujours Judas, comme Caïn est toujours Caïn, si tu persistes dans ton péché. Les siècles auront une fin et il restera seulement le Paradis et l'Enfer. Dans le Paradis et dans l'Enfer, pour les hommes ressuscités et accueillis âmes et corps, pour l'éternité, là où il est juste qu'ils soient, tu seras toujours Judas, le maudit, le plus grand coupable, si tu ne te repens pas. Je descendrai pour libérer les esprits des Limbes, je les tirerai en foules du Purgatoire, et toi… je ne pourrai t'attirer où je suis… Judas, je vais mourir, j'y vais heureux, car elle est venue l'heure que j'attendais depuis des millénaires: l'heure de réunir les hommes à leur Père. Il y en a beaucoup que je ne réunirai pas. Mais le nombre des sauvés que je contemplerai en mourant me consolera du déchirement de mourir inutilement pour un si grand nombre. Mais, c'est Moi qui te le dis, il sera terrible de te voir parmi ces derniers, toi, mon apôtre, mon ami. Ne me donne pas cette inhumaine douleur!… Je veux te sauver, Judas. Te sauver. Regarde. Nous descendons au fleuve. Demain, à l'aube, quand tous dorment encore, nous le passerons, nous deux, et tu iras à Bozra, à Arbela, à Aëra, où tu veux. Tu connais les maisons des disciples. À Bozra, cherche Joachim et Marie, la lépreuse que j'ai guérie. Je te donnerai un écrit pour eux. Je dirai que pour ta santé, il te faut un repos tranquille dans un air différent. Et c'est la vérité, malheureusement, puisque tu as l'esprit malade et l'air de Jérusalem te serait mortel. Mais eux croiront qu'il s'agit de ton corps. Tu resteras là jusqu'à ce que je vienne t'en tirer. À tes compagnons, Moi, j'y penserai… Mais ne viens pas à Jérusalem. Tu vois? Je n'ai pas voulu des femmes, sauf des plus courageuses parmi elles, et celles qui par leur droit de mère doivent être près de leurs enfants.” “La mienne aussi?” “Non. Marie ne sera pas à Jérusalem…” “C'est la mère d'un apôtre, elle aussi, et elle t'a toujours honoré.” “Oui, elle aurait le droit comme les autres d'être près de Moi, elle qui m'aime avec une parfaite justice. Mais c'est justement pour cela qu'elle n'y sera pas. Parce que je lui ai dit de ne pas y être, et elle sait obéir.” “Pourquoi ne doit-elle pas y être? Qu'a-t-elle de différent de la mère de tes frères et de celle des fils de Zébédée?” “Toi. Et tu sais pourquoi je te le dis. Mais si tu m'écoutes, si tu vas à Bozra, j'enverrai prévenir ta mère et je la ferai accompagner pour qu'elle, qui est si bonne, t'aide à guérir. Crois-le: nous seuls t'aimons ainsi, sans mesure. Ils sont trois qui t'aiment dans le Ciel: le Père, le Fils, l'Esprit Saint, qui t'ont contemplé et qui attendent ta décision pour faire de toi la gemme de la Rédemption, la proie la plus grande arrachée à l'Abîme; et ils sont trois sur la Terre: ta mère, ma Mère et Moi. Rends-nous heureux, Judas! Nous du Ciel, nous de la Terre, ceux qui t'aiment d'un amour véritable.” “Tu le dis: il n'y en a que trois qui m'aiment; les autres… non.” “Pas comme nous, mais ils t'aiment tant. Élise t'a défendu. Les autres étaient inquiets pour toi. Quand tu es éloigné, tous te portent dans leur cœur et ont ton nom sur leurs lèvres. Tu ne connais pas tout l'amour qui t'entoure. Celui qui t'opprime te le cache. Mais crois à ma parole.” “Je te crois et je chercherai à te satisfaire. Mais je veux agir de moi-même. C'est de moi-même que j'ai erré, c'est de moi-même que je dois guérir du mal.” “Il n'y a que Dieu qui puisse agir de Lui-même. Cette pensée est de l'orgueil. Dans l'orgueil se trouve encore Satan. Sois humble, Judas. Prends cette main qui t'offre son amitié. Réfugie-toi sur ce cœur qui s'ouvre pour te protéger. Ici, avec Moi, Satan ne pourrait te faire du mal.” “J'ai essayé d'être avec Toi… Je suis descendu toujours plus… C'est inutile!” “Ne dis pas cela! Ne dis pas cela! Repousse le découragement. Dieu peut tout. Serre-toi à Dieu. Judas! Judas!” “Tais-toi! Que les autres n'entendent pas…” “Tu te préoccupes des autres et non de ton esprit? Malheureux Judas!…” Jésus ne parle plus, mais il continue de rester à côté de l'apôtre jusqu'à ce que la femme, qui était en avant de quelques mètres, entre dans une maison qui émerge d'un bois d'oliviers. Alors Jésus dit à son disciple: “Je ne dormirai pas cette nuit. Je prierai pour toi, et je t'attendrai… Que -Dieu parle à ton cœur. Et toi, écoute-le… Je resterai ici où je suis maintenant pour prier, jusqu'à l'aube… Rappelle-le-toi.” Judas ne Lui répond pas. Les autres sont arrivés et aussi les femmes, et tous restent ensemble en attendant le retour de la samaritaine. Elle ne tarde guère à revenir. Elle a avec elle une autre femme qui lui ressemble et qui les salue en disant: “Je n'ai pas beaucoup de pièces car j'ai déjà les moissonneurs qui pour le moment travaillent aux oliviers. Mais j'ai un grand grenier avec beaucoup de paille. Pour les femmes, j'ai de la place. Venez.” “Allez! Moi je reste ici à prier. La paix à vous tous” dit Jésus. Et pendant que les autres s'en vont, il retient sa Mère pour lui dire: “Je reste à prier pour Judas, ma Mère. Aide-moi, toi aussi…” “Je t'aiderai, mon Fils. Peut-être renaît-il en lui la volonté?” “Non, Maman. Mais nous devons faire comme si… Le Ciel peut tout, Maman!” “Oui. Et moi, je puis encore avoir des illusions. Pas Toi, mon Fils. Tu sais, mon Saint Fils! Mais moi, je t'imiterai toujours. Va et sois tranquille, mon amour! Même quand tu ne pourras plus lui parler parce qu'il te fuira, j'essaierai de te l'amener. Que seulement le Père très Saint écoute ma souffrance… Me laisses-tu prier avec Toi, Jésus? Nous prierons ensemble et ce sera autant d'heures pour te posséder pour moi seule…” “Reste, Maman. Je t'attends ici.” Marie s'en va rapidement et revient de même. Ils s'assoient sur leurs sacs, aux pieds des oliviers. Dans le grand silence, on entend le bruissement du fleuve peu éloigné, et le chant des cigales semble puissant dans le grand silence de la nuit. Puis, c'est le chant des rossignols. Une chouette rit et un petit duc pleure. Les étoiles se déplacent lentement dans le firmament où elles sont reines, maintenant que la lune qui est couchée ne les offusque plus. Puis un coq rompt l'air tranquille de son cri vibrant. Beaucoup plus loin, à peine perceptible, un autre coq lui répond. Puis de nouveau le silence rompu par un arpège de gouttes qui tombent des tuiles d'une maison toute proche sur le pavé qui l'entoure. Et puis un nouveau bruissement dans les feuillages comme s'ils secouaient l'humidité de la nuit et un cri isolé d'un oiseau qui se réveille, et en même temps un changement, dans le ciel, un retour de la lumière. C'est l'aube. Et Judas n'est pas venu… Jésus regarde sa Mère, blanche comme un lys contre l'olivier sombre, et il lui dit: “Nous avons prié, Mère. Notre prière, Dieu s'en servira…” “Oui, mon Fils. Tu es pâle comme la mort. Vraiment toute ta vitalité s'est exhalée pendant cette nuit, pour presser sur les portes des Cieux et sur les décrets de Dieu!” “Toi aussi, tu es pâle, Mère. Grande est ta fatigue.” “Grande est ma douleur, à cause de ta douleur.” La porte de la maison s'ouvre avec précaution… Jésus tressaille. Mais ce n'est que la femme qui les a conduits, qui sort sans faire de bruit. Jésus soupire: “J'ai espéré que j'avais pu me tromper!” La femme s'avance avec son panier vide. Elle voit Jésus. Elle le salue et allait continuer, mais Lui l'appelle et lui dit: “Que le Seigneur te récompense pour tout. Je voudrais pourtant, mais je n'ai rien avec Moi.” “Je ne voudrais rien, Rabbi. Aucune compensation. Mais si je ne veux pas d'argent, il y a une chose que je voudrais pourtant. Et celle-là, tu peux me la donner!” “Quoi, femme?” “Que change le cœur de mon époux. Et cela tu peux le faire parce que tu es vraiment le Saint de Dieu.” “Va en paix. Il te sera fait comme tu le demandes. Adieu.” La femme s'en va rapidement vers sa maison qui doit être bien triste. Marie commente: “Une autre malheureuse. C'est pour cela qu'elle est bonne!…” Se montre depuis le grenier la tête ébouriffée de Pierre, et derrière elle le visage lumineux de Jean, et puis le profil sévère du Thaddée et le visage brunâtre du Zélote et le visage maigre du jeune Benjamin… Ils sont tous réveillés. Voici que de la maison sort, la première de toutes, Marie de Magdala et derrière Nique, et puis les autres. Toutes sont réunies et la femme qui leur a donné l'hospitalité apporte une seille de lait encore écumeux. Alors apparaît l'Iscariote. Il n'a plus sa bande mais le bleu du coup qu'il a reçu lui colore la moitié du front et l'œil est encore plus sombre dans le cercle violâtre. Jésus le regarde. Judas regarde Jésus, et puis tourne la tête ailleurs. Jésus lui dit: “Achète à la femme ce qu'elle peut nous fournir. Nous allons en avant. Rejoins-nous.” Et réellement Jésus s'éloigne après avoir salué la femme. Tous le suivent.
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/
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